‹ La logic subjective de HegelChapitre 8 sur 15 · II. — JUGEMENTS RÉFLÉCHIS · texte numérisé non relu

II. — JUGEMENTS RÉFLÉCHIS

La forme qui précède nous dit que le sujet n'existe pas seul, mais qu'il a un prédicat, c'est-à-dire un rapport à une chose qui existe hors de lui. Le jugement réfléchi a pour objet de traduire explicitement cette vérité. Les mots comme utile, dangereux, instinct, gravitation, etc., etc., qui supposent tous un acte de réflexion et non plus de simple a perception, servent à formuler les jugements de cette classe, dans lesquels le général devient l'expression du rapport établi entre deux choses différentes.

Dans les jugements précédents, nous disions, par exemple, ce violet ou cette fleur est bleu, et par là nous considérions le sujet ou la chose individuelle I, comme existant par elle-même; dans le jugement réfléchi, au contraire, en disant, par exemple, cette plante est salutaire , outre la chose en elle-même, nous pensons toujours à quelque autre chose, comme à la maladie que la plante peut guérir. La plupart des raisonnements qu'inspire le sens commun se font avec des

-l(i LOGIQUE SUBJECTIVE.

jugements de cette famille; car plus une chose est concrète, plus elle offre de rapports que l'on peut formuler sous de pareils jugements.

Dans les jugements de la première forme, le sujet ou l'individuel I était regardé comme la chose principale et à laquelle le prédicat ou le qualitatif semblait seulement adhérer. Dans la deuxième, au contraire, c'est le prédicat ou le général G qui devient le plus important, tandis que le sujet parait seulement lui être inhérent, comme on peut le voir dans ces exemples :

Le bonheur humain

L'homme est mortel.

Toute matière est pesante.

Toutes choses sont périssables.

Certaines formes de la matière sont élastiques, etc.

Dans ce dernier jugement nous disons que l'élasticité est une propriété qui convient plus ou moins à toutes choses, mais plus particulièrement à quelques-unes. Le sujet a donc perdu le caractère purement individuel qu'il avait dans la forme précédente, pour devenir général et changer pour ainsi dire de rôle avec le prédicat, qui, précédemment , avait seul fonction d'exprimer une notion générale vis-à-vis de son sujet exprimant une chose in-

dividuelle. Par là les rôles du sujet et du prédicat cessent d'être différents; le général et l'individuel peuvent se substituer l'un à l'autre. Mais, quand nous disons tous les corps sont élastiques, ou quand la généralité entre expressément dans le sujet, ce n'est plus un fait que. nous exprimons, c'est une nécessité ; ce n'est plus seulement un jugement d'aperception ni même de réflexion que nous formulons, c'est un jugement qui porte en luimême sa nécessité. Ce nouveau progrès ou ce passage du jugement réfléchi au jugement nécessaire est déjà pressenti dans le langage commun qui sait fort bien que ce que l'on peut dire de tous les individus convient nécessairement à l'espèce, et se trouve revêtu pour ce motif d'un caractère de nécessité. Nous disons tous les hommes , toutes les plantes, aussi volontiers que nous disons r homme, la plante, et ces deux locutions traduisent également un jugement nécessaire. C'est ainsi que les jugements réfléchis tendent par eux-mêmes à se corriger et à se compléter, ou à se transformer en jugements nécessaires.

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