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AVANT-PROPOS

Nous nous sommes proposé d'étudier l’idée d'utilité sociale au début de la Révolution française parce qu’elle domine l’actvité des hommes de 1789.

Sous les noms « d'utilité publique », de « bien public », d’ «utihité commune », d’ intérêt public », elle inspire, à la fois, les députés des deux premières assemblées et les individus. Elle commande non seulement la réforme de l’État, qu'il s'agisse des grandes constructions qui s’élaborent dans l’ordre consttutionnel, administratif ou international, mais encore, elle sert à découvrir des règles de droit secondaires, et à trancher des difficultés quotidiennes ; bien plus, elle imprègne la conscience collective au point que les sentiments portent la marque du bien

- public.

Ce sont donc là des aspects divers que nous aurons à préciser : aspect rationnel et logique dans la création du droit nouveau ; aspect psychologique et collectif dans la propagation des idées

politiques et des sentiments qui intéressent tour à tour les faits

sociaux et leur substrat humain.

Mais aussi, il faudra éprouver la valeur organisatrice de

l’idée chez les révolutionnaires, à qui elle offre un thème général de pensée, un moyen de connaissance. Idée abstraite

et concrète à la fois parce qu’elle repose sur des faits et sur des hommes, elle nous semble intéresser à plus d’un titre la phulo-

sophie sociale. je | Nous nous sommes placé au début de la Révolution pour 1 1

étudier cette notion parce qu’il nous a semblé que son aptitude organisatrice était, à ce moment de l’histoire, particulièrement démonstrative et repérable puisque des formes politiques nouvelles sont à acclimater au milieu d’un peuple qui accomplit une révolution. La Journée du Dix-Août nous offrait dans le temps une limite naturelle car elle représente un tournant de l’hustoire de la Révolution (1). Le stade qu’elle achève est celur où s’accomplit la réforme de-l’ État dans ses grandes lignes, où notre première constitution est rédigée dans un concours de méditations sur les idées politiques d’une intensité remarquable. Nous nous sommes borné à cette période qui s’étend de la proclamation de l’Assemblée Nationale au Dix-Août.

Dans l’étude de la pensée collective, nous avons délaissé les journaux, peu nombreux, pour nous attacher aux pétitions et adresses des citoyens et des corps administratifs. Leur extrême variété, la richesse et l’accent si personnel de leur pensée en font une source d’information vivante qu'aucun journal ne peut égaler. Elles nous apportent sur les vœux locaux, comme sur les grandes affaires et sur les sentiments populaires, des détails sans lesquels on ne pourrait imaginer l’emprise de l’idée d'utilité sociale sur la Révolution ; cependant si elles ont été mises à contrubution pour les recherches strictement historiques, on a négligé jusqu'ici les enseignements qu’elles peuvent donner du point de pue sociologique, qu'il s'agisse de la genèse des institutions politiques et des règles Juridiques, du développement des idées morales, de l’observation des sentiments collecuÿs.

Avant de pénétrer dans l’examen de l’utilité sociale au début de la Révolution, il est nécessaire de tracer les traits généraux de cette notion qui déborde l’époque considérée, afin d’éclairer l’étude localisée qu’on tentera.

(1) V. Leregvre, Guyor et SAGNAG, la Révolution française, Paris, 1930 (Peuples et civilisations), p. 118.

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