L’'UTILITÉ SOCIALE, NOTION PERMANENTE DE L’HISTOIRE ET LA RÉVOLUTION
Le problème que nous nous posons est circonscrit dans l’histoire ; 1l intéresse l’évolution des idées politiques et l’apparition d’un nouveau régime de gouvernement au xvirre siècle et en France. Est-ce à dire qu’il soit ainsi détachable dans l’évolution des idées politiques ? Il est clair qu'il n’en est rien. Par exemple, la Révolution française se relie aux idées des publicistes anglais, au mouvement français des Philosophes, et on a étudié les aspects de ces parentés en histoire, en littérature, en philosophie. D’autres recherches dont les préoccu- - pations sont plus voisines encore de l’étude immédiate des faits politiques ont porté sur la pré-Révolution tant du point de vue des événements que de la marche des idées.
Les vues recueillies au cours de ces travaux n’épuisent pas les problèmes qu'agite la Révolution française dès l'instant où l’on s’attache à considérer l’ordre social qu’elle crée comme une forme nouvelle de la vie collective.
En tant qu’elle construit un régime juridique qui organise les rapports collectifs autour de l’idée d'utilité sociale, la Révo-
lution n’est pas un phénomène isolé dans l’histoire. Toutes les formes de sociétés répondent, sous des aspects très divers, à une certaine conception de l’idée d’utilité sociale qui conditionne leurs institutions. Aussi, avant d’étudier le système des Constituants, l'historien des idées doit prendre conscience de l’héritage qui, sous le vocable d° utilité sociale, s’est imposé aux révolutionnaires. L’utilité sociale nous a semblé correspondre à un caractère général impliqué dans toute structur( collective et c’est à le définir que nous voudrions consacrer
ce chapitre préliminaire.