‹ La logique de l'hypothèseChapitre 1 sur 152 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce court volume est le produit d'un long travail. En étudiant, en 1844, la philosophie de Bacon, je remarquai que, dans Topinion de cet écrivain célèbre, de bonnes règles pour les expériences rendraient les individus à peu près égaux sous le rapport de l'aptitude aux découvertes scientifiques. J'observai, à la même époque, que Descartes semblait admettre que l'emploi de certains procédés de raisonnement suffît pour faire des progrès dans la recherche de la vérité. Il me paraissait pourtant certain que nombre d'hommes pourraient observer toute leur vie sans faire aucune découverte, ou raisonner indéfiniment sans produire autre chose que des chimères. L'observation et le raisonnement sont bien les conditions indispensables d'une découverte, mais la découverte en elle-même offre un caractère spontané et commence toujours sous la forme d'une supposition. Bacon et Descartes, si opposés d'ailleurs sur la question de la méthode, me parurent donc se réunir dans une commune erreur : ils ont méconnu, l'un et l'autre, la place de l'hypothèse dans la science. Cette pensée, consignée dans un écrit spécial sur Bacon ^ traversa mon esprit comme une simple lueur.

1. Mémoire sur le livre du chancelier Bacon De dignitatt et aug^ sentis scientûtrum, Genève, 1844.

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Vingt années plus tard, en 1864, la question de la méthode se posa de nouveau pour moi, à Toccasion de recherches métaphysiques. Mes vues, à ce sujet, devenues plus claires et plus développées, furent soumises à Tappréciatioa des auditeurs d'un de mes cours publics; j'affirmai que, dans les logiques ordinaires et dans la plupart des traités de la méthode, on oublie le principe véritablement actif des progrès de la science ; et j'eus le sentiment d'avoir fait une découverte.

En poursuivant mon étude, je constatai qu'un certain nombre de savants contemporains : Claude Bernard', Liebig, Chevreul, Whev^ell, avaient rencontré cît exprimé la pensée qui s^était trouvée sur mon chemin, et que, longtemps avant eux, Galilée avait explicitement reconnu la place de l'hypothèse dans la science. Ma découverte avait donc été faite en Italie, il' y a plus de deux siècles, et refaite de nos jours, en PVance, en Allemagne et en Angleterre; il n'y avait diès lors nul moyen de prétendre à un brevet d'invention, et je n'avais, 'semble-t-il , qu^à me taire ou à répéter ce que d'autres avaient dit.

Mais, en continuant mes recherches et mes réfliexions, il me parut qu'on avait bien signalé la présence de l'hypothèse dans les constructions scientifiques, mais que personne n'avait signalé la portée générale de ce fait et indiqué ses conséquences. Affirmer la présence de l'hypothèse dans tous les éléments dé la science sans exception me semblait, et me semble encore aujourd'hui, une thèse nouvelle. Cette thèse, en la supposant vraie, est de nature à modifier profondément la théorie de la méthode, et, par la théorie de la méthode, tout l'ensemble des concertions philosophiques. J'exprimai ma pensée à cet égtrd dans un cours de philosophie géuérale, fait à la Faculté des lettres de Genève, dans l'hiver de 1866 à 1867^

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