Deuxième partie, chap. i
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modes de Térification des hypothèses. L'un, celui des sciences mathématiqaes ^ nous met en possession de vérités immédiatement et absolument démontrées , mais qui ne renferment aucune connaissance des réalités objectiyes; l'autre nous fournit des vérités contingentes -qui ne peuvent jamais revêtir pour notre pensée le caractère de la nécessité^ lors même qu'elles sont logiquement déduites de vérités antérieures, parce que Tétat primitif 4les choses, quel qu'il soit, qui sert de base à la déductioD, nous apparaît toujours comme contingent. Cette consi- •dération est très importante, comme le dit Herseheil ; elle a une influence considérable sur la conception des bases de la science humaine, parce qu'elle détrait d'une part le rationalisme et de l'autre l'empirisme, ce qui préserve la pensée de deux graves écueils.
Les principes purs de l'intelligence ne renframant aucun des éléments de la réalité objective, il est manifeste que le rationalisme attribue à tort la qualité de vérités d priori k des affirmations qui ne sont réeUement que des hypothèses. La nécessité de la vérification expérimentale, pour toute théorie qui concerne les faits, met en pleine lumière l'erreur de la méthode de ccnstruction. Il est temps de renoncer définitivement à la prétention de connaître l'univers par des procédés purement rationnels. En présence des tentatives de cet ordre, il faut se l'appeler la pensée de Bacon, qui compare justement les systèmes établis de la sorte à des toiles d'araignée qui peuvent être admirables de finesse, mais qui n'ont aucune solidité. Les écarts de cette nature sont peu à redouter aujourd'hui. L'esprit systématique est loin d'avoir
<lisparu ; mais^ comme je Tai déjà remarqué^ il ne se manifeste, de nos jours, avec une certaine puisâ^ance, qm masqué sous les dehors de la méthode ex^érimm^t^e. Ce sont les erreurs de Temptrisme qui réclam(Bot surtout notre attention, car c'est sur cet éeiieilrlà que jia sciiea^ •contemporaine risque constamment d'échouer.
La vue iieUe de la nuéthode est nécessaire ici pour prévenir des égarements graves. Les savants qui professent rempirisme font nécessairement des hypothèses, •dès le moment où ils affirment une théorie quelconque ; mais, comme ils méconnaissent la place de cet élén;ie»t de la science, ils sont enclins à prendre leuns hypothèies pour de simples inductions, ce qui les égare. Considérons par exemple la question de Tétat intérieur du globe. Lorsqu'on creuse le sol à une certaine profondeur^ on constate que la diadeur croît d'un degré par 33 mètres environ. En appliquant Tiaduction à ce fiait observé, quelques auteurs arrivait à l'idée qu'il doit ejûster au centre de la t^re une chaleur d'environ 200 000 degrés. On trouve cette affirmatiim iéncuicée, le plus souvent avec des réserves de prudence, dans plusieurs traités de géologie. Il est évident que la question posée est fort complexe , et que l'kiduction simple ae lui est point applicable. Si, au lie» d'induire simplement, on avait bien compris qu'une affirfliatû)a sur la chaleur centrale du globe ne peut être qu'une hypothèse, on aurait compris la nécessité d'en déduire les conséquences et de les examiner. L'esprit engagé dans cette voie aurait facilement reconnu que, dès que Ton serait arrivé à un degré de chaleur capable de tenir la matière en fusion, la
progression ne se serait pas maintenue, en vertu des lois qui président à la distribution de la chaleur dans le& liquides. De plus, en calculant la puissance dynamique d'une chaleur telle qu'on la suppose, on aurait vu que récorce de la terre serait brisée, et on aurait ainsi épargné à plusieurs traités de géologie une tache qui les dépare. On ne dirait pas avec M. Beudant : « Nous ne savons pas encore si la loi se continue régulièrement ' ; » mais : « Nous savons que la loi ne peut pas se continuer régulièrement. » Non seulement Fempirisme prend des hypothèses pour des inductions, par une erreur analogue et contraire à celle du rationalisme qui prend les hypothèses pour des déductions, mais il arrive aux savants engagés dans cette voie de considérer des hypothèses, et même des hypothèses très aventureuses, comme étant Texpression immédiate des faits. Prenons pour exemple la question de Tétat primitif de Thumanité. Quelles sont les données de l'observation que Ton peut invoquer pour la solution de ce difficile problème? Il existe à la surface du globe des populations qui forment une sorte d'échelle, au point de vue de leur degré de culture, depuis le sauvage le plus ignorant et le plus cruel jusqu'aux nations les plus policées; voilà le fait. Ce fait est susceptible de deux interprétations : les sauvages placés au plus bas de l'échelle sont des hommes en état de déchéance, c'est la première hypothèse; ou bien ils représentent l'état primitif de l'humanité, c'est la seconde hypothèse. L'idée du progrès semble favorable à la seconde supposition et conduit, à prendre l'homme placé au plus bas degré de l'échelle