‹ La logique de l'hypothèseChapitre 102 sur 152 · Cours élémentaire de géologie, S · texte numérisé non relu

Cours élémentaire de géologie, S

pour le type de rhomme primitif. D'autre part, Thistoire ne permet pas de considérer le progrès dans l'espèce humaine comme une loi absolue. Les exemples de déchéance sont nombreux. On ne peut pas enfin conclure absolument de Tordre matériel à Tordre intellectuel et moral. Lorsqu'on retrouve, en fouillant le sol, ou en descendant au fond des lacs, des ustensiles et des armes analogues à ceux des sauvages actuels, on n'a pas^ le droit d'en conclure que les populations qui en ont fait usage fussent, au point de vue intellectuel et moral, dans les conditions des populations les plus abruties de notre époque. Ces rapides indications suffisent à montrer que la question est complexe, et que le choix entre les deux hypothèses en présence ne saurait être l'affaire d'un instant. Tel savant, toutefois, veut nous contraindre à prendre la plus abrutie des races humaines pour le type de l'humanité primitive ; et, comme l'observe M. Renouvier, on se fonde pour cela « sur de vagues renseignements archéologiques et géographiques, sur des comparaisons dont les points essentiels restent obscurs et sur des raisonnements imparfaits à prémisses fuyantes \ » Je n'entends point ici résoudre la question poséç, ni même l'aborder pour le fond ; voici seulement ce que je veux observer : Dans un écrit relatif aux origines de l'espèce humaine, j'ai vu l'auteur affirmer que les partisans de la sauvagerie primitive opposent des faits à de simples opinions. C'est méconnaître absolument les règles de la méthode. On constate une échelle de civilisation dans l'humanité actuelle, et on croit avoir par là même constaté que l'état

!• La Critique philosophique du 3 décembre 1874, p. 280.

tM QUESTIONS ET RÉPO!fSES

le plus bas est Tétat primitif, ce qui est la question. Oft méeimnalt ainsi le caractère hypothétique des affirmations^ que Ton formule, et pour lesquelles on se contente de preuves essentiellement insuffisantes, parce qne Ton croît an fond, par une illusion étrange, n'aroir rien à furourer.

L'empirisme peut conduire à une erreur plus graTe encore, en faisant considérer des hypothèses eiqdicatives plus ou moins confirmées comme étant des lois nécessaires, la manifestation de la nature même des choses. G^est ainsi que M. Moleschott écrit : « Les lois de la natore sont l'expression la plus rigoureuse de la nécessité ^ » Faire, des lois nécessaires, des formules qui rendent compte d'un ordre de phénomènes, c'est onir^ dans un hymen étrange, l'empirisme et le rationalisme; car quelle est l'expérience dont l'idée de la nécessité puisse être le résultat? Cette confusion d'idées, qui résulte* directement de l'absence d'une rue claire de la méthode,, a des inconvénîentsjsérieux pour la science. La théorie de la gravitatiott va nous offrir sous ce rapport un ex^npleinstructif.

La loi de la gravitation, telle que Newton Ta formulée,, est une hypothèse confirmée; et les hypothèses yalaMement confirmées perdent leur nom, pour prendre le nom de lois , comme une jeune fille perd son nom le jour de son mariage. Sfais qu'est-ce qui est confirmé ici? D'après tontes nos observations, la loi de Newton explique le* mouvement des astres avec une précision mathématique ; nous n'en savons pas davantage. Cette loi, valable pour le mouvement des masses, s'applique-t-elle aux mouve-

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