‹ La logique de l'hypothèseChapitre 106 sur 152 · Scholie général · texte numérisé non relu

Scholie général

«n tète de son ouvrage par cette remarque : « Au reste, je prends ici dans le même sens les attractions et les impulsions accélératrices et motrices, et je me sers indifféremment des mots i' impulsion^ d'attraction ou de propension quelconque vers un centre : car je considère ces forces mathématiquement et non physiquement ; ainsi le lecteur doit bien se garder de croire que j'aie voulu désigner par ces mots une espèce d'action, de cause ou de raison physiques ; et lorsque je dis que les centres attirent , lorsque je parle de leurs forces , il ne doit pas penser que j'aie voulu attribuer aucune force réelle à ces centres, que je considère comme des points mathématiques. » Il écrit à la fin de la troisième des Règles qu'il faut suivre dans l'étude de la physique : « Je n'affirme point que la gravité soit essentielle aux corps ' . » Il écrit , dans la trente-unième [des questions placées à la fin de son Optique : « Je n'examine point quelle peut être la cause de ces attractions ; ce que j'appelle ici attraction peut être produit par impulsion ou par d'autres moyens qui me sont inconnus. » Pendant toute la dernière période de sa vie, il fut préoccupé de l'idée de ramener le phénomène de l'attraction à des phénomènes d'impulsion. Dans la [dix-huitième question, à la fin de son Optique^ il parle d'un milieu éthéré « excessivement plus rare et plus subtil que l'air, et excessivement plus élastique et plus actif >> ; et, dans la question vingtimième , il fait entrevoir l'explication de la gravité par l'influence des divers degrés de densité relative de ce

1. Principes mathématiques de la philosophie naturelle, livre III, au «ommencement.

382 QUBSTIONS ET RÉPONSES

wuiàm éthéfé. U s'adresse enfin à son lecteur dans ra?er- Usseneat de la seconde édition de son Optique daQs les teimes que voici : « Pour faire voir que je ne regarde point la pesanteur comme une propriété essentielle des corps, j'ai qouté une question en particulier sur la cause de la pesanteur j ayant proposé tout exprès ^i forme àe question ce que je voulais dire là-dessus, parce que je n'ai pas pu me satisfaire encore sur cet article, faute d'expériences. » Voilà certes un grand luxe de précautions prises pour prévenir Terreur qui consiste à conclure de ce que la gravitation est une hypothèse justifiée à l'affirmation qu'elle est une loi f^mitive et nécessaire, en vertu de laquelle les corps exercent les uns sur les autres une action à distance. Newton revient sur le même sujets avec une certaine vivacité, dans sa lettre au docteur Bentley ,' où figure le passage suivant : « Il est insoutenable que la nature inerte puisse exercer une action autrement que par le contact. Que la pesanteur soit une qualité innée, inhérente, essentielle aux corps, qui leur permette d'agir les uns sur les autres au loin, à travers le vide, sans qu'un intermédiaire quelconque serve à la transmission de cette force, cela me paraît d'une absurdité si énorme, qu'elle ne saurait, à mon sens, être admise par personne capable de réflexion philosophique séri^se *. » Toutes ces précautions furent inutiles. Dès 1713, et dans la préface même d'une édition des Principes, Roger Côtes présente la pesanteur comme une propriété primitive de tous les corps. Cette \Aèe a été placée sous le patronage de Newton, et a été si répandue

Page 1