Voir partie I : Les origines du rationalisme
tuellement extrait de la Somme théologique *. Saint Thomas expose cet argument selon la méthode de ses contemporains ; mais il n'en admet pas la conclusion. Il définit la lumière « une qualité active qui résulte immédiatement de la présence d'un corps lumineux », et il donne ses raisons pour combattre la doctrine qu'on déduisait d'un texte d'Aristote. La première est que la lumière occup(» le même espace que l'air et qu'un même espace ne peut être occupé par deux corps différents. La se.conde est que la communication de la lumière est instantanée (c'était l'opinion régnante encore au xvii« siècle) et qu'une communication instantanée ne peut pas être le transport d'un corps d'un heu à un autre. Il se permet donc de contredire le Philosophe ; mais cette liberté de la pensée était exceptionnelle pour saint Thomas, comme pour tous les docteurs de son époque. Après lui, et en grande partie par son influence, les décrets d'Aristote en matière de sciences naturelles comme en toute autre chose furent presque élevés au rang de dogmes ^ Dans le dialogue de Galilée sur Les systèmes du monde ^ un des interlocuteurs fait valoir les arguments qui militent en faveur de la découverte de Kopernik. Simplicius, le défenseur de la tradition, raisonne ainsi : Aristote enseigne que, dans un corps simple, il ne peut y avoir naturellement qu'un ynouvement simple ; Kopernik attribue plusieurs mouvements i\ la terre, donc le système de Kopernik est faux 3. Un péripatéticien nommé Dellc Colombe, formulant la théorie
i. Partie I, question 67, article 2.
2. Voir mon Étude sur l'œuvre de saint Tliouias d'Aquin dans la Hihliothèque unwersdlf, juillet et août i859. H. Galilée, par le D' Poirhappe, p. 384.
l'individu qui conçoit l'hypothèse 99
générale à laquelle s'appuie Targument de Simplicius , établit en principe que la nature parle par la bouche d'Anstote^Natura locuta est ex ore illius * . Dans le Traité de physique de Scipion Dupleix^ qui date de Tan 1600 environ, les opinions du Philosophe prennent très souvent la place des faits. A une époque où l'autorité politique intervenait ouvertement et fréquemment dans les questions de doctrine, il fut rendu divers décrets pour maintenir l'opinion régnante contre les efforts des novateurs. Giordano Bruno étant arrivé à Genève, vers 1580, fut promptement expulsé de cette ville; et nous savons, par le témoignage de Théodore de Bèze, que « les Genevois \ avaient décidé une bonne fois pour toutes que ni en logique i ni en aucune branche du savoir on ne s'écarterait chez eux • des sentiments d'Aristote ». En 162i, un édit du Parlement de Louis XIII défendit à toute personne, « sous peine de la vie, de tenir ni enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs et approuvés. » Après une lutte violente, l'indépendance de la recherche scientifique s'affirma et finit par triompher. Ce triomphe a été formulé par la plume de Pascal dans sa préface du Traité du vide. Il distingue les questions relatives aux faits transmis par le témoignage, pour lesquels on ne peut s'en rapporter qu'à l'autorité de la tradition, et les questions de théorie scientifique, qui doivent être résolues par l'emploi de la raison et de l'expérience; puis il écrit : « Les hommes sont aujourd'hui, en quelque sorte, dans le même état où se trouveraient les anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir