‹ La logique de l'hypothèseChapitre 37 sur 152 · Edition Faugère, tome I, p · texte numérisé non relu

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l'individu qui conçoit l'hypothèse 101

officielle des académies et des corps enseignants. Quelques-uns de nos contemporains tombent dans un défaut contraire en prenant la nouveauté d'une idée pour un gage de sa vérité. Cette disposition nuit, comme la disposition contraire, à la véritable indépendance de la pensée, qui doit se tenir en garde aussi bien contre l'engouement de la nouveauté que contre une disposition servile à l'égard du passé. En science, de même qu'en politique, il faut se défendre également et des préjugés conservateurs et des préjugés novateurs. La règle de nos pensées ne doit être ni le vieux ni le neuf, mais le vrai.

Une influence extra-scientifique, qui a régné pendant le moyen âge, et qui a survécu à cette époque, beaucoup plus que l'influence de la philosophie ancienne, est celle des idées religieuses. La foi religieuse est inséparable d'une autorité constituée par cette foi même; mais cette autorité n'existe que pour les croyants et doit demeurer circonscrite dans le domaine propre de la religion. Je n'aborderai pas ici les questions qui résultent des rapports de la foi avec les sciences , lorsqu'on fait entrer dans le débat les textes des livres sacrés des Juifs et des chrétiens. Si l'on parle seulement des sciences naturelles et de In foi religieuse dans sa généralité, le problème n'est pas très compliqué et se résout par la délimitation de deux ordres d'idées. La foi religieuse n'a rien à faire avec les études de la physique, de la botanique et de la zoologie, aussi longtemps que cette foi et ces études demeurent dans leurs domaines respectifs. Cette ligne de démarcation a été souvent méconnue par les théologiens, de manière à compromettre gravement l'indépendance des hy-

pothèses scientifiques. A cet égard, les exemples abondent. Celui de la condamnation de Galilée est le plus éclatant, et il est si connu qu'il suffit de le rappeler. Aux accusations dirigées contre lui, Galilée répondit en citant cette parole du cardinal Baronius : « L'Esprit-Saint a voulu nous enseigner comment on va au ciel, et non comment va le ciel. » Il écrivait à la grande-duchesse Christine : « Les professeurs de théologie ne devraient pas s'arroger le droit de rendre des arrêts sur des professions qu'ils n'exercent pas et qu'ils n'ont pas étudiées. Ce serait, en effet, comme si un prince absolu, sachant qu'il peut, à son gré, commander et obtenir l'obéissance, s'avisait, n'étant ni médecin ni architecte, d'exiger qu'on se conformât à sa volonté en se médicamentant et en construisant, au risque de la mort pour les malheureux malades et d'une ruine inévitable pour les édifices * ». Il y a peu d'années, le même point de vue a été développé par Richard Owen. Ce savant illustre proclame l'importance extrême, au point de vue religieux, de confiner la théologie dans son propre domaine et de laisser les sciences expérimentales se développer librement, selon leurs propres méthodes ^

Les préoccupations religieuses qui risquent de troubler la marche régulière de la science existent encore de nos jours; elles existent en deux sens opposés et ne sont pas moins vives dans une direction que dans l'autre. Les controverses relatives à la doctrine du transformisme offrent sous ce rapport un exemple instructif. Certains théologiens

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