‹ La logique de l'hypothèseChapitre 45 sur 152 · Pensées de Pascal, édition Faugère, I · texte numérisé non relu

Pensées de Pascal, édition Faugère, I

IIAVILLE. H

une découverte dont les conséquenees sont probablement loin d'être épuisées, et qui permettra de vérifier bien des conjectures dont le contrôle était jusqu'ici impossible. L'impossibilité de la vérification, dans les sciences expérimentales, a donc toujours un caractère provisoire et relatif aux ressources dont la science dispose, à un moment donné.

3** Simultanéité des découvertes.

Le rapport de l'état général de la science avec les hypothèses explique le fait que, très souvent, plusieurs savants font simultanément la même découverte, ou énoùcent la même théorie. On voit, dans Thisloire de Leibnitz, que, plus d'une fois, il avait fait part de certaines découvertes à Oldenburg , secrétaire de la Société royale de Londres, et qu'Oldenburg lui avait répondu que sa découverte venait d'être faite par un autre et avait été publiée. Enfin il disputa à Nev^on, dans une querelle fameuse et regrettable^ l'honneur d'avoir inventé le calcul infinitésimal. La planète théoriquement découverte |»ar M. Le Terrier Tavait été aussi, paratt-il, par M. Adams. Gay-Lnssae et Davy ont prétendu l'un et l'autre à la priorité de la découverte de l'iode. L'hypothèse de la nébuleuse primitire, à laquelle est attaché le nom de Laplace, se trouve dani^ les œuvres philosophiques de Kant, que Laplace vraisemblablement ne connaissait pas. Cette rencontre êe plusieurs savants dans la même découverte, ou la même théorie, est un fait que la plupart des esprits inventifi^ connaissent par leur propre expérience. Les aecusatiouH de plagiat, auxquelles le fait a souvent donné lieu, soirf

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généralement fausses. La science peut être eomparée à un édifiée composé d'étages superposés. Un étage auquel on est panrenu sert de point d'appui pour montef à Fétage HupMeur ; et il arrive que plusieurs font Tascension en même temps. Mais le fait a-t-il un caractère nécessaire? Est-ce que, à un moment donné du développement de la science^ tout le monde va arriver à la découverte qui doit suivre, de même que, lorsque la lune se lève à Thorizon, Tun peut la voir un instant avant l'autre, mais que tous a verront l'instant d'après? Nullement. Ce qui prouve qu'il n'en est pas ainsi, c'est l'existence d'hypothèses vraies, formulées avant l'époque où leur vérification était possible, et quelquefois très longtemps avant cette époque. Si les découvertes résultaient nécessairement de la marche de la science, si e^6s étaient le résultat pur de leurs an* técédents, elles aviveraient toujours à leur heure, j'entends au moment où l'état de la science qui les. aurait produites permettrait de les vérifier ; or eela n'est pas.

On peut citer en grand nond)re des exemples d'idées scientifiques vraies, mais qui ont disparu pour un temps qoelQuefois très long, parce qu'elles avaient été conçues avant l'époque où il était possible de les démontrer. Kopemik nous instruit lui-noéme qu'il a trouvé dans les écrits des anciens le germe de sa théorie. Nous savons, en effet, par le témoignage d'Âristote % que les Pythagoriciens enseignaient que la terre accomplit une évolution autour d'un feu central, et que c'est à un mouvement de la terre qu'est due la succession du jour et de la nuit. La théorie de ces Pythagoriciens n'est pas absolument claire pour

1« Trmié du eiei, livre II, ch«p. xui.

nous, parce qu'il n'est pas certain que leur feu central soit le soleil *. Quoi qu'il en soit, Kopernik reconnaît expressément que c'est dans la lecture des anciens qu'il a rencontré le germe de sa théorie : voilà une hypothèse universellement admise aujourd'hui, à titre de vérité certaine, et qui a été si peu le produit naturel de l'état de la science, à l'époque de son apparition première, qu'elle a dormi plus de vingt siècles. On trouverait sans doute plusieurs exemples analogues pour l'antiquité, en consultant l'ouvrage de Dutens intitulé : Recherches sur l'origine des découvertes attribuées aux modernes^ où Von démontre que nos plus célèbres philosophes ont puisé la plupart de leurs connaissances dans les ouvrages des anciens ^ J'indique ce livre comme une source à consulter, sans me porter garant des affirmations de l'auteur. Prenons des exemples plus récents.

Roger Bacon, moine du xui® siècle, en réfléchissant sur les forces physiques dont l'homme peut disposer, arriva à la conception de voitures qui, sans l'emploi d'aucun animal de trait, pourraient se mouvoir avec une incroyable rapidité ^ Voilà le germe distinct, bien longtemps enfoui, de la construction de nos chemins de fer. Il indique aussi, d'une manière très précise, la possibilité de fabriquer avec du verre un instrument au moyen duquel on pourrait discerner des étoiles qui échappent à l'œil nu *. Voilà l'indi-

1. Voir Chaignet, Pythagore et la philosophie pythagoHcienne, t. II, p. 140 et suivantes.

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