CHAPITRE PREMIER
Lorsque l'objet d'une science particulière a été déterminé, il en résulte une direction précise pour les travaux; on sait dans quel ordre d'idées il faut chercher l'explication des phénomènes, et on ne cherche plus ailleurs.
!• Physique
La physique, au sens le plus général de ce terme, c'està-dire la science du monde inorganique, cherche maintenant toutes ses explications dans les divers agrégats et les divers mouvements d'une matière résistante, mais inerte. Aucun savant de nos jours ne recourra pour l'explication des phénomènes à l'idée que la matière a des qualités psychologiques, des affections, des répugnances, idées qui avaient cours au xvi* siècle, et dont on trouve la trace jusque dans les écrits de Bacon. La science contemporaine n'admet pas non plus, comme on le faisait encore au début de notre siècle, des propriétés spécifiques propres à diverses matières et à différents fluides. Si Ton
iépare la partie objective des phénomènes des sensations [ui leur correspondent, la disposition des corps et leurs nouvements doivent tout expliquer, en partant de l'idée |ue le corps ne modifie jamais son propre mouvement. \ cette doctrine capitale de l'inertie se joint celle de la constance de la force motrice. Les physiciens de l'époque actuelle n'admettent pas, comme des savants de premier ordre. Newton par exemple, l'admettaient encore aux xvii* etxviii" siècles, qu'un mouvement disparaisse sans se tran§former en un autre mouvement. On part de l'idée que la force motrice manifestée dans la nature n'augmente ni ne diminue. Il en résulte qne toute la physique se ramène à la mécanique, qui emprunte elle-même ses moyens d'explication aux mathématiques. Ces deux théories : celle de l'inertie de la matière et celle de la constance de la force, ont été conçues au xvii« siècle, sous l'influence de considérations rationnelles et, après un oubli momentané, ont reparu de nos jours, confirmées par un ensemble imposant de données expérimentales. Ce ne sont pas des affirmalions à priori^ mais de grandes hypothèses, qui, une fois îonflrmées, ont pris le rang de principes directeurs pour es hypothèses subséquentes.
2° Biologie.
L'objet des sciences biologiques n'est pas déterminé 'une manière aussi précise que l'objet des sciences hysiques. On convient toutefois assez généralement que, ar opposition aux simples agrégats qui fixent l'attention u physicien, la biologie a pour objet l'étude des orgalismes vivants. Dans l'état actuel de nos connaissances,
126 PRINCIPES DIRECTEURS DES HYPOTflÉSlS
la vie se manifeste comme une cause de transfomuitidiis particulières du mouvement universel. Cette cause présente un caractère de spontanéité, par opposition à la transformation purement mécanique des mouvements de la matière brute. Il n'est jamais prudent d'engager l'avenir ; mais jusqu'ici tous les efforts tentés pour reiidre raison de la vie et de la transmission de la vie par des considérations purement physiques n'ont obtenu aucun résultat satisfaisant. Le principe de la vie dans les corps organisés est le centre d'une série de phénomènes coiivergents, dont il forme l'unité. Il en résulte un rapport des parties au tout qui éveille l'idée de la finalité. J'ai déjà signalé ce fait ^ . Je dois revenir maintenant à l'idée de la finalité envisagée comme un principe directeur des recherches. Auguste Comte, dans la seconde période du développement de sa pensée, a vu ce siqet sous son véritable jour. U avait affirmé, au début de son enseignement, que les phénomènes que présentent les êtres organisés sont de simples modifications des phénomènes inorganiques. Il se rétracta assez promptement et affirma que, tandis que la physique procède par pure analyse et étiidie des phénomènes isolés, la biologie se trouve en présence ^'un pouvoir qui domine les détails, les combine et les coordonne, et que c'est dans le but, dans la fin ou la <îause finale qu'est le secret de l'organisme ». L'idée du but demeure étrangère, comme nous l'avons vu, auï études du physicien spécial, et n'intervient, en ce qui