‹ La logique de l'hypothèseChapitre 51 sur 152 · Partie I : htcherche des fins · texte numérisé non relu

Partie I : htcherche des fins

2. Ravaisson, La philosophie en^ France au xix« siècle, p. 75 et suivantes.

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concerne le inonde inorganique, que lorsqu'on considère ce monde dans sa totalité, et qu'on yeut se rendre compte des conditions générales de son existence. L'idée du but est au contraire le principe directeur des hypothèses biologiques, c'est-à-dire des hypothèses qui ont directement pour objet les lois propres de la vie, et non les lois physiques et chimiques qui trouvent leur objet d'application dans les corps vivants. Les lois physiques et chimiques rendent compte des manifestations de la vie, mais non de la vie elle-même, de même que les lois mathématiques trouvent leur application dans Tétude des phénomènes matériels, mais sans«que la déduction mathématique seule puisse rendre compte d'un phénomène matériel queleonque.

On ne peut pas nier la valeur de ces considérations, en disant que dans Vétude des corps vivants le physiologiste constate des usages et non des buts. Un usage peut être l'objet d^une simple constataticm, mais la recherche d^nn usage implique la présupposition du rapport d'un moyen à un but, la pensée d'un plan intelligible dont on cherche à pénétrer le secret. Demander : Quelle est la fonction de cet organe ? c'est admettre que l'organe a une fonction ; et l'analyse de l'idée d'une fonction révèle lidée d'un but. Les théoriciens les plus hostiles à la recherche des causes finales ne sauraient se défaire de cette idée, dès qu'ils mettent le pied sur le terrain de la physiologie ; et il est facile de surprendre, dans leurs écrits, le savant qui suit les lois de la science en pleine contradiction avec le philosophe.*

La proscription systématique des causes finales date

de l'époque où ont été posées les bases de la physique moderne, et où la biologie était encore dans Tenfance. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ce sujet, au point de vue historique; mais on doit remarquer que les abus manifestes auxquels avait donné lieu l'emploi des causes finales expliquent, sans la justifier, la proscription absolue prononcée contre elles. On avait semblé croire quelquefois que l'idée du but offrait une explication suffisante des phénomènes ; c'était arrêter l'essor de la recherche. Il est certain que le but ou le pourquoi ne saurait dispenser de l'étude de la cause physique ou du comment. Reconnaître que les poumons ont pour but l'acte de la respiration ne dispense assurément pas d'étudier le mécanisme et la nature physico-chimique de cet acte. Le pourquoi et le comment des phénomènes sont deux recherches également nécessaires, dont l'une ne saurait, en aucune façon, remplacer l'autre. On a compromis aussi la cause finale en la présentant avec un caractère exclusif qui n'est pas d'accord avec les faits. Il existe chez les animaux des organes qui ne remplissent aucune fonction appréciable : la baleine a des dents qui ne percent pas la gencive ; les mâles des mammifères ont des ébauches de mamelles qui ne produiront jamais de lait. De quelque manière qu'on interprète ces faits, il faut admettre que les êtres organisés présentent des particularités qui semblent la marque de leur espèce, et ne paraissent pas avoir un rapport direct avec la vie des individus. Il n'en reste pas moins vrai que si l'on cessait de rechercher le but des organes, c'est-à-dire leurs rapports à l'entretien de la vie, l'anatomie et la physiologie seraient arrêtées

dans leur développement. On peut même dire que, dans un très grand nombre de cas, c'est la recherche du pourquoi qui a fait découvrir le comment. Je Tai rappelé à l'occasion de la découverte de Harvey *, et les cas analogues sont assurément nombreux dans l'histoire de la science. La proscription des causes finales a été le résultat d'une de ces réactions trop fréquentes qui font rejeter l'usage à cause des abus. Les biologistes, quelle que soit leur théorie philosophique, continueront à prendre la finalité pour le principe directeur de leurs hypothèses.

3® Psychologie.

Au-dessus des phénomènes de la vie simple, qui ne se manifestent que par des mouvements, la science rencontre des phénomènes d'un autre ordre : la sensation, l'idée, la volonté, qui ne répondent à aucune conception objective et sont irréductibles à des idées sensibles. Nous n'avons la notion des phénomènes de cet ordre que par la conscience des modes de notre être propre. Si l'on suppose une intelligence purement objective, dont les conceptions seraient bornées aux résultats de la perception externe, il serait impossible de lui donner aucune idée des faits psychiques, de même qu'il est impossible de donner à un aveugle-né la moindre idée des couleurs. Les données de la conscience ouvrent un vaste champ d'études. Ces études n'ont pas pour objet l'homme seul , mais les animaux , si l'on attribue aux animaux des éléments d'intelligence et de sensibilité. La psychologie

i. Partie I : Recherche des fins.

des bêtes est d'une extrême difficulté parce qu'on n'est pas fixé sur la question de savoir si les animaux ont, en quelque degré, une conscience semblable à celle de l'homme. L'activité personnelle constituée par un élément de liberté est chez l'homme, selon l'avis de psychologues éminents, la condition de la conscience. Il semble impossible de refuser aux animaux des éléments de sensation et d'intelligence ; il semble non moins impossible d'admettre l'existence de sensations qui ne seraient pas senties et d'idées qui ne seraient pas conçues. Mais si l'on affirme la conscience des animaux,

et si l'on admet qu'un élément de liberté est la condition de la conscience, on est conduit à effacer la ligne de démarcation entre la nature animale et la nature humaine, ce qui soulève au point de vue strictement scientifique de nombreuses et redoutables objections. En réalité, le principe directeur des hypothèses pour l'explication de la vie psychique des animaux nous manque encore, parce que l'idée de la nature animale n'est pas solidement établie; c'est pourquoi la question est presque toujours résolue par des â priori philosophiques. On fait des animaux tantôt des machines et tantôt des hommes, et ces conceptions ne répondent ni l'une ni l'autre aux exigences d'une théorie sérieusement expérimentale. Un savant contemporain ^ nous propose bien de partir de l'idée que les animaux sont « des machines conscientes » ; mais c'est là une solution purement verbale, qui devient inintelligible dès qu'on la serre de près. En effet, si l'on attribue la con-

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