‹ La logique de l'hypothèseChapitre 75 sur 152 · SIXIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

SIXIÈME QUESTION

J'ai dit que la recherche de l'unité, sous les formes diverses de Tinduction, de rharmonic et de la simplicité, est le grand principe directeur des hypothèses. Je me trouve à ce sujet en présence de cette brève question : « Vous dites que la tendance à Tunité est très générale. S'il en est ainsi, d'où vient que les esprits synthétiques sont très rares ? »

Il s'agit ici d'un fait : la rareté des esprits synthétiques; et ce fait, je ne l'accorde pas. L'intelligence est essentiellement synthétique. Nous en avons la preuve dans les premières manifestations de la pensée des en- Tants. L'enfant élevé à Genève qui, rencontrant un cours d'eau, l'appelle un Rhône ^ fait une synthèse; il réunit sous une désignation commune toutes les eaux courantes. Ce dont la science a surtout à se défendre, ce sont les conjectures sans fondement sérieux, qui sont le résultat d'une synthèse précipitée. L'une des règles qu'on a le plus besoin de rappeler est celle donnée par Prévost :

« N'accorder à l'hypothèse que le degré de confiance que mérite sa vérification *. » Il n'arrive en effet que trop souvent que, selon l'heureuse expression de l'un de mes correspondants, « l'hypothèse dégénère en axiome. » Les droits de l'expérience et de l'analyse ont eu bien de la peine à se faire reconnaître, en présence des séductions d'une science de la nature purement d priori^ qui n'était autre chose que l'abus de la synthèse. Ce n'est qu'au XVIII* siècle, et sous l'influence combinée des découvertes I de Newton et de la philosophie incomplète de Locke, que 1 la partie expérimentale de la méthode a été admise sans , contestation. Le xvni*' siècle est tombé du côté où il penchait, en entrant dans la voie de l'empirisme; et déjà, ainsi que nous avons eu l'occasion de le reconnaître en parlant du transformisme, une réaction violente se produit dans l'ordre des sciences naturelles , où l'esprit systématique se donne carrière. Quant à l'ordre spirituel, il est encore presque entièrement livré, du moins pour les théories générales, à V à priori pur . On peut constater le fait dans les tentatives des savants qui veulent appliquer à l'esprit humain le déterminisme absolu ; car cette application de l'idée du déterminisme n'est qu'une synthèse qui affirme, sans examen suffisant, que les phénomènes de l'esprit sont régis par des lois semblables à celles qui gouvernent la matière. La plupart des grandes erreurs philosophiques proviennent d'écarts qui se produisent sous l'impulsion de la recherche de l'unité, c'està-dire d'un déploiement de l'esprit synthétique qui prend

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