VÉRIFICATION DES HYPOTHÈSES
vérification passe par tous les degrés qui séparent un doute complet d'une pleine affirmation. S'agit-iJ d'une vérification absolue^ entraînant la certitude ? La question «oulève alors un des problèmes les plus difficiles de la philosophie. En théorie, si l'on excepte les sensations et les perceptions immédiates, la certitude pleine est le monopole des vérités purement rationnelles, évidentes ou démontrées, vérités dont il est impossible de douter, parce qu'elles sont l'expression directe et simple des lois de la raison. En fait, nous accordons à des théories explicatives des faits une adhésion sans réserve. Les astronomes modernes accordent une confiance aussi entière à la théorie de Kopernik qu'aux résultats d'un calcul mathématique. Cette théorie toutefois est une hypothèse qui a passé par tous les degrés de la probabilité. Des savants illustres l'ont considérée longtemps comme douteuse ; Pascal encore était dans ce cas. Quand a-t-elle été universellement admise? On peut le dire au point de vue historique. Les contestations ont cessé après la publication de la découverte de Newton. Pourquoi ? Parce que la mécanique céleste rendit compte alors des mouvements des astres, «t que la mécanique céleste ainsi conçue supposait la vérité de la théorie de Kopernik. Mais est-il possible de traduire en une formule ce fait et tous les faits analogues?La logique peut-elle préciser, d'une manière absolue, le moment où une hypothèse probable devient certaine? Cela est douteux, ai-je dit autrefois, en abordant ce sujet *,
1 . Mémoire sur le fondement logique de la certitude du témoignage, ■dans les Séances et travaux de l* Académie des sciences morales et poli' tiques, tome XCJX, p. 577 et suivantes.
et je me trouve dans Tobligation de reproduire aujourd'hui le même aveu d'impuissance. En théorie pure, je le repète, si Ton s'en tient aux règles de la logique ordinaire, la plus haute probabilité ne peut devenir certitude. En fait, il est une foule d'hypothèses confirmées en mécanique, en physique, en chimie, sur la foi desquelles nom n'hésitons pas à régler notre conduite. La raison théorique et la raison pratique suivent ici des lignes divergeantes ; et cette considération me paraît digne de fixer l'attention des penseurs.