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Le génie dans l'obscurité, dans les Harmonies

2. Discours touchant la méthode de la certitude, édition Erdmann^ p. 175.

une œuvre d'art ; mais sa beauté n'est pas le gage de sa vérité. La vérité est belle, assurément, et la beauté suprême ne saurait se rencontrer dans le domaine de l'erreur; mais il est dans l'ordre de la pensée une beauté relative, dont notre ignorance nous empêche de sentir le défaut, et qui peut se rencontrer en dehors des conceptions vraies. Il est des systèmes qui offrent, plus ou moins, les caractères de la poésie. L'histoire de la philosophie en renferme de nombreux exemples. S'agit-il de la science vraie ? le génie du savant doit être maintenu dans les bornes de la réalité. La réflexion dirigée sur l'objet de chaque science, pour discerner quel doit être le principe directeur des hypothèses, peut rendre de grands services^ sous ce rapport.

L'objet de la physique est maintenant déterminé : tous les phénomènes, considérés d'une manière objective, se ramènent à des mouvements^ dont les lois reposent sur la double base de l'idée de l'inertie et de celle de la constance de la force. Les propriétés psychologiques attribuées à la matière, telles que l'horreur du vide, ou l'amour du repos, sont exclues de la pensée des savants modernes. Reste l'affinité chimique. Voici comment M. Sainte-Claire Deville s'exprime à cet égard dans ses Leçons sur la dissociation prononcées devant la Société chimique de Parisen 1866 :

« L'affinité, définie comme la force qui préside aux combinaisons chimiques, a été pendant longtemps et est encore une cause occulte, une sorte d'archée à laquelle on rapporte tous les faits incompris et qu'on considère dès lors comme expliqués, tandis qu'ils ne sont souvent

que classés et souvent même mal classés Il faut laisser de côté dans nos études toutes ces forces inconnues auxquelles on a'a recours que parce qu'on n'en a pas mesuré les effets. Au contraire, toute notre attention doit être portée sur l'observation et la détermination numérique de ces effets, lesquels sont seuls à notre portée. On établit par ce travail leurs différences et leurs analogies, et une lumière nouvelle résulte de ces comparaisons et de ces mesures.

« Ainsi la chaleur et l'affinité sont constamment en présence dans nos théories chimiques. L'affinité nous échappe entièrement, et nous lui attribuons cependant la combinaison qui serait l'effet de cette cause inconnue. Etudions simplement les circonstances physiques qui accompagnent la combinaison, et nous verrons combien de phénomènes mesurables, combien de rapprochements curieux s'offrent à nous à chaque instant. La chaleur détruit, dit-on, l'affinité. Etudions avec persistance la décomposition des corps sous l'influence de la chaleur estimée en quantité ou travail, température ou force vive : nous verrons de suite combien cette étuJe est fructueuse et indépendante de toute hypothèse, de toute force inconnue, inconnue même au point de vue de l'espèce d'unité à laquelle il faut rapporter sa mesure exacte ou approchée.

« C'est en ce sens surtout que l'affinité, considérée comme force, est une cause occulte, à moins qu'elle ne soit simplement l'expression des qualités de la matière. Dans ce cas, elle servirait simplement à désigner le fait que telles ou telles substances peuvent ou ne peuvent pas se combi-

ner dans telles ou telles circonstances définies *. » La teur dance de l'auteur est de chercher Tunité des sciences de la matière inorganique, en ramenant aux lois générales du mouvement les mouvements spéciaux qui se manifestent dans le phénomène de Taffifiité. La revue intitulée la Philosophie positive s'oppose à cette tendance dans un article de M. Naquet^. « En chimie comme en physique, dit cet écrivain, tout travail absorbe une certaine quantité de force vive, qui peut être fournie au corps sous forme de chaleur et qui est susceptible d'être restituée sous forme de chaleur lorsque le travail se détruit II y aura donc en chimie des phénomènes du même ordre que ceux qu'on observe en physique. Mais il y a en outre une propriété spéciale et inconnue qui pousse les corps à s'unir et à s'unir dans des proportions définies, toujours les mêmes. C'est cette propriété que nous nommons affinité. C'est elle qui fait de la chimie une science distincte de la physique, malgré tous les efforts que l'on pourra tenter pour la faire rentrer dans cette dernière ^ » Si l'on entend par chimie l'étude de la nature des corps, et par physique l'étude des lois du mouvement, il y aura toujours là deux éléments de science essentiellement distincts, bien qu'intimement unis. La réduction de cette dualité à l'unité, l'affirmation que la science ne connaît plus que des mouvements qui ne se distinguent pas des corps mus,

1. M. Claude Bernard, en citant ce passage dans son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale ^ p. 326 à 328, déclare admettre pleinement les pensées qui y sont contenues.

2. M. Renouvier a solidement démontré le désaccord du positivisme et de la véritable méthode scientifique. Voir la Critique philosophique, le numéro du 2 août 1877 en particulier.

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