Rapport, p
qu'ils se mettent souvent en lutte ouverte avec la volonté et rintelligence. Il peut exister des instincts secondaires et acquis ; mais il faut bien qu'il en existe de primitifs, par la raison qu'il en est qui sont essentiels à la vie, et que pour que la vie se modifie il est nécessaire qu'elle existe. Il ne paraîtra pas vraisemblable à un esprit imbu du principe directeur de la science que chacune des espèces animales ait des instincts qui soient autant de faits primitifs, ce qui constituerait une multitude indéfinie de causes spéciales d'activité. Il est plus probable que les instincts résultent de l'action des causes extérieures, cette action générale étant modifiée par la diversité des organismes, de même que les lois générales du mouvement sont diversifiées dans leurs résultats par la diversité des résistances offertes par les agrégats matériels. II faudrait donc rechercher, avec plus de soin qu'on ne l'a fait encore, les rapports généraux des êtres organisés avec les phénomènes de la couleur, de l'odeur, de la température, de l'électricité, avec toutes les circonstances du sol et de l'atmosphère. En étendant la base d'observation, et en cherchant l'explication rationnelle des faits observés, on trouverait peut-être le moyen de réduire à un petit nombre de rapports généraux la multitude des faits de détail que présentent les phénomènes de l'instinct. N'y aurait-il pas là une riche moisson à recueillir pour un savant qui, en constatant la distinction de la physique et de la biologie, ne cherchera pas à réduire à l'unité ces deux sciences distinctes, mais étudiera les rapports des lois de la vie avec les phénomènes physiques, dans l'harmonie générale de l'univers?
Une vue juste de la méthode, en appelant la réflexion sur les principes directeurs des hypothèses, peut donc avoir une importance pratique réelle et sérieuse. Ici nous apparaît sous un jour nouveau Futilité de l'histoire de la science. L'histoire de la science, nous Tavons vu, peut mettre au jour des hypothèses justes qui demeurent enfouies dans les écrits de nos devanciers, parce qu'elles ont été conçues avant l'époque où elles pouvaient être vérifiées. Cette histoire peut être utile encore en généralisant la connaissance de la manière dont les découvertes ont été accomplies et en familiarisant la pensée avec les principes qui ont dirigé les fondateurs. Elle devrait donc avoir sa place dans l'enseignement ; et le temps que la jeunesse consacrerait à son étude serait loin d'être du temps perdu. Avoir vécu en communauté d'idées avec Kopernik , Kepler , Newton , Leibnitz , Galilée , Linné , Guvier, est un fait plus important pour la culture générale de l'esprit que d'avoir étudié une multitude de détails dont il est toujours facile d'acquérir la connaissance lorsqu'on en éprouve le besoin.