XXVHI LISTE DES OUVRAGES DE HANS LARSSON
Philosophie dereternite dans le Phedon de Platon. Orientatiou philosophique). Lund, 1912, 33 p.
Intaitionsproblemet. Sarskildt med hansyn till Henri Berysons ieori (le Probl^me de I'intuition et la theorie de H. Bergson). Stockholm, 1912, 85 p.
Platon och vdr tid (Platon ct notre temps). Lund, 1913, 34.2 p.
Viinstersynpiinkter (Opinions de gauche). Stockholm, 1914, 28 p.
Filosojlen och Politiken (Philosophic et politique), 1915, 186 p.
Hemmabyarna. Vdrldsbetraktelser i femlon kapitel (Villages de chez nous. Considerations sur I'univers en quinze chapitres). Stockholm, 1916, 314 p.
Ideerna i Slabberap (les Id6es a Stabberup). Stockholm, 1918, 333 p.
L'INTUITION
L'INTUITION
G'est une observation utilisee par beaucoup de phiiosophes que noire connaissance, apres s'etre elevee du premier stade des observations plus ou moins contuses a celui de la pensee rigoureusement rationnelle, logique et abstraite, parait changer a nouveau de caractere et, juste a son point de perfection, au moment oil elle s'avance le plus profondement et serre du plus pres I'essence meme de son objet, redevient concrete ets'opere par une vuc immediate, comme si nous etions doues d'un ceil interieur. Or, bien que les philosophes en question aient diversement apprecie I'importance de cette connaissance du troisieme degre, tons sont d'accord (jue la connaissance la plus elevee est contemplative, intuitive.
Mais dans ce })assage a la vision immediate la pensee parait perdre son caractere logique et s'enfoncer dans une penombre oil nous ne pouvons plus contr6ler son travail, et c'est pourquoi il est naturel que I'intuition ait sans cesse ete tenue en mefiance et n'ait jamais
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reussi a faire reconnaitre ses droits. On y a vu une forme inferieure de la peiisee, arbilraire et mal disciplinee, plutot feminine et illogique, penetrante sans doute et touchant juste a I'occasion, mais en tous cas ecliappant aux previsions et aux calculs. Et surtout on a vu dans I'intuition une manifestation du sentiment plus que de la pensee. Car il semble que ce soit un trait constant de la connaissance intuitive qu'elle s'accompagne de sentiment et d'emotion ; ineme pour un Spinoza, — I'homme de la pensee pure et froide, — cette connaissance du troisienie degre est la fin derniere des aspirations de I'ame et son bonheur supreme. Et il existe des philosophes pour qui Torgane superieur de la connaissance se confond avec le sentiment, de meme que dans la conscience universelle les choses se passent comme si la sensibilite, en nous indiquant par ses aspirations vagues les besoins profonds enracines dans notre etre, pent aussi nous giiider instinctivement dans certains cas oil la pensee reste inuette.
En fait la connaissance intuitive a justement les proprietes qui nous paraissent caracteriser la contemplation esthetique, et la valeur quon lui reconnait en general est en premier lieu une valeur de jouissance ; et c'est seulement en second lieu qa'on lui accorde une valeur theoretique, d'ordre inferieur a celle de la connaissance discursive. Dans Tintuition I'ame trouve son repos et sa joie, abandonnant pour un mojnent le sentier ou la pensee se fraye peniblement un cliemin : un pareil moment pent avoir un contenu extraordinaire, mais pendant qu'il s'ecoule la pensee ne franchit pas ses frontieres anciennes, et ce nest pas en ces heures-la qu'elle fait ses decouvertes. C'est precisement cette conception que j'estime inexacte et qui merite selon inoi un examen.
Notre epoque est une des periodes oii la faculte in-
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tuilive est nK^connue et oii Ton no fail pas appel a son concours. Le travail niothotlique est le mot d'ordre de iiotre temps; or au cours de ce travail collectif en rangs serres il peul arriver que les individus oublient d'utiliser leurs facultes individuelles les plus delicates et que la pensee soit tellement occupee pour un temps par les objets les plus proches et les plus faciles a atteindre a I'aldc de procedcs methodiques, qu'clle devient indiffercnte et insensible; a ce qui nc tombe pas sous les sens, a ce qui est difficilejiient perceptible, et n'a plus des lors toule la finesse requise pour I'etude de certaines questions. Ainsi, en pbilosopliie, la recherche a fait des progres incroyables dans les domaines oi^i la methode des sciences naturelles est le plus facile a transporter, tandis que la faculte de voir s'est affaiblic a un degre extraordinaire a I'egard des phenonienes qui par leur caractere fugitif, par leur acces difficile, sont d'une nature plus mysterieuse, de sorte qu'il existe certajns faits psychiques, appartenant a la vie la plus profonde et la plus secrete de I'ame, qui, dans des periodes anterieures, oil I'ceil etait accoutume au demi-jour, avaient ete observes et meme tres communeuient compris, mais que notre epoque n'a plus en general I'aptitude a discerner. De meme la litterature a mis la main sur des domnines ou elle pent souinettre la vie a des enquetes methodiques et minutieuses et oii elle peut recevoir le concours d'un grand nombre de travailleurs ; et il est certain que pour divers phenomenes qui se passent a la surface de I'existence la faculte d'observation s'est singulierement oxercee de nos jours ; mais Ic inonde situe derriere I'liorizon quotidien, le monde qui ne se decouvre pas ii tous ni toujours et qui par suite ne se inontre a nous qu'a certaines heures avec le prestige lumineux d'une apparition surnaturelle, justement ce monde ([ue I'oeil
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du poele est fait pour voir, — a disparu de plus en plus et s'est eul'oiice dans I'oub'.i. En un mot, — dans la science et dans la litterature la reflexion procedant Hietlio liquenient et pas a pas a pris le dessus et mis hors de service la faculte d'inspiration, d'intiiition.
La question de savoir si la pensee intuitive est a un stade inferieur ou superieur par rapport a la pensee discursive, est desormais une question ouverte. L'opinion que nous \oudrions soutenir dans ces pages est celle-ci : notre activite theoretique sous sa forme la plus elevee est de nature intuitive, et c'est seulement en apparence que dans le passage a ce stade sup6rieur la connaissance semble perdre sa cohesion logi({ue.
Adieu done, 6 toi, monde du beau,
Avec tes fraiches eaux courantes et tes bosquets verts !
A Theure de I'adicu, quantl le ca3ur s'amoUit
Et que les pens6es fraicbes elles aussi deviennent malades,
J'avoue malgr^ moi que vous (itiez beaux,
M«>me si vous n'etiez au fond que de vains fantdmes.
(AuGusTK Strindbeug.)
La mefiance a I'egard de I'intuition esttoujours liee a une certaine conception du sentiment: on admet que celui-ci appartient essentiellement auxstades inferieurs de la vie, que c'est quelque chose qui s'elimine progressivement au cours de revolution, et que par suite la pensee la plus parfaite est cellequi s'est le plus completement liberee du sentiment. Or, comme nous I'avons deja indique, on a cru voir dans I'intuition
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plulol line iiianifeslalioii tie la sensibilile ([ue de la raison. Nous devoiis insister quelque peu siir celle fagoii (le voir. En fait, bien (ju'elle soit erronee dans son priiicipe, elle renferiue assez de verite pour qu'il n'y ait pas a s'etonner qu'elle se soit si profondemenl iinplanl(''e dans les esprits. Mon opinion personnelle, — pourle dire lout de suilc, — c'est (jue !c senLimenl caracterise les deux j)6les de revoluliou luiniainp, le stade le plus bas et le stade le plus haul.
II estclairqu'a I'origiiie la penseeetaitsous la dependance de la vie affeclivo : il en est ainsi chez I'animal, il est ainsi chez riioniine a I'elal primitif. La pen^-ee ne jouit la d'aucune liberie, d'aucun dioit a une opinion independante ; elle se regie sur les caprices et les appetits. Le jour oii elle s'est eveillee a la conscience, elle s'est trouvee dans la situation d\m homme civilise au milieu des barbares, contrainte a un service d'esclave. Et elle a reve d'une vie plus belle dans quelque esj)ace libre, clair et frais, oii elle ne serait plus subjugutJe, violenlee, ecrasee par les sentiments. II etait necessaire pourlapensee de se liberer de cettc servitude. Elle eut besoin de se discipliner pour ecarter des influences deplacees. Chez Platon, et d'une fagon generale dans la philosophie grecque, nous assistons a une phase importanle de cette emancipation de la pensee. La philosophie de Platon est tout impregnee d'aristocralisme intellecluel. Platon demontre comme quoi la fagon vulgaire de se representer les choses est depourvue de valeur, coinme (nioi les homines enchaines par de vils interets et par Thabitude ne sont pas aptes a s'elever jusqu'a la verite ni jusqu'a la vertu. Platon meprise meme la poesie parce qu'elle fait appel aux sentiments ; son langage estinferieur a celui de la philosophie ; il convient a ceux qui ne peuvent comprendre la beaute des idees que sous
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le vetement de la fable et Jii mytlie, avec Taide d'illustratioris coucreles, etqui ne peuvent apprendre a aimer la verLu qu'eii consideraiit des images attrayaiites on repoussantes. 11 considere ([ue la poesie ne represente pas la verite elle-meme, mais seulement son ombre. Seule la pensee dialectique nous conduit aux idees.
Gette faQon de penser a quel({ue parente avec celle qui a generalement cours aujourd'bui, bienque celle-ci s'inspire de raisons utilitaires qui elaient elrangeres a Piaton. G'est la une conception qui s'impose parfois aux poetes eux-memes, si Inen qu'ils se demandent si leur vocation a vraiment quelque valeur et commencent a sentir qu'ils n'ont plus de raison d'etre ; tout de meme qu'un artisan habile doit eprouver un sentiment analogue lorsqu'un inventeur a surgi, qui a construit une machine capable d'executer tout ce que Partisan savait faire, et meme de Texeculer mieux. L'age de la poesie est passe, et celui de la science est venu. La poesie etend un voile sur les choses au lieu de les decouvrir ; ellemystifie aulieu d'instruire. II est temps, — nous dit-on, — de laisser la les images et les syinboles pour la verite pure, de renoncer auxjeuxcharmants de I'imagination et aux reves pour regarder la vie en face et nommer chaque chose de son xnxi nom. G'est riieure ou le sentiment cede et oii la pensee monte au pouvoir. « Les frontieres de I'art », dit quelque part Schiller, « se rctrecissent, a mesure que la science elargit les siennes ». L'art est sans cesse pourchasse vers de nouvelles retraites tandis que la civilisation empiete sur les forets vierges.
11 est vrai qu'on reconnait toujours a la poesie une mission provisoire. La frontiere oil est parvenue la science n'est jamais la derniere. Au dela d'elle il y en a d'autres, et d'autres encore, et a Thorizon s'etendent toujours des terres que nous n'avons pas explorees,