Institut, orat.y v
3. a Id Bormonibus aique dictionibus clnquentium, impleta rcpcriunturprœcopta clo<iuoiitiab, do quibus illi ut eloquoioiitur, vel cum cloquereDtui*, non
cogitaverunt, sivo illa didicisscnt, sire ne attigisscni quiduin. Implent quippe illa, quia cloquontes sunt ; non adhibent, ut HJnt oloquontus. » De Doc» trina christ Uinaf iv, 3.
TROISIÈME PAnitR. 220
cprtains muscles, faire certains moovemDiits dans ks joiulurEs, mettre un pied l'uB devant l'autre, et se reposer sur l'un pendant que l'autre avaaco. On peut bien former des règles en observant ce que la nature nous feit faire; mais on ne fait jamais ces actions par le aecours de ces rfegles; ainsi on traite tous les lieux dans les discours les plus ordinaires, et l'on ne saurait rien dire qui ne s'y rapporte; mais ce n'est point en y faisant nue réflexion expresse que l'on produit ces pensées, cette réflexion ne pouvant servir qu'à, ralentir la chalem' de l'esprit et h l'empêcber de trouver les raisons vives et oiaturellos, qui sont les vrais ornements de toute sorte de discours.
Virgile, dans le neuvième livre de l'Enéide, après avoir représenté Etiryale surpris et environné de ses ermemis, qui étaient prÈs de venger sur lui la mort de leurs compagnons que Nisus, amid'Euryale, avait lues, met ces pucoles pleines de mouvement et de pasdon dans la nouche de Nisus :
o'^tofif mes tttvi omiiia; nilill ùUt. aeo sihdb.
C'est un argument, dit Ramus, a causa effidente; maïs on pourrait bien jugei' avec assm'ance que jamais .Virgile ne songea, lorsqu'il ilt ces vers, au lieu de la 'cause efficiente. Il ne les am'ait jamais faits, s'il s'était aiTètd à y chercher cette pensée; et il faut nécessaii-oment que, pour produire des vers nobles et si animés, il fait non-seulement oublié ces règles, s'il les savait, mais qu'il 56 soit on quelque sorte, oublié lui-môme pour .peindre la passion qu'il représentait'.
Le peu d'usage que le monde a fait de cette méthode des lieux, depuis tant de temps qu'elle est trouvée et qu'on l'enseigne dans les écoles, est une preuve évidente
i, Enèidst IX, rerH i27 et «qq. [ Le génie, oomma U DAtore» orëa U
Dl'teit en elTetli ■paii£ûjitë. C'est dosmoyem oilërleuri, p'iF dos arklulement aiir&a que •îeirl'flttùlloiion. | Uuea et ivt rj]glei.
930 LOGiguB.
qu'.']]i! n'est pu» de gmml usiigc; mais quand on serait appliquiî h en tirer tout le fi'uit qu'on en peut lii'cr, on no TOît pas qu'on puisse arriver par là à quelque cliosa qui soit véritaMement utile et estimable : car tout ce qp'on peut pri^lendre par celte méthode, est de trouver sur chaque sujet diverses peosÉes géuéraleB, ordinaires, éloignées, comme les lullistes ' en trouvent par le moyen de leurs tables; or, tant s'en faut qu'il soit utile de S6 procurer cetle sorte d'abondance, qu'il n'y a rien qui gAle davantage le jugement.
Rien n'étonlTe plus les bonnes semences que l'abondance des mauvaises herbes; rien ne rend un esprit plus sliirile en pensées justes et solides que cette mauvaise Tertilité de pensées communes. L'esprit s'accoutume à cetle Tacilité, et ne fait plus d'efforts pour trouver les raisons propres, particuhères et naturelles, qui ne se découvrent que dans la considération attentive de son sujet.
On devrait considérer que celte abondance qu'on recherche par le moyen de ces lieux, est un très-petit avantage. Ce n'est pas ce qui manque k la plupart du monde. On pèche beaucoup plus par excès que par défaut; et les discours que l'on l'ait ne sont que trop remplis de matière. Ainsi, pour former les hommes dans une éloquence judicieuse et solide, il serait bien plus utile de leur apprendre à se taire qu'à parler, c'eslrà-dke S. supprimer et k retrancher les pensées basses, communes et fausses, qu'à produire, comme ils font, un amas confus de raisonnements bons et mauviùs, dont on remplit les livres et les discours.
Et comme l'usage des lieux ne peut guÈre servir qu'à trouver de ces sortes de pensées, ou peut dire que s'il est bon de savoir ce qu'on en dit, parce que tant de personnes célèbres en ont parlé qu'ils ont formé une espÈce de iiécessilé de ne pas ignorer une chose si commune, il est encore beaucoup plus Important d'être persuadé qu'il
iciplea de RaïnioQil LuIIb, qui
al d'iipjiliqnoi
TnOI3lftME PAHTIE. 231
n'y a rien de plus ridicule que de les employer pour discourir de tout à perle de vue, comme les luUistes font par le moyen de leucs aLlributs généraux, qui sont des espèces de lienx ; et qiie celte mauTaise facilite de parler de tout, et de trouver raison partout, dont quelques personnes font vanité, est im si mauvais caractère d'esprit, qu'il est beaucoup au-dBssoua de la bêtise ' .
C'est pour([uoi tout l'avantage qu'on peut tirer de ces lieux se réduit au plud à en avoir une teinture générale, qui sert peut-être un peu, sans qu'on y pense, à euvi- BUger la matiÈre que l'on traite par plus de faces et de parties.
CEAPITRE XViïl
Ceux qui ont traité des lieux les ont divisi^s en différentes maui&res. Celle qui a été suivie par Cîcérondatis les livres do l'Invontion et dans le IP livre du l'Orateur, et par QuiiiUlien au V° livre de ses Institutions, est moins méthodique; mais elle est aussi plus propre pour l'usage des discours du bavrenu, auquel ils la rappoilent particulièrement. Celle de Ramus est trop embui-rasséfi de soldivisions.
En voici une qui parait assez commode, d'un pliiloeopho allemand fort judicieux et fort solide, nommé Ciauberge', dont la Logique' m'est tombé entre les midns, lorsqu'on avait déjà commencé à imprimer celle-ci.
I. tlD du prïaeîpoDi tieee d^Umé- 1 do Barg) on Wî, \e promiisr pro;<i-
dt» chOKi si t l'uulvM du idéei. 1 i. CUubcri,-, ai à BoDngSD (duaM ]
Les lieux sont tirés ou de la grammaire, ou de la logique ou de la métaphysique.