TROISIÈME PARTIE
tables causes de la nature de pures chimÈrcs, comme font istrologues, qui rapportent tout aux inllucnces Jes ^aslres et qui ont même trouYé par U qu'il fallait qu'il y jCûl un ciel immobÛe au-dessus de tous ceux i qui ils ■donnent du mouvement, parce que la terre portant diverges choses en divers pays {Non omnis fert omniatellus, fndiamiitit ehur, molles sua tura Sabxi)', on n'enpouvait rapporter la cause qu'aux influences d'un ciel qui, étant Immobile, eût toujours les mSoies aspects sur les mêmes endroits de la terre.
■ Aussi l'un deux, ayant entrepris de prouver par des raisons physiques l'immobilité de la terre, fait l'une de Ses principales démonstrations de cette raison mystéieuse, que si In terre touniait autour du soleil, les inuences des astres iraient de travers, ce qui causerait n grand désordre dans le monde.
, C'est par ces influences qu'on épouvante les peuples, band on voit paraître quelque comète, ou qu'il arrive aelque grande éclipse, comme celle de l'an 1634, qui avait bouleverser le monde, et principalement la ville de I, ainsi qu'il était expressément marqué dans la hronolûgie de Helvîcus ', liomx fatalis, quoiqu'il n'y ait lUcune raison, ni que les comètes et les éclipses puissent (iToir aucun effet considérable sur la terre, ni que des s générales, comme celle-là, agissent plutôt en un iidroit qu'en un autre, et menacent plutôt un roi ù un prince qu'un artisan ; aussi en voit-on cent qui ne jnt suivies d'aucun effet remnrquidile. Que s'U arrive aelqnefois des guerres, des mortalités, des pestes et la lort de quelque prince après des comètes oudes éclipses, [ en arrive aussi sans comètes ou sans éclipses ; et d'ail- P3 ces effets sont si généraux et si communs, qu'il est n difflcile qu'ils n'arrivent tous les ans en quelque endroit du monde : de sorte que ceux qui disent en l'air gue cette comète menace quelque grand de la mort ne se asardent pas beaucoup.
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2*8 LOOIOUR.
C'est encon pis quand ils donnent ces inlluenoes àâ. mCriqiiea pour la cause des inclinations des hommesi vicîeuseB ou vertueuses, el mftme de leurs actions parti eiilîÉrcH el dus événements de leur vie, sans en avoï d'autre fomlemenl, sinon qu'culre mille prédictions i arrive par hasard que qUBlijueB-uncs sont vraies ; mais s l'on veut juger des clioseB par le Jion sens, on avoue qu'un flambeau iilUinii? dans la chamlire d'une femme q accouche doit avoir plus d'efTotsurle corps desonenfani que la plnnÈte de Saturne en quelque aspect qu'elle lé regarde et avec quelque autre qu'elle soit jointe '.
KnQn, il y en a qui apportent des causes chimÊriques d'effets chimériques, comme ceux qui, supposant que 1^ nature abhorre le vide, et qu'elle fait des efforts pour l'éviter (ce qui est un eifet imaginaire : car la nature n'a horreur de rien, el tous les effets qu'on attribue à cette horreur dépendent delà seule pesanteur deraîr), nelais^ Kent pas d'apporter des raisons de cette horreur imagî.naire,qui sont encore plus imaginaii-es'. La nature abhorrï le vide, dit l'un d'entre eux, parce qu'elle a besoin de la oontinuiié des co7'ps pour faire passer les influences et pour la propagation des qualités. C'est une étrange sorte de science que celle-U, qui prouve ce qui n'est point paf ce qui n'est point.
C'est poui-quoî, quand il s'agit de rechercher les cause des effets extraordinaires que l'on propose, il faut d'aT bord examiner avec soin si ces effets sont véritables ; cfti souvent on se fatigue inutilement à chercher des raisona de choses qui ne sont point, et il y en a nne infinité q^u'il faut résoudre en la mûrae manière que flutarque résout cette question qu'il se propose : Pourquoi les poukina qui ont été courus par les loups sont plus vites ' que lea autres; car, après avoh- dit que c'est pout-ôtre parce que ceux qui i!!'tuient plus lents ont été pris par les loups, qu'ainsi ceux qui sont échappés étaient les iiius viles, oa
co que lu astmlogu^ 1 1 it rbieloire lie Oaliléo !
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TROISIÈME PAtlTIB. 217
I)ioQ que k peur leur ajfinL donné une vitesse estraonliiidiro, ils en ont rolenu l'habitude, iï rapporte enfin une autre solution, qui est apparemment véritable ; c'est ditil, que [leul-ûtre cela n'est pas vrai. C'est ainsi qu'il faut r(5soudro un grand nombre d'effets qu'on attribue à îa lune, comme, que les os sont pleins de moelle loreqn'elle B»t pleine, et vides lorsqu'elle est en décours ; qu'il en est de mÈme des écrevisses : car il n'y a qu'à dire que tout cela est faux, comme des personnes m'ont asaui'é l'avoir éprouvé, les os et les écrevisses se trouvent indifféremment tantôt pleins et tiintàt vides dans tous les temps de la lune. Il y a bien de l'appareDce qu'il en est de même de qunnlilii d'observations que l'on fait pour la coupe des bois, pour cueillir ou semer li's graines, pour enter les arbres, pour prendre des médecines ; et ie monde se délivrera peu à peu de toutes ces servitudes, qui n'ont point d'autre fondement que des suppositions dont personne n'a jamais éprouvé sérieusement la vérité, d'est pourquoi il y a de l'injustice dans ceux qui prétendent que, pourvu qu'ils alltguent une eupérience ou un fait tiré de quelque auLeur ancien, on est obligé de le recevoir sans examen.
C'est encore à cette sorte de sophisme qu'on doit rapporter cette tromperie ordinaire de l'esprit humain, post hoc, ergo propter hoc. Cela est arrivé ensuite de telle chose : il faut dooc que cette chose en soit la cause. C'est par lii que l'on a conclu que c'était une étoile nommée Canicule qui était cause de In chaleur extraordinaire que l'on seut durant les jours que l'on appelle caniculaires ; ce qui a fait dire à VirgUe, en parlant de cette étoile, que l'on appelle en latin St'rius :
Cependant, comme Gassendi a fort bien remarqué, il n'y a rien de moins vraisemblable que cette imagination : car cette étoile étant de l'autre côté de la ligne, ses effets
(li^vrairnt ôtre plus forts sur les lieux où elle est plus perpendiculaire ; et néanmoins les jours que nous appelons caniculaires ici sont le temps de l'hiver de ce côté-là : de sorte qu'ils ont bien plus de sujet de croire en ce pays-là que la canicule leur apporte le froid, que nous n'en avons de croire qu'elle nous cause le chaud.
rV. Dénombrement imparfait^.
n n'y a guère de défaut de raisonnement où les personnes habiles tombent plus facilement qu'en celui de faire des dénombrements imparfaits, et de ne considérerpas assez toutes les manières dont une chpse peut être ou peut arriver : ce qui leur fait conclure témérairement, ou qu'elle n'est pas, parce qu'elle n'est pas d'une certaine manière, quoiqu'elle puisse être d'une autre; ou qu'elle est de telle ou telle façon, quoiqu'elle puisse être encore d'une autre manière qu'ils n'ont pas considérée.
On peut trouver des exemples de ces raisonnements défectueux dans les preuves sur lesquelles Gassendi établit le principe de sa philosophie, qui est le vide répandu entre les parties de la matière, qu'il appelle vacuum disseminatiim; et je les rapporterai d'autant plus volontiers, que Gassendi ayant été un homme célèbre, qui avait plusieurs connaissances très-curieuses, les fautes même qu'il pourrait avoir mêlées dans ce grand nombre d'ouvrages qu'on a publiés après sa mort ne sont pas méprisables et méritent d'être sues : au lieu qu'il est fort inutile de se charger la mémoire de celles qui se trouvent dans les auteurs qui n'ont point de réputation *.
Le premier argument que Gassendi emploie pour prouver ce vide répandu, et qu'il prétend faire passer en un
1, C'est, on s'en sourient, un des vices de méthode que Descartes s'efforce d'éviter, en formulant sa quatrième rèfîle.
il. On sait que Gassendi soutenait les doctrines d'Epicure et par conséquent admettait, entre les atomes, le vide qui les sépare et où ils se meu-
vent. Les Cartésiens, au contraire, n'admettaient aucun vide, parce qu'il n'y avait pour eux aucune différence entre l'étendue et la matière. Leibnitz n'admet également aucun vide, parce que ce serait dans In nature une discontinuité sans raison, une défaillance inintelligible do l'être.
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enfiroit pour une difmonstration aussi clniro que celle des malluSmntiqucs, est celui-ci :
S'il n'y avait point de vide et que tout fût rempli de corps, le mouvement serait impossible, et le monde ne serait qn'une grande masse do matiÈre roide, înOexihle et immobile; car le monde étant tout rempli, aucun corps ne peut se remuer qu'il ne prenne la place d'un autre ; ainsi, à le corps A se remue, il faut qu'il déplace mi autre corps au moins égal à soi, savoir B ; et B, pour se remuer, en doit aussi déplacer un antre. Or, cela ne .peut arriver qu'en deux maniÈres : l'ime, que ce déplacement des corps aille ù, l'infini, ce qui est ridicule etimpossiLle; l'autre, qu'il se fasse circuJairement, et que le dernier corps déplacé occupe la place d'A.
n n'y a point encore jusques ici de dénombrement im- ■parfait; et il est vrai, de plus, qu'il est ridicule de s'imaginer qu'en remuant un corps, on en remue jusqu'à l'infini, qui se déplacent l'un l'autre : l'on prétend seulement que le mouvement se fait en cercle, et que le dernier corps remué occupe !a place du premier, qui est A, et qu'ainsi tout se trouve rempli. C'est aussi ce que Gassendi entreprend de réfuter par cet arg^ument : le premier corps remué, qui est A, ne peut se mouvoir, si le dernier, qui est X, ne peut se remuer. Or, X ne peut se remuer, puisque pour se remuer il faudrait qu'il prît la place de A, laquelle n'est pas encore vide; et partant, X ne pouvant se remuer, A ne le peut ainsi : donc tout demeure immobile. Tout ce raisonnement n'est fondé que sur cette supposition, que le corps X, qui est immédiatement devant A, ne puisse se remuer qu'en un seul cas, qui est, que la place de A soit déjà vide lorsqu'il commence à se remuer : en sorte qu'avant l'instant où il l'occupe, il y en ait un autre où l'on puisse dire qu'elle est vide. Mais celte supposition est fausse et imparfaite, parce qu'il y a encore un cas dans lequel il est très-possible que X se remue, qui est, qu'au mfinio instant qu'il occupe la place de A, A quitte cette place, et dans ce cas il n'y a nul inconvéuient que A pousse Q, et B pousse C jusqu'à X, et
([lie X dans le m^ma instant occupe la place (l'A; par ce moyen il y aura du mouvomenl, et il n'y aura point do vide- Or, (jne ce soit un cas possible, c'eet-à-dîre qu'il puisse arriver qu'nn corps occupe la place d'un autre corps au nifime instant que ce corps la quitte, c'est une chose qu'où est obligé de reconnaître dans quelque hypotli&sQ que co Boit, pourvu seulement qu'on admette quelque matière continue : car, par exemple, en distinguant daus un talon deux parties qui se suivent immédiul^ment, il est clair que, lorsqu'on le remue, au môme instant que la première quitte un espace, cet espace est occupé par la seconde, et qu'il n'y en a point où l'on puisse dire que cet espace est vide de la première et n'est pas rempli de la seconde. Cela est encore plus clair dans un cercle de fer qui tourne autour de son centre ; car alors cijaque partie occupe au mSme instant l'espace qui a é[é quitlô par celle qui la précÈde, sans qu'il soit besoin de s'imaginer aucun vide. Or, si ceJa est possible dans un cercle de fer, pourquoi ne le sera-Wl pas dans un cercle qui sera en partie de bois et en partie d'tûr? et pourquoi le corps A, que l'on suppose de bois, poussant et déplaçant le corps B, que l'on suppose d'air, le corps B n'en pourrat-il pas déplacer un autre, et cet autre un autre jusqu'à X, qui entrera dans la même place qu'A au môme temps qu'il la quittera.
H est donc clair que le défaut du raisonnement de Gassendi vient de ce qu'il a cru qu'afin qu'un corps occupât la place d'un autre, il fallait que celte place fût vide auparavant, et en un instant précédent, et iju'il n'a pas considéré qu'il suffisait qu'elle se vidât au mime inatont'.
Les antres preuves qu'il rapporte sont tirées de -dîvereea expériences par lesquelles il fait voir, avecriûson, que l'air se comprime, et que l'on peut faire entrer un