‹ La logique de Port RoyalChapitre 120 sur 170 · TROISIÈME PARTIE. 2S · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 2S

pion chrétienne, ni à la constance, des martyrs, qu'on doit attribuer ces meurtres, mais àla seule injustice et k la seule cruauté des païens. C'est par ce sophisme qu'on impute souvent aux gens de bien d'être cause de tous les maux qu'ils eussent pu éviter en faisant des choses qui eussent blessé leur conscience, parce que s'ils avaient voulu se rellcher dans cette exacte observance de la loi de Dieu, ces maux no seraient pas arriv(5s.

Oa voit aussi un exemple considérable de ce sophisme dans le raisonnement ridicule des épicuriens, qui conchiaientquG Ses dieus devaient avoirune forme humaine, parce que, dans toutes les choses du monde, il n'y avait que l'homme qui eût l'usage de la raison. Les dieux, disaient-ils, sont très-heureux : nul ne peut être heureux sans la vertu; il n'y a point de vertu sans la raison ; et la raison ne se trouve nulle part ailleurs qu'en ce qui a la ' fofme humaine : il faut donc avouer que les dietuc sont en f forme humaine. Mais ils étaient bien aveugles de ne pas voir que, quoique dans l'homme la substance qui pense et qui raisonne soit jointe à un corps humain, ce n'est pas néanmoins la figure humaine qui fait que l'homme pense et raisonne, étant ridicule de s'imaginer que la raison et la pensée dépendent de ce qu'ii a un nez, une bouche, des joues, deux bras, deux pieds ; et ainsi c'était un sophisme puéril à ces philosophes de conclure qu'il ne pouvait y avoir de raison que dans la forme humaine, parce que dans l'homme eUe se trouvait jointe pat accident à la forme humaine.

VI. Passer du sens divisé au sens composé, ou du sens composé au sens divisé.

L'un de ces sophismes s'appelle /a//ocra»7ompos!'(ion«t, et l'autre fullacia divisionis'. On les comprendra mieux par des exemples.

JésuH-Christ dit dans l'Évangile, en parlant de ses mi-

racles ; Les aveugles voient, les boiteux marchent droit, les sourds entendent^. Cela ne peut être vrai qu'en prenant ces choses séparément, et non conjointement, c'està-dire dans le sens divisé, et non dans le sens composé : car les aveugles ne voyaient pas demeurant aveugles, et les sourds n'entendaient pas demeurant sourds; mais ceux qui avaient été aveugles auparavant et ne Tétaient plus voyaient, et de même des sourds.

C'est aussi dans le môme sens qu'il est dit, dans l'Écriture, que Dieu justifie les impies', car cela ne veut pas dire qu'il tient pour justes ceux qui sont encore impies ; mais qu'il rend justes, par sa grâce, ceux qui auparavant étaient impies.

Il y a, au contraire, des propositions qui ne sont véritables qu'en un sens opposé à celui-là, qui est le sens composé, commjs quand saint Paul dit que les médisants, les fornicateurs, les avares, n'entreront point dans le royaume des deux'; car cela ne veut pas dire que nul de ceux qui auront eu ces vices ne seront sauvés, mais seulement que ceux qui y demeureront attachés et qui ne les auront point quittés, en se convertissant à Dieu, n'auront point de part au royaume du ciel.

n est aisé de voir qu'on ne peut passer, sans sophisme, de l'un de ses sens à l'autre, et que ceux-là, par exemple, raisonneraient mal, qui se promettraient le ciel en demeurant dans leurs crimes, parce que Jésus-Christ est venu pour sauver les pécheurs, et qu'il dit dans l'Évangile, que les femmes de mauvaise vie précéderont les pharisiens dans le royaume de Dieu * ; ou qui, au contraire, ayant mal vécu, désespéreraient de leur salut, comme n'ayant plus rien à attendre que la punition de leurs crimes, parce qu'il est dit que la colère de Dieu est réservée à tous ceux qui vivent mal, et que toutes les

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