‹ La logique de Port RoyalChapitre 121 sur 170 · Matthieu, xi · texte numérisé non relu

Matthieu, xi

2. « Ei vero qui non oi)eratnr, credcnti autem in eum qui ^ustificat impium, reputatur fides.ejus ad justitiam. » {Hom.t iv, 5.)

3. « Omnis fornicator, aut immundus, aut avarus, quod est idolarum Borvitus, non habobit heereditatcm in rogno Christi et Dei. » Ephes., v.

4. « Meretrices praicedent vos in regDum Dei. a Matth.^ xxi, 31.

TBOISifeME PARTIE. 253

personnes vicieuses n'ont point de part A l'héritafre de Jésus-ChrisL Les premiers passeraient du sens divisé au sens composé, en se promettant, quoique toujours pécheurs, 'ce qui n'est promis qu'à ceux qui cessent de l'être par une véritable conversion ; et les derniers passeraient du sens composé au sens divisé, en appliquant à ceux qui ont été pécheurs, et qui cessent de l'ûtre en 86 convertissant à Dieu, ce qui ne regarde que les péclieurs qui demeurent dans leurs péchés et dans leur mauvaise vie.

Vn. Passer de ce qui est vrai à quelque égard à ce qui est vrai simplement.

C'est ce qu'on appelle dans l'école a dicto secimdum

Juid ad dictum si'mplici/er. En voici des exemples ; les picuriens prouvaient encore que les dieux devaient avoir a, forme humaine, parce qu'il n'y en a point de plus lelle que celle-là, et que tout ce qui est beau doit êlre en Dieu. C'était mal raisonner : car la forme humaine n'est point absolument une beauté, mais seulement au I^gard des corps; el ainsi, n'étant une perfection qu'à quelque égard«et non simplement, il ne s'ensuit pas qu'elle doive Être en Dieu parce que toutes les perfections sont en Dieu, n'y ayant que celles qui sont simplcinent perfections, c'est-à-dire qui n'enferment aucune Imperfeclion, qui soient nécessairement en Dieu.

Nous voyons aussi dans Gicéron, au in° livre de la Nature des dieux, un argument ridicule de Cotta ' contre l'existence de Dieu, qui peut so rapporter au même défaut. « Comment, dit^il, pouvons-nous concevoir Dieu, tie pouvant lui attribuer aucune vertu? Car dirons-nous qu'il a de la prudence? Mais la prudence consistant dans le choix des biens et des maux, quel besoin Dieu peut-il fivoir de ce choix, n'étant capable d'aucun mal? Dironsnous qu'il a de l'intelligence et de la raison? Mais la

raison et rintelligence nous servent à découvrir ce qui nous est inconnu par ce qui nous est connu : or, il ne peut y avoir rien d'inconnu à Dieu. La justice ne peut aussi être en Dieu, puisqu'elle ne regarde que la société des hommes; ni la tempérance, parce qu'il n'a point de voluptés à modérer ; ni la force, paçce qu'il n'est susceptible ni de douleur ni de travail, et qu'il n'est exposé à aucun péril. Gomment donc pourrait être Dieu, ce qui n'aurait ni intelligence ni vertu *? »

n est difficile de rien concevoir de plus impertinent que cette manière de raisonner*. Elle est semblable à la pensée d'un paysan qui, n'ayant jamais vu que des maisons couvertes de chaume, et ayant ouï dire qu'il n'y a point dans les villes de toits de chaume, en conclurait qu'il n'y a point de maisons dans les villes, et que ceux qui y habitent sont bien malheureux, étant exposés à toutes les injures de l'air. C'est comme Cotta ou plutôt Cicéron raisonne. Il ne peut y avoir en Dieu de vertus semblables à celles qui sont dans les hommes : donc il ne peut y avoir de vertus en Dieu. Et ce qui est merveilleux, c'est qu'il ne conclut qu'il n'y a point de vertu en Dieu, que parce que l'imperfection qui se trouve dans la vertu humaine ne peut être en Dieu, déporte que ce lui est une preuve que Dieu n'a point d'intelligence, parce que rien ne lui est caché; c'est-à-dire qu'il ne voit rien, parce qu'il voit tout : qu'il ne peut rien, parce qu'il peut tout ; qu'il ne jouit d'aucun bien, parce qu'il possède tous les biens.

Vin. Abuser de V ambiguïté des mots, ce qui peut se faire en diverses manières.

On peut rapporter à cette espèce de sophisme tous les syllogismes qui sont vicieux, parce qu'il s'y trouve

1. Des arguments analogues ont été reproduits de nos jours par les critiques de l'idée de Dieu, qui ont soutenu que les qualités d'intelligence, de liberté, de vertu ne peuvent s'appli-

quer à Dieu sans perdre toute signification.

2. L'argument est plus difficile à bien réfuter qu'Arnauld ne se l'imagine.

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quatre Iprmes : soil parce que le milieu y est pris deux fois particulièrement' ; ou parce qu'il est pris en un spns dans la premîfere proposition, et en un autre sens dans la seconde; ou eniin parce cpie les termes de la conulu- BÎon ne sont pas pris dans le mûmc sens dans les préjnisses que dans la conclusion : car nous ne restreignons pas le mot d'ambiguïté aux seuls mots qui' sont grossièrement équivoques, ce qui ne trompe presque jamais; mais nous comprenons par là tout ce qui peut faire changer de sens à un mot, surtoutlorsqueles hommes ne s'aperçoivent pas aisément de ce changement, parce que diverses choses étant signifiées par le mfime son, ils les prennent pour la même chose*. Sur quoi on peut voir ce qui a hé dit vers la fin de la première partie, où l'on a aussi parlé du remède qu'on doit apporter à la confusion ides mots ambigus, en les définissant si nettement qu'on n'y puisse être trompé.

Ainsi, je me contenterai d'apporter quelques exemples -de cette ambignïLé, qui trompe quelquefois d'habiles gène. Telle est celle qui se trouve dans les mots qui -signiflentquelque tout, qui peut se prendre ou colleclivemenl pour toutes ses parties ensemble, on distributîvemcnl pour chacune de ses parties. C'est par ]k qu'on doit résoudre ce sophisme des stoïciens, qui concluaient que la monde triait un animal doué de raison, n parce que fie qui a l'usage de la raison est meilleur que ce qui ne i'a point. Or, il n'y a rien, disaient-ils, qui soit meilleur que le monde : donc le monde a l'usage de la raison'. » t^ mineure de cet argument est fausse, parce qu'ils attribuaient nu monde ce qui ne convient qu'à Dieu, qui ■est d'6tre tel qu'on ne puisse rien concevoir de meilleur tit de plus parfait. Mais, en se bornant dans les créatu-

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rcs, quoique Ton puisse dire qu'il n'y a rien de meilleur que le monde, en le prenant collectivement pour Tunivei^salité de tous les êtres que Dieu a créés, tout ce qu'on en peut conclure au plus, est que le monde a Tusagè de la raison, selon quelques-unes de ses parties, telles que sont les anges et les hommes, et non pas que le tout ensemble soit un animal qui ait l'usage de la raison.

Ce serait de môme mid raisonner que de dire : l'homme pense; or, l'homme est composé de corps et d'âme : donc le corps et l'âme pensent; car il suffit, afin que l'on puisse attribuer la pensée à l'homme entier qu'il pense selon une des parties : d'où il np s'ensuit nullement qu'il pense selon l'autre.

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