TROISIÈME PARTIE
principe h. ce jugement'. Par exemple, lorsque l'on juge qu'un baion qui parait courbé dans l'eau l'est en effet, ce jugement est fondé sur cette proposition génL^riile et i'ausse, que ce qui paraît cootLé à nos sens est courbé eu effet, et ainsi enferme un raisonnement, quoique non déyeloppé. En considérant donc généralement les causes de nos erreurs, il semble qu'on puisse les rapporter àdeux principales : l'une intérieure, qui est le dérèglement de la volonté, gui trouble et dérègle le jugement; l'autre extÉrieure, qui consiste dans les objets dont un juge, et qui trompent notre esprit par une fausse apparence. Or quoique ces causes se joignent presque toujours ensemble, il y a néanmoins certaines errem's où l'un pariiît plus que l'autre ; et c'est pourquoi nous les traiterons séparément,
Des sophismes d'amour-propre, d'intérêt et de passion,
I. Si on examine avec soin ce qui attache ordinairement les hommes plutôt h une opinion qu'à nne autre, on trouvera que ce n'est pas la pénétration de la vérité et la force des raisons, mais quelque lien d'amour-propre, d'intérêt ou de passion. C'est le poids qui emporte la balance, et qui nous détermine dans la plupart de nos doutes; c'est ce qui donne le plus grand branle à nos jugements, et qui nous y arrête le plus fortement. Nous jugeons des choses non par ce qu'elles sont en ellesniÈmes, mais par ce qu'elles sont à notre égard *; et la vérité et l'utilité ne sont pour nous qu'une môme chose*.
Iln'en faut point d'autres preuves que ce que nous voyons tous les jours, que des choses tenues par tout ailleurs pour douteuses, ou mémo pour fausses, sont lenucB pour très-certaines par tous ceux d'une nation ou
I*. Vo[f[ePrBtiigàratàtPl
itS UOIOUB.
d'une profession, ou il'ua insLiluL; carn'tilant pasposeibla rpiP ce i]iii est vrai en Espagne setl faux en France, ni 50e l'esprit de tous les Espagnols sait tourné si différemmenl 1 de celui des Frauç^s, qu'à ne juger des choses que par | les règles de la ruÏBon, ce qui paraît vrai généralement aux uns paraisse faux gëmîralement aux autres, il est visible que celle diversité dejugementne peut venir d'autre cause, sinon qu'il plaît aux uns de tenir pour vr&i ce qui leur est avantageux, et que les autres n'y uyantpoint d'intérêt en jugent d'une antre sorte.
Cependant qu'y a-t-il de moins raisonnable qne de prendre notre intérêt pour motif de croire une chose? Tout ce qu'il peut faire, au plus, est de nous porter & considérer avec plus d'attention les raisons qui peuvent nous faire découvrir la vérité de ce que nous désirons âlre vrai ; mais il n'y a que cette véiité, qui doit se trouver dans la chose même indépendamment de nos désirs, qui doive nous persuader. Je suis d'un tel pays : donc je dois croire qu'un tel saint y a prêché l'Évangile. Je suis ■ d'un tel ordre ; donc je crois qu'un tel privilège est véritable. Ce ne sont pas là des raisons'. De quelque ordre el de quelque pays que vouasoyez, vous ne devez la-oireqne ce qui est vrai, et que ce que vous seriez disposé à croire * si vous étiez d'un autre pays, d'un autre ordre, d'une antre profession.
n. Mais cette illusion est bien plus visible lorsqu'il arrive du changement dans les passions : car, quoique toutes soient demeurées dans leur place, il semble néanmoins à ceux qui sont émus de quelque passion nouvelle, que le changementqui ne s'est fait que dans leur cœur ait changé toutes les choses estérieures qui y ont quelque rapport. Com])ien voit-on de gens qui ne peuvent plus reconnaître aucune bonne qualité, ni naturelle, ni acquise, dans ceux contre qui ils ont conçu de l'aversion, ou qui ont été contraires en quelque chose à leurs sentiments, h leurs désirs, h leurs intérêts? Cola aufTit pour devenir
TROISIÈME PARTIK. 563
,.tout d'un coup à leur égard téméraire, orgueilleux, ignorant, sans foi, sans honneur, sans conecieucc. Leurs affeolions elleurs désirs ne sont pas plus justes ni plus modérés que leur haine. S'ils aiment quelqu'un, il est exempt de toute sorte de défaut ' ; tout ce qu'ils désirent est jnst« et facile, tout ce qu'Os ne désirent pas est injuste et Impossible, sans qu'ils poissent alléguer aucune raison de toua ces jugements que la passion même qui les possède: de sorte qu'encore qu'ils ne fassent pas dans leur esprit «c raisonnement formel : je l'aime : donc c'est le plus Jiabile homme du monda; je le hais : donc c'est un homme de néant, ils le font en quelque sorte dans leur cœur ; stc'est pourquoi on peut appeler, ces sortes d'égarement des sophismes et des illusions du cœur, qui consistent h transporter nos passions dans les objets de nos îassione, et h. juger qu'ils sont ce que nous voulons ou iésipons qu'ils soient : ce qui est sans doute trfes-déraisonlahle, puisque nos désirs ne changent rien dans l'Être flo ce qui est hors de nous, et qu'il n'y a que Dieu dout la volonté soit tellement efficace, que les choses sont tout ce qu'il veut qu'elles soient.
m. On peut rapporter à la mùme illusion de l'amonrppopre celle de ceux qui décident tout par un principe fort générale et fort commode, qui est, qu'ils ont raison, ■qu'ils connaissent la vérité*; d'où il ne leur est pas diffinle de conclure que cma qui ne sont pas de leur sentiment se trompent ; en effet, la conclusion est nécessaire.
Le défaut de ces personnes ne vient que de cequel'opilîon avantageuse qu'elles ont de leurs lumières leur fait iiendre toutes leurs pensées pour tellement claires et vîdetites, qu'elles s'imaginent qu'il suffit de les proposeï' Tour oWiger tout le monde à s'y enumettre ; et c'est ourquoi elles 60 mettent peu en peine d'en apporter des ireuves : elles écoutent peu les raisons des autres, elles
..OnummilleBpigwcêlobrea d'A- | qaaDl. Les mudernea timdoal ïiiipïlslnta, d'Borace, d« Malien sur se primer toDlaJdèe d'aaa cucnnÎHiincii miel. I abiolue, princlpo <
t, CdUo Borto d UraolDtiime Inbil- | f labalituurliirr'iil belael sul tuiIhuurBusemeut trop If
veulent tout emporter par autorité, parce qu'elles ne distinguent jamais leur autorité de la raison ; elles traitent de téméraires tous ceux qui ne sont pas de leur sentiment, sans considérer que si les autres ne sont pas de leur sentiment, elles ne sont pas aussi du sentiment des autres, et qu'il n'est pas juste de supposer sans preuve que nous avons raison, lorsqu'il s'agit de convaincre des personnes qui ne sont d'une autre opinion que nous que parce qu'elles sont persuadées que nous n'avons pas raison.
IV. H y en a de même qui n'ont point d'autre fondement, pour rejeter certaines opinions, que ce plaisant raisonnement : Sï cela était, je ne serais pas un habile honime; or, je suis un habile homme : donc cela n^ est pas. C'est la principale raison,'qui a fait rejeter longtemps certains remèdes très-utiles et des expériences très-certaines, parce que ceux qui ne s'en étaient point encore avisés concevaient qu'ils se seraient donc trompés jusqu'alors. Quoi! si le sang, disaient-ils, avait une révolution circulaire dans le corps ^; si l'aliment ne se portait pas au foie parles veines mésaraïques; si l'artère veineuse portait le sang au cœur; si le sang montait par la veine cave descendante ; si la nature n'avait point d'horreur du vide ; si l'air était pesant et avait un mouvement en bas, j'aurais ignoré des choses importantes dans Tanatomie et dans la physique : il faut donc que cela ne soit pas. Mais pour les guérir de cette fantaisie, il ne faut que leur bien représenter que c'est un très-petit inconvénient qu'un homme se trompe, et qu'ils ne laisseront pas d'être hal)iles en d'autres choses, quoiqu'ils ne l'aient pas été en celles qui auraient été nouvellement découvertes.
V. n n'y a rien aussi de plus ordinaire que de voir des gens se faire mutuellement les mêmes reproches, et se traiter, par exemple, d'opiniâtres, dépassionnés, de chicaneurs, lorsqu'ils sont de différents sentiments. Il n'y a
1. On sait avec quelle difficulté et quelle ïnenace de persécution l'opinion de Harvoy sur la circulation du sang
fut adoptée. Voir V Arrêt burlesque, de Boileau.
TKOISÏÊMK PAUTIS.
i]ue point de plaideurs qui ne s'entr'accnscnt d'nllon- 1 [l'S procf's, et de couvrir U vérité par des adresses j icieiises, et ainsi ceux qui ont raison et ceux qui ont 1 parlent presque le mÉme langage et font les mômes .tes, et s'atlribucnt les nos aux autres les mftnioa 1 ils; ce qui est une des choses les plus incoramndes qui 1 it dans la vie des hommes, et qui jettent la vérité et J îur, la justice et l'injustice dans unesi grande obscuque le commua du monde est incapaljle d'en faire 1 icerueoient : etîl arrive de làqueplusieurss'attaciient, isard et sans lumière, à l'nn des partis, et qued'nutres ondaranent tous deux comme ayant également tort, mtecette bizarrerie naît encore de la môme maladie j ait prendre h chacun pour principe qu'il a raison : le là il n'est pas difUcilc de conclure que tous ceux] tons résistent sont opiniâtres, puisque Être opiniâtre, ne se rendre pas à la raison.
^S encore qu'il soit vrai que ces reproches de pas- ] , d'aveu glenient, de chicanerie, qui sont très-injustes 1 :part de ceux qui se trompent, sont justes et légitin
part de ceux qui ne se trompent pas, néanmoins, - 1 s qa'ils supposent que la vérité soit du cdté de celui 4 [es fait, les personnes sages et judiciei^es qui trai-' quelque matière contestée doivent éviter de s'rn 1 ir avant que d'avoir sulTisamment établi la vérité et | stice de ia cause qu'ils soutiennent. Ils n'accuseront \ ; jamais leurs adversaires d'opiniâtreté, de témérité, î Miquer de sens commun, avant que de l'avoir bien ]
■ , Ils ne diront point, s'ils ne l'ont fait voir aupa- , qu'ils tombent en des absurdités et des extravainsupporliibies ; car les autres en diront autantdo ! côté : ce qui n'est rien avancer ; et ainsi ils aimeront ] IX se réduire à cette règle si équitable de saint-Augus- Omittamtis iata communia, ^uœ dki ex utrûqxie parte J ant, liceC vere dici ex utràque paris non pomnt; et \
contenteront de défendre la vérité par les armes ï
i sont propres et que le mensonge ne peut cmpruu- J qui sont les raisons claires et solides.
Î68 ■ lOGIQUE.
serait se gêner inuUlemeint que devouloiréviler ces mots; mais il est toujours bon de l'avoir en vue pour s'éloigner de la méchante coutume de quelques individus qui ne parlent que d'eux-mêmes, et qui se citent partout lorsqu'il n'est point question de leur sentiment; ce qui donne lieu à ceux qui les écoulent de soupçonner que ce regard si fréquent vers eux-m ômes ne naisse d'une secrète complaisance qui les porte souvent vers cet objet de leur amour, et excite en eux, par une suite naturelle une aversion secrète pour ces gens-là et pour tout ce qu'ils disent. C'est ce qui fait voir qu'un des caractères les plus indignes d'un honnête homme est celui que Montaigne a affecté de n'entretenir ses lecteurs que de ses humeurs, de ses inclinations, de ses fantaisies, de ses maladies, de ses", vertus et de ses vices; et qu'il ne naît que d'un défaut de- jugement aussi bien que d'un violent amour de soi-même Ml est vrai qu'il tâche autant qu'il peut d'éloigner de lui le soupçon d'une vanité basse et populaire, en parlant librement de ses défauts aussi bien que de ses bonnes qualités : ce qui a quelque chose d'aimable par une apparence de sincérité ; mais il est facile de voir que tout cela n'est qu'un jeu et un artifice qui doit le rendre encore plus odieux*. Il parle de ses vices pour les faire connaître, et non pour les faire détester ; il ne prétend pas qu'on doive moins l'en estimer ; il les regarde comme des choses à peu près indifférentes et plutôt galantes que honteuses: s'il les découvre, c'est qu'il s'en soucie peu, et qu'il croit qu'il n'en sera pas plus vil ni plus méprisable ; mais quand il appréhende que quelque chose le rabaisse un peu, il est aussi adroit que personne à le cacher : c'est pourquoi un auteur célèbre de ce temps remarque agréablement, qu'ayant eu soin fort inutilement de nous avertir en deux endroits de son livre qu'il avait un page, qui était un officier assez peu utile en la maison d'un gentilhomme de six mille livres
1. Quelle sévérité outrée I En nous entretenant de laL-mème, Montaigne nous entretient aussi de nous. C'est ce que dit Pascal.
2. -L'intolérance de Nicole se montre dans ce mot «d'odieux s appliqué à Montaigne.
THÔISIÈMB PARTIS, 2fi0
e rente, il n'avait pas eu le même soia de nous dirp. qa'îl Javjiit eu aussi un clerc, iiyanti5té conseiller du pnrlemi:iit de Bordeaux; cette charge, quoique très-honorabicensoi, e Batisfaisant pas assez la Yaniïé qu'il avait de faire paultre partout une humeur de geulilhomme et de cavaier, et un éloignement de robe et de procès.
il y a néanmoins de l'apparence qu'il ne nous eût las celé cette circonstance dtè sa vie, s'il eût pu trouver Ique maréchal de France qui eût étÉ conseiller de îordeaux, comme il a bien voulu nous faire savoir a'il avait été maire de cette ville : mais après nous avoir avertis qu'il avait succédé en cette charge au maréihal deBiron, et qu'il l'avait laissée au maréchal de MaignoQ.
Mois ce n'est pas le plus grand mal de cet auteur que 1 vanité, et il est plein d'un si grand nombre d'infamies onteuses, et de maximes épicuriennes et impies, qu'il St étrange qu'on l'ait soulfert si longtemps dans les aaius de tout le monde', et qu'il y ait môme des perionnes d'esprit qui n'en connaissent pas le venin.
11 ne faut pomtd'autres preuves pour jugei'de son libei^ inage que. cette nianiÈre même, dont il parle de ses vices ; lar reconnaissant en plusieurs endroits qu'il avait éliï aigagéenun grand nombre dedésordres criminels, il déitare néanmoins en d'autres qu'il ne se repent de rien, tque s'il avait à revivre, il revivrait comme il avait Scu. (i Quant à moi, dit-il, je ne puis désirer en général ■'Ètro autre ; je ne puis condamner ma forme univeriÛe, m'en déplaire et supplier Dieu pour mon entière iformation et pour l'excuse de ma faiblesse natm'cUe ; 's cc!a, je ne dois le nommer repentir, non plus que le téplaisir de n'ôtre ni ange, ni Caton : mes actions sont 5glées et conformes à ce que je suis elh ma condition: eno puis faire mieux, et le repentir ne touche pas proirement les choses qui ne sont pas en notre force... Je ne ! suis pas attendu d'attacher monstrueusement la
. L'inldléninED dovieiil ie plus 1 dralt rien m»", quu la prosnirllnT. pk> diuquoDlQ : Micolo as vuu- 1 du Uns dm Eiimi.
qiinno d'un philosophe à la lele et au corps d'un homme perdu, ni que ce chéiif bout [de vie*] eût à désavouer et h dénioîilir la plus belle, entière et longue partie de ma vie. Si j'avais à revivre, je revivrais comme j'ai vécu : ni je ne plains point le passé, ni je ne crains point l'avenir. » Paroles horribles, et qui marquent une extinction entière de tout sentiment de religion; mais qui sont dignes de celui qui parle ainsi en un autre endroit : « Je me plonge la lete baissée stupidement dans la mort, sans la considérer et reconnaître, comme dans une profondeur muette et obscure, qui m'engloutit tout d'un coup et m'étouffe en un moment, plein d'un puissant sommeil, plein d'insipidité et d'indolence '. Et en un autre endroit : « La moit, qui n'est qu'un quart d'heure de passion, sans conséquence et sans nuisance, no mérite pas des préceptes particuliers. »
Quoique cette digression semble assez éloignée de ce sujet, elle y rentre néanmoins, par cette raison qu'il n'y a point de livre qui inspire davantage cette mauvaise coutume de parler de soi, de s'occuper de soi, de vouloir que les autres s'y occupent; ce qui corrompt étrangement la raison, et dans nous, par la vanité qui accompagne toujours ces discours, et dans les autres, par le dépit et l'aversion qu'ils en conçoivent. Il n'est permis de parler de soi-môme qu'aux personnes d'une vertu éminente, et qui témoignent par la manière avec laquelle elleslo font, que si elles publient leurs bonnes actions, ce n'est que pour exciter les autres à en louer Dieu ou pour les édifier; et si elles publient leurs fautes, ce n'est que pour s'en humilier devant les hommes, et pour les en détourner : mais pour les personnes du commun, c'est une vanité ridicule de vouloir informer les autres de leurs petits avantages; et c'est une effronterie punissable que de découvrir leurs
i . Les mots de vie ne sont pas dans texte de Montaigne.
2. Voici le véritable texte de Montaigne. «Hm'advient souvent d'imaginer avec quelque plaisir les dangi-Tà mortels et les attendre... Je me
plonge la tùto bai»s6c slupidcmcnt ^ oh. ix.
dans la mort, sans la considérer et reconnaître, comme dans une profondeur muette et obscure, qui m'engloutit d'un saut et m'accable en un instant d'un puissant sommeil plein d'insipidité et d'indolence. » Liv. UI,
troibiShs PABTIB. S7('
Idsortlres au jnoDde, sons témoigner d'en être tûuclii5B, luisquele dernier bxcèb de l'abandoiinerneiit dnns levîia st da n'en point rougir, et de n'en avoir ni confusion ni epentin, mais d'en parler indifféremment comme de loule itre cIjoso : en quoi consiste proprement l'esprit de Onlaigne '.
Vn. On peut distinguer, en quelque sorte, delacontrnction maligne et envieuse une autre aorte d'humeur ûinK mauvaise, mais qui engage dans les mflmea fautes s raisonnement : c'est l'esprit de dispute, qui est eucora D défaut qui g&le beaucoup l'esprit.
Cen'est pas qu'on puisse blâmer généralement les diuulea ; on peut dire, au contraire, que pourvu qu'on en se bien, il n'y a rien qui serve davantage à donner dises ouvertures, ou pour trouver la vérité, ou pour In Srsuader aux autres. Le mouvement d'un esprit qui bccupe seul h. l'examen de quelque matière est d'ordiaire trop froid et trop languissant ; il a besoin d'une cerine chaleur qui l'excite et qui ràveille ses idées ; et c'est ordinaire par les diverses oppositions qu'on nous fait je l'on découvre oiiconsiste la di[fîcul!é de la persuasion , l'olscuritéjco quînoua donne lieu de faire effort pour Ignore.
Mais il est vrai qu'autant cet exercice est utile, loraae l'on en use comme il faut, et avec un entier dégngelent de passion, autant est-il dangereux lorqu'on en use tal, et que Von met sa gloire à soutenir son sentiment k lelque prix que ce soit et à contredire celui des autres. ' un'est plus capable de nous éloigner de la vérité, et Jnons jeter dans l'égarement, que cette sor le d'humeur™
s'accoutume sans qu'on s'en aperçoive, à trouver n' m partout, Qt à se mettre ou-dessus des raisons.
it blïms Manliigpc, quj
1 lias ttat pour goAicr un
nLanr qoi pBDW bsuncanpi TinM Mslebrinoba), p«Dia trap gutiUlsicot pour t'jicconunadir dva pBoiiei.
^72 LO<;iOUK.
s'y niidant jamais: ce qui coniluit peu à peu à n'avoir rien de certain, et, àcoufoiulre la vérité avec Terreur, en les ro^'ardant l'une et l'autre comme également probables. C'est ce qui fait qu'il est si rare que l'on termine quelque question parla dispute, et qu'il n'arrive presque jamais que diMix philosophes tombent d'accord. On trouve toujours à répartir et à se défendre, parce que l'on a pour ijut d'éviter non l'erreur, mais le silence, et que l'on croit qu'il est moins honteux de se tromper toujours que d'avouer que l'on s'est trompé.
Ainsi, à moins qu'on ne soit habitué par un long exercice h se j)osséder parfaitement, il est très-difficile qu'on ne p(»rde de vue la vérité dans les disputes, parce qu'il n'y a guère d'action qui excite plus les passions. « Quel vice n'éveillent-elles pas, dit un auteur célèbre*, étant presque toujours commandées par la colère? Nous entrons en inimitié premièrement contre les raisons, puis contre les personnes; nous n'apprenons h disputer que pour contredire, et chacun contredisant et étant contredit, il en arrive que le fruit de la dispute est d'anéantir la vérité. L'un va en Orient l'autre en Occident, on perd le principal et l'on s'écarte dans la presse des incidents; au bout d'une heure de tempête, on ne sait ce qu'on cherche : l'un est en bas, l'autre est en haut, l'autre à côté; l'un se prend à un mot et à upe similitude, l'autre n'écoute et n'entend plus ce qu'on lui oppose, etil est si engagé dans sa course, qu'il ne pense plus qu'à se suivre et non pas vous. Ily en a qui, se trouvant faibles, craignent tout, refusent tout, confondent la dispute dès l'entrée, ou bien au milieu de la contestation, se mutinent à se taire, affectant un orgueilleux mépris ou une sottement modeste fuite de contention : pourvu que celui-ci frappe, il ne regarde pas combien il se découvre; l'autre compte ses mots et les pèse pour raisons : celui-là n'y emploie que l'avantage de sa voix et de ses poumons ; on en voit qui concluent contre eux-mêmes