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C'est Montaigne. Pourquoi Nicole no le nomrae-t-il pas

mOiaiÈMB PARTIE.

el d'autres qui lassent çl (iloiuxlisscnt tout le monde de préfaces et do digressions iauljles. Il y en a enfin gui s'armout d'injures, et qui feront uuo f[uerelle d'Allemand pour se défaire de la conférence d'un esprit qui presse le leur*. » Ce sont les vices ordinaires de nos disputes , ipii sont assez ingénieusement représentées par cet écrivain qui, n'ayant jamais connu les véritables

■ grandeurs de l'homme, en a assez bien connu les dé- ,fauts; et l'on peut juger par là combien ces sortes

de conférences sont capables de dérégler l'esprit, à moins que l'on n'ait un extrême soin, non-seulement de ne pas .

■ tomber soî-mènio le premier dans ces défauts, mais aussi de ne pas suivre ceux qui y tombent, et de se régler telkraent, qu'on puisse les voir égarer sans s'égarer soimôme, et sans s'écarler de la fin que l'on doit se

.^proposer, qui est l'éclaircissement de la vérité qu'on ^examine.

VIII. n se trouve des personnes principalement parmi ceux qui hantent la cour, qui, reconnaissant assez com- 'Lien ces humeurs contretÛsautes sont incommodes et ^désagréables, prennent une route toute contraire, qui est vde ne rien contredire, mais de louer et d'approuver tout 'indiflïrerament ; et c'est ce qu'on appelle complaisance', qui est mie humeur plus commode pour la fortune, mais ..aussi désavantageuse pour le jugement : car, comme les contredisants prennent pour vrai le contraire de ce qu'on leur dit, les complaisants semblent prendre pour vrai lout ce qu'on leur dit ; et cette accoutumance corrompt premiÈrement leurs discours, et ensuite Icui' esprit. ' C'est par ce moyen qu'on a rendu les louanges si communes et qu'on les donne si indifféremment à tout lu monde, qu'on ne sait plus qu'en conclure. 11 n'y a point dans la gazette de prédicatem- qui ne soit des plus éloquents, et qui ne ravisse ses auditeurs par la profondeur de sa science : tous ceux qui meurent sont illustres en piété : les plus petits auteurs pourraient faii'e des livrée

I, Voir lu ffi.Bw, Uy. m. tb. viir, 1 ï. Ou se roppolle (a PUilinle ds Mo-

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dos (f'iogos qu'ils roçoivcnt do leurs amis; de sorte que, dans celto profusion de louanges, que l'on fait avec si pou do discernement, il y a sujet de s'étonner qu'il y ait dos personnes qui en. soient si avides et qui ramassent avec tant de soin celles qu'on leur donne.

Il est impossible que cette confusion dans le langage ne produise la môme confusion dans l'esprit, et que ceux qui s'accoutument à louer tout ne s'accoutument aussi h. approuver tout; mais quand la fausseté ne serait que dans les paroles, et non dans l'esprit, cela suffît pour en éloigner ceux qui aiment sincèrement la vérité*.

Il n'est pas nécessaire de reprendre tout ce qu'on voit de mal, mais il est nécessaire de ne louer que ce qui est véritablement louable; autrement l'on jette ceux qu'on loue de cette sorte dans l'illusion, l'on contribue à tromper ceux qui jugent de ces personnes par ces louanges, et l'on fait tort à ceux qui en méritent de véritables, en les rendant communes à ceux qui n'en méritent pas : enfin l'on détruit toute la foi du langage et l'on brouille toutes les idées des mots, en faisant qu'ils ne soient plus signes de nos jugements et de nos pensées, mais seulement d'une civilité extérieure qu'on veut rendre à ceux qu'on loue comme pourrait ôtreune révérence : car c'est tout ce que l'on doit conclure des louanges et des compliments ordinaires.

IX. Entre les diverses manières par lesquelles l'amourpropre jette les hommes dans l'erreur, ou plutôt les y affermit et les empoche d'en sortir, il n'en faut pas oublier une, qui est sans douto des principales et des plus communes : c'est l'engagement à soutenir quelque opinion à laquelle on s'est attaché par d'autres considérations que par celle de la vérité ; car cette vue de défendre son sentiment fait quel'onne regarde plus dansles raisons dont on se sert, si elles sont vraies ou fausses, mais si elles peuvent servir à persuader ce que l'on soutient : l'on era-

1. [Le danger moral do la complaisance excessivo est analysé avec une grande ûnesso.

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