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Ch. xm

TROISIÈME PAIITIE, 501

Tnî . On leur donne donc une âme aussi élevée ipiQ leur Dff, on se soumet à leurs opinione, el c'est la raison de

créance çu'ils trouvent oi-diiiairemeat dauB les olfuirea

Ils traitent.

laÎB cotte iUuHÏon est encore bien plus fort« dans les nds mêmes, qui n'ont pas eu aoindo corriger l'impres- 1 çue leur fortune fait naturallenient dans leur esprit, rïle n'est dans ceux qui leur sont inférieurs. 11 y en a > gui ne fassent une raison de kar conililion el de s richesses, et qui ne prf^lendent que leurs sentiments

sent prévaloir sur celui, de ceux qui sont au-dessous IX. 11b ne peuvent souffrir que ces gens qu'ils regar- $ avec mi^priB prétendent avoir autant de jugement fi Kiison qu'eux ; et c'est ee qui les rend si impatients [moindre oontradicljon qu'on leur fuit '.

it cd« vient encore de )a mfmo source, c'est-à-dire .fausses idées qu'ils ont de leur grandeur, do leur tesse et de leurs ricbeascs. Au lieu de les considi'rer irae des choses entiferement (îtrangèros à leur être, û'empCchenL pus qu'ils ne soient parfaitement égaux ut le reste des hommes, selon l'âme et selon le corps, ui n'empârheut pas qu'ils n'aient le jugement aussi ~fl et aussi capable de se tromper que celui de tous les res, ils incorporent en quelque manière dans leur mes toutes ces qualités de grand, de noble, de riche, naître, de seigneur, de piinœ ; ils en grossissent leur 1, et ne so reprOsenlent jamais à eux-mf mes sans tous s titres, tout leur attirail et tout leur Irain*. s s'accoutument à so regarder dès leur enfance comme espËcc séparée des autres hommes ; leur imaginas môle jamais dans la foule du genre humain ; lODt toujours comtes ou ducs à leurs yeux, et jamais j Cernent liommos : ainsi, ils se taillent une âme ^

un jugement selon la mesure de leur fortuue, et ne

oroiunt pas moins au-dessus des autres par leur es

Kioollcnl pDTltsIl dei prOJugit 1 î.C'eBl,i!iraitRnp]iiln«DI!]iDanEl>>ii

prit qu'ils le sont par leur condition et par leur fortune.

La sottise de l'esprit humain est telle, qu'il n'y a riei qui ne lui serve h grandir l'idée qu'il a de lui-môme. Une belle maison, un habit magnifique, une grande barbe^ font qu'il s'en croit plus habile, et, si Ton y prend garde, ils s'(^stiment davantage à cheval ou en carrosse qii'î pied. 11 est facile de persuader à tout le monde qu'il n'y i rien de plus ridicule que ces jugements ; mais il est trèsdifficile de se garantir entièrement de l'impression secrète que toutes ces choses extérieures font dans l'esprit. Toul ce qu'on peut faire est de s'accoutumer, autant qu'on le peut, à ne donner aucune autorité à toutes les qualités qui ne peuvent en rien contribuer à trouver la vérité, e\ de n'en donner à celles mômes quiy contribuent qu'autant qu'elles y contribuent effectivement. L'âge, la science, l'étude, l'expérience, l'esprit, la vivacité, la retenue, l'exactitude, le travail, servent pour trouver la vérité des choses cachées, et ainsi ces qualités méritent qu'on y ait égard ; mais il faut pourtant les peser avec soin, et ensuite en faire comparaison avec les raisons contraires, car de chacune de ces choses en particulier on ne conclut rien de certain, puisqu'il y a des opinions très-fausses qui ont été approuvées par des personnes de fort bon esprit et qui avaient une grande partie de ces qualités.

VIII. Il y a encore quelque chose de plus trompeur dans les surprises qui naissent de la lumière, car on est porté naturellement à croire qu'un homme a raison, lorsqu'il parle avec grâce, avec facilité, avec gravité, avec modération et avec douceur, et à croire, au contraire, qu'un homme a tort, lorsqu'il parle désagréablement, ou qu'il fait paraître de l'emportement, de l'aigreup, de la présomption, dans ses actions et dans ses paroles.

Cependant, si l'on ne juge du fond des choses que pai ces manières extérieures et sensibles, il est impossible qu'on n'y soit souvent trompé. Car il y a des gens qui débitent gravement et modestement des sottises; el d'autres, au contraire, qui, étant d'un naturel prompt ou qui, étant même possédés de quelque passion qui

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aratt dans leur Tisage et dans leurs paroles, ne laisBcnL las d'avoir la vérllé de leur côli?. Il y a des esprits foi't médiocres et trÈs-supcriiciels qui, pour avoir été nourris

la cour, où l'on étudie et oii l'on pratique mieux l'art B plaire que partout ailleurs, ont des manières fort gréables, sous lesquelles ils font passer beaucoup de

" a jugements ; il y en a d'autres, au contraire, qui,

'ayant aucun extérieur, ne laissent pas d'avoir l'esprit

fand et solide dans le fond. Il y en a qui parlent mieux n'ils ne pensent, et d'autres qui pensent mieux qu'ils ne arlent. Ainsi, la raison veut que ceux qui eu sont capales n'eu jugent point par cts choses extérieures, et qu'ils e laissent pas de se rendre à la. vérité, non-seulement irsqu'eUô est proposée avec ces manières choquantes et Seagréables, mais tors même qu'elle est mêlée avec

lantité de faussetés : car une même personne pent dire

faî en une chose et faux dans une autre, avoii' raison en B point et tort en celui-là ' .

11 faut donc considérer chaque chose séparément, c'est- ■dire qu'il faut juger de la manière par la manière et du md par le fond, et non du fond par la manière ni de la lanière par le fond. Une personne a tort de parler avec olère, et elle a raison de dire vrai ; et, an contraire, une ulpe a. raison de parler sagement et civilement, et elle a art d'avancer des faussetés.

Mais comme il est raisonnable d'être sur ses gardes,,

DUT ne pas conclure qu'une chose est vraie ou fausa^

Brce qu'elle est proposée de telle ou telle façon, il t

isto aussi que ceux qui désirent persuader les autres et

Uelque vérité qu'ils ont reconnue s'étudient à la revêtir *

B manières favorables qui sont propres à la faire ap- Couver, et à éviter les manières odieuses qui ne sont apahles que d'en éloigner les hommes.

Ils doivent se souvenir que, quand il s'agit d'entrer ans l'esprit du monde, c'est peu de cho9e que d'avoir

wlniian à libelle (bou- 1 rhoïnlt Ii lériU pirtaut o

raison ; ol que c'est un grand mal de n'avoir que raisoni el do n'avoir pas ce qui est nécessaire pour faire goûter la raÎHon.

S'ils honorent sérieusement la vérité, ils ne doivent pas la déshonorer, en la couvrant des marques de la fausseté et du mensonge ; et, s'ils l'aiment sincèrement, ils ne doivent pas attirer sur elle la haine et l'aversion des hommes par la manière choquante dont ils la proposent. C'est le plus grand précepte de la rhétorique % qui est.J d'autant plus utile, qu'il sert à régler T&me aussi bienque^ les paroles ; car, encore que ce soient deux choses différentes d'avoir tort dans la manière et d'avoir tort dans le fond , néanmoins les fautes de la manière sont souvent plus grandes et plus considérables que celles du fond.

£n effet, toutes ces manières fières, présomptueuses^ aigres, opiniâtres, emportées, viennent toujours de quelque déréglementd'esprit,quiest souvent plus considérable que le défaut d'intelligence et de lumière que l'on reprend dans les autres ; et môme il est toujours injuste de vouloir persuader les hommes de cette sorte : car il est bien juste que l'on se rende à la vérité, quand on la connaît; mais il est juste qu'on exige des autres qu'ils tiennent pour vrai tout ce que l'on croit, et qu'ils défèrent à notre seule autorité ; et c'est néanmoins ce que l'on fait en proposant la vérité avec ces manières choquantes : car l'air du discours entre ordinairement dans l'esprit avec les raisons, l'esprit étant plus prompt pour apercevoir cet air qu'il ne l'est pour comprendre la solidité des preuves, qui souvent ne se comprennent point du tout. Or l'air du discours, étant ainsi séparé des preuves, ne marque que l'autorité que celui qui parle s'attribue; de sorte que s'il est aigre et impérieux, il rebute nécessairement l'esprit des autres, parce qu'il paraît qu'on veut emporter par autorité, et par une espèce de tyrannie, ce qu'on ne doit obtenir que par la persuasion et par la raison.

1 . Impossible de mieux montrer le côté moral do la rhétorique et sa vraie uUlité.

THOISrftMB PARTIS.

Cette injustice est encore plus grande, s'il a

'G qu'on

pploie ces maniÈres ehof[uantGa pour combattre des inions communes et reçues ; cor la raison d'un partiier peut bien être préférée h celle de plusieurs, lors- 'elle est plus vraie : mais un particulier ne doit jamais ,re ([ue son autorité doive prévaloir h. celle de tous autres.

, non-seulement la modestie et la prudence, mais Justice mflme oblii^e de prendre un air rabaissé quand 'Combat des opinions communes ou une autorité alfiT- ' î, parce qu'autrement on ue peut éviter cette injustice, )ppoaer l'autorité d'un pailiculier à une autorité, ou btique, Ou plus grande et plus établie. On ne pi-'ut noignep trop de modération, quand il s'agit de Irour la possession d'une opinion reçue ou d'une créance [uiBe depuis longtemps'. Ce qui est si vrai, que saint igustiu l'étend même aux vérités de la religion, ayant iné cette exoellento règle à tous ceux qui sont obligés istruireles autres :

( Voici de quelle sorte, dit-il, les catholiques sages et igîeux enseignent ce qu'ils doivent enseigner aux 3S. Si ce sout des choses communes et autorisées, ils I proposent d'une manière pleine d'assurance et qui ne noigue aucun doute, en l'accompagnant de toute la Bceui' qui leur est possible; mais ai ce sont des choses traordinaires, quoiqu'ils en reconnaissent très-claire- Mit la vérité, ils les proposent plutôt comme des doutes comme des questions k e>:ftminer que comme des gmes et des décisions arrêtées, pour s'aecommoder en flftla faiblesse de ceux qui les écoiitenl. h Que si une pité est si haute qu'elle surpasse les forces de ceux i 1 ll'on pai-le, ils aiment mieux la retenir pour quelque i îDpB, pour leur douner lieu de croître et de s'en rendre j pables, que de la leur découvrir en cet état de faiblesse, j it ello ne ferait que les accabler.

tnodériiUoii cal d'oilLaum de régis dini toute disiaiBliiD.

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