‹ La logique de Port RoyalChapitre 130 sur 170 · Descartes, Discours de la méthode^ I · texte numérisé non relu

Descartes, Discours de la méthode^ I

TnOISlÈME PAUTIB. 5S0

demi. OnleiHnrlant il arrive souvent le contraire, et plurun?, on sescçnj qu'ij est plus sûr de suivre dim ces la crtaneo q^gg \e sentiment des plus gens de bien. qu'ils trailfnt en partie de ce qne ces avantages d'esprit Mais c/'pag gj sensibles que le règlement extérieur qui Bf^Wlift dans les persoimes de piété, et en partie aussi de ce ~"hi8 les hommes n'aimenlpoint à faire de distinction; le HBEernement les embarrasse : ils veulent tout ou rien. Bus ont créance à une personne pour quelque chose, ils ^Broient en tout; s'ils n'en ont point pour une autre, |-ne la croient en rien; ils aiment les voies courtes, "sives et abrégées ; mais cette humeur quoique ordi- ^ sire, ne laisse pas d'être contraire à la raison qui nous fait voir que les mêmes personnes no sont pas croyables en tout , parce qu'elles ne sont pas éminentes en tout, et que c'est mal raisonner que do conclure : C'est un Iiomme grave, donc il est intelligent et habile en toutes choses.

VTI. 11 est vrai que s'il y a des erreurs pardonnables, e sonl celles où Ton s'enfjage en déférant plus qu'il ne i sentiment de ceux qu'on estime gens de bien ; ÛB il y a une illusion beaucoup plus absurde en soi, qui est néanmoins tr&s-ordinaire, qui est de croira l'un homme dit vrai, parce qu'il est de condition, qu'il t riche ou élevé en dignité.

.Ce n'est pas que personne fasse expressément ces sor- ! de raisonnements : il a cent mille iivi-cs de rente donc ,a raison ; il est de grande naissance, donc on doit 3 qu'il avance comme véritable ; c'est un homme i n'a point de bien, il a donc tort ' : néanmoins il se i quelque chose de semblable dans l'esprit de la upart des hommes, et qui emporte leur jugement sans fils y pensent.

Qu'une même chose soit proposée par une personne e qualité ou par un homme de néant, on l'apprauvera

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LOGIQUE DE PORT-HaiAL. 13

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souvent dans la bouche de cette personn^os à des lorsqu'on ne daignera pas même Técoutef d'un homme de basse condition. L'Écriture à^ et des instruire de cette humeur des hommes, en atorilé tant parfaitement dans le livre de rEcclésiastiqT\ent le riche parle, dit^elle, tout le monde se tait et oiT ses paroles jusqu'aux nues ; si le pauvre parle, on demand\ qui est celui-là? Dives locutus est; et omnes tacuerunt, ei verbum illius usque ad nubes perditcent : pauper locutus est, et dicunt : guis est hic?

n est certain que la complaisance et la flatterie ont beaucoup de part dans rapprol)ation que l'on donne aux actions et aux paroles des personnes de condition, et qu'ils l'attirent souvent aussi par une certaine grâce extérieure et par une manière d'agir noble, libre et naturelle, qui leur est quelquefois si particulière qu'elle est presque inimitable à ceux qui sont de basse naissance; mais il est certain aussi qu'il yen a plusieurs qui approuvent tout ce que font et disent les grands, par un abaissement intérieur de leur esprit qui plie sous le faix de la grandeur et qui n'a pas la vue assez ferme pour en soutenir l'éclat, et que cette pompe extérieure qui les environne en impose toujours un peu, et fait quelque impression sur les âmes les plus fortes.

La raison de cette tromperie vient de la corruption du cœur des hommes, qui, ayant une passion ardente pour l'honneur et les plaisirs, conçoivent nécessairement beaucoup d'amour pour les richesses etles autres qualités par le moyen desquelles on obtient ces honneurs et ces plaisirs. Or, l'amour que Ton a pour toutes ces choses que le monde estime fait que Ton juge heureux ceux qui les possèdent; et en les jugeant heureux, on les place audessus de soi, et on les regarde comme des personnes éminentes et élevées. Cette accoutumance de les regarder avec estime passe insensiblement de leur fortune à leur esprit : les hommes ne font pas d'ordinaire les choses à

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