‹ La logique de Port RoyalChapitre 134 sur 170 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Mais si elle ne nous persuade pas par ellfr-môme, on a Lesoin de quelque autre motifpour s'y rendre, eleemolif est, ou l'aulofité, ou la raison. Si c'est l'autorité qui fait que l'esprit embrasse ce qui lui est proposé, c'est ce qu'on appelle foi. Si c'est la raison, alors ou cette raison ne produit pas une entière conviction, naais laisse encore quelque doute ; et cet acquiescement de l'esprit, accompagné de doute, est ce qu'on nomme opinion ' .

Que si cette raison nous convainc entièrement, alors, ou elle n'est claire qu'en apparence et faute d'attention; et la persuasion qii'eUe produit est une erreur, si elle est fausse en effet, ou du moins un jugement téméraire, si, étaut vraie en soi, on n'a pas néanmoins eu assez do raison de la croire véritable.

Mais si celte raison n'est pas seulement apparente, mais solide et véritable, ce qui se reconnaît par une attention plus longue et plus exacte, par une persuasion plus ferme, et parla qualité de la clarté qui est plus vive et plus pénétrante, alors la conviction que celle raison pi-oduit s'appelle science, sur laquelle on foi-mo diverses questions'.

La première fât, s'il y en a, c'est-à-dire si nous avons des connaissances fondées sur des raisons claires et certaines; ou, en ^néral, si noue avons des connaissances claires et certaines: car celle question regarde autant l'intelligence que la science.

H s'est trouvé des philosophes qui ont fait profession de le nier, et qui ont même établi sur ce fondement toute leur philosophie; et entre ces philosophes, les uns se sont contentés de nier la certitude en admettant la Vraisemblance; et ce sont les nouveaux académiciens ;

1. niBi Mlla pliFue vAn Le> sonâ't'UDi di JnUrieore : 1* l'iitleoti i^«tl il) la YaloiiW, 1"

poÎDl la quesliiiu mëiapUïsfque ia la geriilade. Aruiuld décrit la carlïtuda

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los aulrcs, qui sont les pyrrhonniens, ont môme nié cette vraisi'inblaiicc, et ont prétendu que toutes choses étaient é«:aîcment obscures cl incertaines.

Mais ]a vérité est que toutes ces opinions, qui ont fait tant de bruit dans le monde, n'ont jamais subsisté que dans des discours, des disputes ou des écrits, et que personne n'en a jamais été sérieusement persuadé. C'étaient des jeux et des amusements de personnes oisives et ingénieuses*; mais ce ne furent jamais des sentiments dont ils lussent intérieurement pénétrés, et par lesquels ils voulussent se conduire' : c'est pourquoi le meilleur moyen de convaincre ces philosophes était de les rappeler à leur conscience et à la bonne foi, et de leur demander, après tous ces discours par lesquels ils s'eirorçaient de montrer qu'on ne peut distinguer le sommeil de la veille ni la folie du bon sens, s'ils n'étaient pas persuadés, malgré toutes leurs raisons, qu'ils ne dormaient pas et qu'ils avaient l'esprit sain ; et, s'ils eussent eu quelque sincérité, ils auraient démenti toutes leurs vaines subtilités, en avouant franchement qu'ils no pouvaient pas ne point croire toutes ces choses quand ils Toussent voulu.

Que s'il se trouvait quelqu'un qui pût entrer en doute* s'il ne dort point ou s'il n'est point fou, ou qui pût môme croire que l'existence de toutes les choses extérieures est incertaine, et qu'il est douteux s'il y a un soleil, une lune et une matière, au moins personne ne saurait douter, comme dit saint Augustin', s'il est, s'il pense, s'il vit : car, soit qu'il dorme ou qu'il veille, soit qu'il ait l'esprit sain ou malade, soit qu'il se trompe ou qu'il ne se trompe pas, il est certain au moins, puisqu'il pense, qu'il est et qu'il vit, étant impossible de séparer l'être et la vie de la pensée, et de croire que ce qui pense n'est pas et ne vit pas ;

1. Ce n'étaient point des jeux, mais un problème philosophique de première importance, qui so pose devant nous comme devant les anciens.

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