‹ La logique de Port RoyalChapitre 19 sur 170 · Le bon sens, dit Descartes · texte numérisé non relu

Le bon sens, dit Descartes

est la chose du monde la mieux partagée.... La puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux est

naturellement égale en tous les hommes. » Discours de la méthodey 1" partie. « Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, • —

»on, ajoute Descartes, mais le prinipal cest de l'appliquer bien.»

LOQIÔDB.

d'un instrument pour perfecUonner sa raison', la juî, least! de l'esprit étant infiniment plus considi^ralile qia toutes les connaJËsances spéeulatives auxquelles on peu' aiTiver par le moyen des sciences les plus viîritaWes é les plus solidos : ce tjui doit porter les personnes sages 1 ne s'y engager qu'autant qu'elles peuvent servir à cetl| Un, et à n'en faire que l'essai et non l'emploi des Torof de leur esprit.

Si l'on ne s'y applique dans ce dessein, on ne voit p!U que l'étude de ces sciences spéculatives, comme de lagéç mélrie, de l'astronomie et de la physique, soit autr chose qu'un amusement assez vain, ni qu'elles soien beaucoup plus estimables que l'ignorance de toutes oeS choses, qui a au moins cet avantage qu'elle est moins pÉnilile, et qu'elle ne donne pas lieu à la sollo vanité que l'on tire souvent de ces connaissances slériles et inrruc-, tueuses*.

Kon-seulcment ces sciences ont des recolna et des ci^ foncements fort peu utiles, mais elles sout toutes ini tiles, si on les considère en ellcs-mCraes et pour elle^ memee". Les hommes ne sont pas nés pour employa leur temps h mesurer des ligues, h examiner les rapport! des angles, ît considérer les divore mouvements de In miw titre : leur esprit est trop gi'and, leur vie trop coui'lid leur temps trop pi-écieux pour l'occuper à de si petitâ objets; mais ils sont obligés d'être justes, équitables ~" idicieiiK dans tous leurs discours, dans toutes leurs a Ûins et dans toutes les alTaires qu'ils manient, et c'cs i quoi ils doivent particulièrement s'exercer cl so fud

I Ce sûÎQ et cette étude sont d'autant plus nécosEuL

i*il est étrange combien c'est une qualité rare que cette :actitude de jugement. On ne rencontre partout que des iprits faux, qui n'ont presque aucun discernement de la 5rité; qui prennent toutes choses d'un mauvais biais; û se payent des plus mauvaises raisons, et qui veulent I payer les autres; qui se laissent emporter par les ioindres apparences ; qui sont toujours dans l'excès et ans les extrémités; qui n'ont point de serres pour se jnir fermes dans les vérités qu'ils savent, parce que 'est plutôt le hasard qui les y attache qu'une solide luûère, ou qui s'arrêtent, au contraire, à leur sens avec ant d'opiniâtreté, qu'ils n'écoutent rien de ce qui pourait les détromper; qui décident hardiment ce qu'ils gnorent, ce qu'ils n'entendent pas, et ce que personne l'a peut-être jamais entendu; qui ne font point de différence entre parler et parler, ou qui ne jugent de la vérité les choses que par le ton de la voix : celui qui ])arle faciement et gravement a raison; celui qui a quelque peine i s'expliquer, ou qui fait paraître quelque chaleur, a tort : Js n'en savent pas davantage * .

C'est pourquoi il n'y a point d'absurdités si insupportables qui ne trouvent des approbateurs. Quiconque a jessein de piper le monde est assuré de trouver des personnes qui seront bien aises d'être pipées; et les plus ridicules sottises rencontrent toujours des esprits auxquels elles sont proportionnées. Après que l'on voit tant de gens infatués des folies de l'astrologie judiciaire, et que des personnes graves traitent cette matière sérieusement, on ne doit plus s'étonner de rien. Il y a une. constellation dans le ciel qu'il a plu à quelques personnes de nommer- Balance, et qui ressemble à une balance comme à un moulin à vent ; la balance est le symbole de la justice : donc ceux qui naîtront sous cette constellation seront justes et équitables. H y a trois autres signes dans le zodiaque, que l'on nomme l'un Bélier, l'autre Taureau, l'autre Capricorne, et qu'on eût

1. Joli portrait qui annouce Tauleur du chapitre sur les sopbismes.

pu aussi bien appeler ÉlÉpbant, Crocodile et nhinoe^ros;

le bélier, le laurcau et le capricorae sont [les iuiimauï

qui ruminent; donc ceux qui prennent médeeiae iopsqii

lu liuie est sous ces constelktions, sont en danger de 1)

revomip. Quelque extravagants que soient ces raisonnï

ments, il se trouve des personnes qui les débitent t

d'autres qui s'en laissent persuader.

Cette fausseté d'esprit n'est pas seulement cause de

'S que l'on mêle dans les sciences, mais aussi de là

't des fautes que l'on commet dans la vie civile,

s querelles injustes, des procfes mal fondés, des avis

mà'aîres, des entreprises mal concertées, n y en a pei

li n'aient leur soui'ce dans quelque erreur et dans quel

B faute de jugement : de sorte qu'il n'y a point de dé

it dont on ait plus d'intérêt de se corriger.

s autant cette correction est souhaitable, autan est-il difficile d'y réussir, parce qu'elle dépend beaucouj de la mesure d'intelligence que nous apportons en nais sanl. Le sens commun n'est pas une qualité si commun' que l'on pense. Il y a une infinité d'f sprits grossiers el stupides que l'on ne peut réformer en leur donnant l'in lelligence de la vér'ité, mais en les retenant dans le choses qui sont h. leur portée, et en les empêchant d juger ce qu'ils ne sont pas capables de connallre. 11 oi yrai néanmoins qu'une grande partis des faux jugement des hommes ne vient pas de ce principe, et qu'elle n'ea causée que par la précipitation de l'eeprit el par le défau d'attention, qui fait que l'on juge témérairement de « que l'on ne connaît que confusénient et obscurément Le peu d'amour que les hommes ont pom- la vérité faî qu'ils ne se melteht pas on peine la plupai't du temps d< distingncr ce qui est vrai de ce qui est faux. lia laiwen entrer dans leur âme toutes sortes de discours et d ts; ils tdment mieux les supposer pour véritable B de les examiner; s'ils ne les entendent pas, ils veu it croire que d'autres les entendent bien, et ainsi ils sf mplisscnt la mémoire d'une infinité de choses fausses ■ non enteniliies, et raisonnent cnauile su

n -Jt rm

PBEMIRH DISC0UR9. B

irînrîpos, sans presque considérer ce qu'ils disent ni ce ij'ils pensent. ■

, I*a vanité et la présomption contiibuent encore bcauioup k ce filtrant. On croit qu'il y a de la honte à douter it jk ignorer, et l'on aime mieux parler et décider au haird, que de reconnaître qu'on n'est pas assez informé is choses pour en porter jugement. Noua sommes tous leina d'IgnoruncB et d'eneufs ; et cependant on a toutes 8 peines du monde à tirer de la bouclie des bommcs itte confession si juste et si conforme à leur condition aturelle ; je me trompe, et, je n'en sais rien.

Il s'en trouve d'autres, au contraire, qui, ayant assez i lumières pour connaître qu'il y u quantité de cliosca )scures et incertaines, et voulant, par une aulre sorte î vanité, témoigner qu'ils ne se laissent pas alîer à la lédulité populaire, mettent leur gloire h soutenir qu'il 'y a rien do certain : ils se déchargent ainsi do la peins îles examiner, et, sur ce mauvais principe, ils mettent I doute les vérités les plus constantes, et la religion fime. C'est la source an pyrrhomsme',quiest|une autre ItPavagance de l'esprit humain, qui, paraissiint conà la témérité de ceux qui croient et décident tout ', ient néanmoins de la même source, qui est le défaut 'altontion; car comme les uns ne veulent pas se donner i peine de discerner les erreurs, les autres ne veidont prendre celle d'envisager la vérité avec le soin uécesûre pour en apercevoir l'évidence. La moindre lueur ffit aux uns pour les persuader de choses Irès-fausses ;

elle suffît aux autres pour les faire douter des choses i plus certaines ; maïs, dans les uns et dans les autres, 'est le même défaut d'application qui pi'oduit des effets ■ différents,

La Vraie raison place toutes choses dans le rang qni mr convient ; elle fait douter de celles qui sont douluaes, rejeter celles qui snnt fausses, et reconnaître le bonne foi celles qui sont évidentes, sans s'arrCtcr

LOBIOUE.

aux vaiiws raisons des pyrrliontens, qui ne délraiseut pns l'assurance raisonnnble ipie l'on a des chosiis certaines, non pas infime dans l'esprit de ccuï qui les proposent. Personne ne douta jamais Bérieusemenl qu'il y a une lerre, un soleil et une lune, ni si le tout est plus grand que sa partie. On peut bien faire dii'o extérieurement à la bûuclie qu'on en doute, parce que l'on peut mentir; mais on ne peut pas le faire dii'c h son esprit. Ainsi le pyrrhonisme n'est pas une secte de gens qui soient pei-suadés de ce qu'ils disent, maïs c'est uneseclo^ . de menteurs' . Anssi se contredisent-ila souvent en parlant de leur opinion, leur cœur ne pouvant s'accorder avec, leur langue, comme on peut le voir dans Montaigne*, qui a taché de le renouveler au dernier siècle.

Car après avoir dit que les académiciens' étaient différents des pyrrhoniens, en ce que les académiciens avouaient qu'il y avait des choses plus vraisemblalilea que les autres, ce que les pyrrhoniena ne voulaient pas reconnattre, il se déclare pour les pjTrhoniens en ces, termes : L'avis, dit-ii, des ptjrrhotmiens est plus hardi, et quant et guant /ifus vraisemblable^. Il y a donc des cUoBRS plus vraisemblables que les autres: et ce n'est pas pour faire une pointe qu'il parle ainsi; ce sont des papules qui lui sont échappées sans y penser, et qui naisseut du fond do la nature, que le mensonge des opinions ne jeul étoulTcr.

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