‹ La logique de Port RoyalChapitre 33 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ÏIES roÈES DES CnOBES ET DES IDÉES DES «IGSBS.

Quand on considère un objet en lui-même ei dans son Bropre élre, sana porter la vne de l'espril à ce qu'il peut représenter, l'idée qu'on en a est une idée de chose, comme 'e la terre, du soleil ; mais quand on ne regarde on ei'tain objet que comme en représentant un autre, l'idée n'oo en a est une idée de signe, et ce promier objet s'ap- " , signe. C'est ainsi qu'on regarde d'ordiiuiire les irLes et les tubletiux. Ainsi le signe enferme deux idées, e de la chose qui représente, l'autre de la chose repréierlée; et sa nature consiste à exciter la seconde par la première.

On peut faire diverses divisions des signes: mais i nous contenterons ici de trois qui sont de plus ^ande utilité.

1" Il y a (les ii^flg certains qui «'appellent en grec Tix^i-^pia, ! la respiration l'est Je la vie deit animouic ; et il ) en a rfui ne ine probables, et qui sont appelés en grec rriiiii^, comme la ' D'est qu'un Eigne probable de groseeese dans les reminos. ' La plupart deajoEements téuiéralres Tiennent de ce que l'on Marond I ces ileni espèces de «ignés, el que l'on atlribne un elTel ï une certaine suse, quoiqu'il puisse aasei naître d'aatres causes, el tjn'siusi il ne soil n signe probable de cette cause.

1° H y a des signes joinls aui clioses, comme l'air du lisage, qui est

■ontiu, qaf Sihil opinai I

" Tead., ai'!u.

LOOIEJUli.

Bigoa desn)(mvenientsdel'9ine,eBtjoïntàcegmouYeineDtaqu'i] eigoifleil les sympliines, sigiles des maladies, sont joinls à ces maladies; el ponrB me servir il'eiempl«s pluj grands, comme l'arcbe, S3gn« de l'Ëglise, étaitfl joinle il Noé et à ses eiiriiuts, tjiti étaieDt la lirilable Eglise de c»l Icmps-U ; ainsi DOS temples malérïeta, signes des ûdèleG, sont aouventi j[iinls iiiiii lidèles; ainsi la colomlie, ligure du Saint-Esprit, élût jointe'! Hii Saiul-liâpi'it ; ainsi 1« taviment dnbitptéme, figure de la régénération -■ spirituelle, e«t joint k ultd rÉgÉoération. 3

Il y a ausiii des signes réparés des choasa, comme les sacriBces da.J l'ancienne loi, signes de- Iësds-Chiist immoléj étaient séparée de ce ■ Çn'ils représentaienlj.,---'

Celte division dés signes deone lieu d'élal>lir tes i

1" Qu'on ne pt^l jamais conclure précisément, ni de la présence dul aiguë à la prËse^ de la cbose signifiée, puisi^u'il y a des signes de.l clio9es absentesA ni de la présence dn sigue i l'abacnce de la chosB'l signifiée, piiisqu'â j a des signea de cbosea présentes. C'est donc | la nature partiodiière du signe qu'il en faut juger.

2° Que, quoique une cbose dans us état ne puisse èlie signe d'et! même dans ce même état, puisque lout signe demande une distinction entre la chose représe niante et celle qui est représentée, néanmoins il est lrés-pO!Sible qu'nne cbose dans un cerlaÎD étal se représente dans UE autre état, comme il est Irès-possllile qu'un homme dans sa ebafflbre se représente prèciianl; et qu'ainsi la seule distinction d'état sufHl ei chose figurante el la chose QEurée, c'esi-à-dh^ qu'une mime chose pentl itro dans un certain état cbose figurunte et dans nn autre cbose flgurée.l

30 Qu'il eet trés-possible qu'une inéine chuse cache el découvre une] autre chose en même temps, et qu'ainsi ceux qui uni dit que rùn 1 fUTtitjar c( gui le caciie ont avancé une maiime tris-peu Eolide; c. la mime cbose, pouvant être en même temps et chose el slgni!, pontl cacher comme chose ce qu'elle ilécuuvre comme signe : tinai U cendrM chaude cuche le feu comme chose el le découvre cummesigne: ainaifl les Tormes empruntées par les anges les couvraient comme chose otl lee découvraient comme signes : ainsi les symboles eucharistiquet ci«l chenl le corps de Jéscs-Cbmibi comme chose et U découvrent ci ~ tymhole.

k' L'on peut conclure que la nature dn signe consisl^ol i eicilerl dans les sens par l'Idée de la chose figurante celle de U chosB llgurée, I lanl que cet cSet subsiste, c'ett-^-dire taut que celte doubla idée esll excitée, le signe subsiste, quand même celte chose serait déirniie en st^

Eropre nature. Ainsi il n'importe que les couleurs de l'arc- en-ciel, quu Ion a prises pour signe qu'il ne détruirait plus le genre humain pur nr déluge, soient réelles el vérilahleg, pourvu qnu nos sens aient loujo»'^ la même impression, et qu'ils se servent de celle impression pour toaA cevoir la promesse de Dieu.

Il n'importe de même que le pain de l'eucharialie subsiste e propre nature, pourvu qu'il eicite lonjoui-s dans nos sens l'ii d'un pain qui nons serve ti concevoir île quelle aorte le coj'[is de liioe

REMIfcBE PARTIE.

e DOS itnti, et commsol les fl'lilea

il La troisiëme division des signes est qu'il y en a de iljjrelsqui ne dépendent pas de la fantiiisie des liommes, Mnme une image qiii paraît dans un nùroiP est un signe Èturel de celui qu'elle reprÉsenle, et qu'il y en a d'autres bi ne sont que d'institution et d'élablissement, soil qu'ils fent quelque rapport éloigné avec la chose figurée, soit h'ils n'en aient point du tout. Ainsi les mots sont unes d'institution des pensées, et les caractères, des tols '. On expliquera, en traitant des propositionsj une feritê importante sur ces sortes de signes, qui est que foa en peut, en quelques occasions, affirmer les choses ugniilées.

:8 IDÉES CONSIDÉBÉBS SELON LEUB COKPOSmOS OC SIMPLICITÉ, ET OU U, EST PABLÉ DE LA MANIÈRE DU COMMAItBB PAH ABSTRACTION OU PRÉCISION '.

Ce que nous avons dit en passant dans le chapitre n, le nous pouvions consiilôrer un mode sans faire une illexîon distincte sur la substance dont ilcst mode, uou9 ' pnne occasion d'expliquer ce qu'on appelle a/istraclionM 'esprit.

Le peu d'étendue de notre esprit fait qu'il ne peut'' ïmprendre parfaitement les choses un peu composes, qu'en les considérant par parties, et comme par )E diverses faces qu'elles peuvent recevoir. C'est ce peut appeler giSnéralement connaître par absraction.

Mais comme les choses sont différemment composées,

KO LOatOCE.

et qu'il y en a qui le sont île parties réellemeEt dislïnctes J qu'onnppelle parties itilégranlos, comme le corps lium ' les diverses parties d'un iiomlire, il est hieu facile aloi's " de concevoir que notre esprit peut s'appliquer k considérer une partie sans considérer l'autre, parce que ces parties sont réellement distinctcB, et ce n'est pas même ca ■ qu'on appelle aèstraction.

Or, il est si utile dans ces choses-là même de considé-^ rer plutôt les parties séparément que le tout, que sans cela on ne peut avoir presque aucune connaissance dia^ tincte ; car, par exemple, le moyen de pouvoir connaîtr ' le corps humain, qu'en le divisant en toutes ses partieE similaires et dissimilaires, et en leur donnant à toutes différents noms? Toute l'arithmétique esl aussi fondée sur cela : car on n'a pas hesuin d'art pour compter les petits nombres, parce que l'esprit peut les comprendre tout entiers ; et aiusi tout l'art consiste i compter par parties c( qu'on ne pourrait compLwr par le tout, "comme il serai impossible, quelque Étendue d'esprit qu'on eût, de muI-3 tiplierdeux uom]3rcs de 8 ou 9 caractères chacun, enla^ prenant tout entiers.

La seconde connaissance parparties est quand on conJ sidËre un mode sans faire atlentiun h la substance, c deux modes qui sont joints ensemble dans une mêm substance en les regardant chacun h part. Ces qu'ont fait les géomètres qui ont pris pour objet de leui science le corps étendu en longueur, largeur et profon^J deur : car, pour le mieux connaître, ils se sont premifij r«ment appliqués h, le considérer selon une seule dimeo' ^on qui est la longueur; et alors ils lui ont donné le noaf de Ugne.Ilsl'ont considéré ensuite selon deux dimcnsionaJ la longueur et la largeur, et Us l'ont appelé EurfacaJ Et puis, considérant toutes les trois dimensit semble, longueur, largeur et profondeur, ils l'ont appettj solide ou corps.

On voit par là combien esl ridicule l'argimient dequeï quea sceptiques qui veulent faire douter de k certiluâi de la géométrie, parce qu'elle suppose des lignes et de^

PDEMIÈRE PARTIE. St

iqnîne sont poiiil ilfiiis la nalure : carlosgôope supposent poial iju'il y ait dos lignos snos !ai'des surfaces sans pi'oroniWr ; mais ils supposent !nt qu'on petit conKÎdi'i'er la longueur sanK rairi; n à la largeur; ce qui est indubitable, comme in mesure la distance d'uno ville à une antre, on are que la longueur des chemins, sans se mettre fi de leur largeur.

lus on peut séparer les choses en divers modps, et ipril devient capable de les bien connaître ; et ainsi yons que tant qu'on n'a point distingué dans .veraont la détermination vers quelque endixiit, .vement mSme, et mûme diverses parties dans une iétermination, ou n'a pu rendre de raison claire ■éRexion et de la réfraction, ce qu'un a fait aisé- IT cette distinction, comme on peut voir dans le » n de la Dioptrique ' de Descartes, oisième manière de concevoir les choses pai' ab- Q est quand une même chose ayant divers atlril pense à l'un sans penser à l'autre, quoiqu'il sntre eun qu'une distinction déraison* : el voici

cela se fuit. Si je fais par exemple, réDexion ense, et que par conséquent je suis moi qui pense, Sée que j'aide moi qui pense, je puis m'appliquer sidération d'une chose qui pense sans faire atteu-

c'eatmoi, quoique en moi, moi et celui qui pense uelamfitnechose; et ainsi l'idée que je concevrai jrsonne qui pense pourra représenter non-seuleoi, mais toutes les autres personnes qui pensent, e, ayant figuré sur un papier, un triangle équilai je m'attache K le considérer au lien oh il est s les accidents qui le déterminent, je n'aurai l'i-

d'un seul triangle; mais si je détourne mon fi 1& considération de toutes ces circonstances

par ticuli Ères, et que je ne l'applique qn'ît penser que c'est une figure bornée par trois lignes tîgales, l'idCe que je m'en formerai me représentera d'une pari plus nettement j ci'tte égalité des lignes, et de l'autre sera capable représenter tous les triangles équilalères.Quesi jepasse* plus avant, et que, ne m'arrêtant plus à cette réalité de^ lignes, je considère seulement que c'est une figure term née par trois lignes dioites, je me formerai une idée q peut représenter toulcs sortes de triangles. Si ensuite, d m'arrêtant point au nombre des lignes, je considère seuls ment que c'est une surface plate ' , bornée par des lignes droites, l'idée que je me formerai pourra représenler toutes les figures rectilignes, et ainsi je puismonter de degré en degré jusqu'à l'extension. Or, dans ces abstrac tions, on voit toujours que le degré inférieur comprend le supérieur avec quelque détermination particulière comme moi comprend ce qui pense, et le triangle équi3 latère comprend le triangle, et le triangle la figure reo-1 tlligne; mais que le degré supérieur, étant moins déter» j miné, peut représenter plus de cboses.

Bnlln, il est visilde que, par ces soi'tes d'abstractions, 1 les idées, de singuliËrcs, deviennent communes, et leslJ communes pins communes, et ainsi cela nous donnera^ lieu de passer à ce que nous avons à dire dos idées con-^ sidérées selon leur univerhalité ou parlicularilé.

Quoique toutes les choses qui existent soient singa lières, néanmoins, par le moyen des abstractions qa nous venons d'expliquer, nous ue laissons pas d'avffl tous plusieurs sortes d'idées, doni les unes ne nous rep^

pbbmiShe partie. 83

ont qu'une seule chose, comme l'idée que chacan a oi-in^me, et les autres en peuvent également ropré- ;er plusieurs, comme, lorsque quelqu'un conçoit un ngle sans y considérer autre chose, sinon que c'est figure à trois lignes et à trois angles, l'idée qu'il 1 formée peut lui servir à concevoir tous les autres ingles.

^s i dées qui ne représentent qu'une seule chose s'aplent singulières ' ou individuelles, et ce qu'elles repréiteot, des individus; et celles qui en représentent plulurs s'appellent universelles, communes, générales. Les noms qui servent h marquer les premières s'appelnt propres, Socrale, Home, Bucéphale, et ceux qui serint k marquer les derniÈres, communs et appêllalirs, imrne homme, ville, cheval; et tant les idées univerilies que les noms communs peuvent s'appeler termes énéraux.

I Mais il ùat remarquer que les aioU sont géiièruai ta dent manières : bua, que l'on appelle uniVogue, qui est lorsqu'ils sont lids iV!t. îles KM géiiéraleii; de sorte que le intnie mat convieat ti ptusieurs, et MOa le sODi et seloo uue mSme idée qui y est jointe : tels sout les £oU dont (m vient de parler, d'Iioainie, de ville, lie diaval. f L'aulre, qu'on Ippella (qiiivoiiae, qui esl lorsqu'on même son a étû né par les hooimeg à des Idées différentes ; de sorte qae le mSme son envient à plusieurs, non selon nue mîoie idée, mais selon, les idées 'plTÉrenles auiqudles ii se trouve joint dus l'uuge : aiosl le mol »L Eignine nne mactiine de guerre, et ua décret de concile, et une le (l'ajusteineat>; mais il ne les signiHe que selon des idées toutes BilTi^rentes-

^éaiiiiioiog cette unîvcrsalttâ équivoque est de deux sortes, Car Il'b iFérenles idées jointes à an niètue son, on n'oul aucun rapport uaturel iDtre eUes, liommi: duiia le mol de canon, ou en ont quelqu'un, comme BDrsqn'im mol «tant principalement joint & une idée, an ne le joint i. ikne autre idée ([ne pai'ce qu'elle a uu rapport de cause on d'elTet, ou do lilgse, on de ressemblance b la première ; et alora ces sortes de mois nquivoqnei s'appellent anajoya» ,- comme quand la moldesains'uttribue f i, l'animal, k l'air et auî viandes, car l'idée jointe k K mot est priiici-

I. Cost-à-dlra ijmt nnil unlld la- 1 ahma eiiitaote, c'est rnniti \b&\i\- -"■-■duella «l prupTB, rt ml' ï«mi»v. I dnelle. ■ tagi^at, i, te.

hl \b gMnd priDntpa oppMo psr | !. La cabob étJûl uuu ospêM d'ar-

B4 Looions.

paiement la tuté qui ne convient qu'à l'animnl ; mais on y joint une nuire idée npprocbaiile de celle-là, qui est d'âtre cause de la santé, qui fait qu'on dit qu'un air est sain, qu'une viande eaL saine, parce qu'ils^ servent à conserver la santé.

Mais quand nous parlons ici de mois généraux, nous entendons le univoqnes gui son! Jointe b des idées unifetsellea et giïnàrales.

Or, dans ces idées universelles, il y a deux choses qu'iT esl très-imporlant deLien distinguer, la compréhensio l'étendue.

J'appelle comprêkemion de l'idée, les attributs qu'elle enferme en soi, et iju'on ne peut lui ôter sans la détruire, comme la compréhension de l'idée du triangle enferme estension, figure, trois lignes, trois angles, et l'égalitéj de ces trois angles b. deux droits, etc.

J'appelle étendue de l'idéo, les sujets à qui cette idéd convient ; ce qu'on appelle aussi les inférieurs d'un tennq générât, qui, à leur égard, est appelé supérieur, comm l'idée du triangle en gënéral s'étend à toutes les espèce diverses de triangle '.

Mais qnoiqae l'idée génémle s'étende iodiatiDCtemenl k tous les EnjoCs* ï qui elle convient, c'eet-h-dite à tous ses InfËrieurï, et qne le nom comuLun les signille tons, il y a néanmoins cette dilTÎrence entre les attribula qu'elle comprend el les sujets nniqneis elle e'ilend, qu'un ne peut lui dtei' aucun de ses attributs 3an« la détruire, comme noue avoni déjà dit ; an lieu qu'on peut la resserrer, quant ï son étendue, ne l'ap*^ pliquant qu'à quelqu'un des sujets aiiiquele l'ile convient, sans que poiK cela on la détruise. ^

Or, eette resliicliun Ou resGerrement do l'idée générale, quant t tom élendue, peut se lairo en dcuï oianibresi

Lu première esl, par une autre idée distincte et déterminée qu'or jùial, comme lorsqu'à l'idée générale du triangle je joins ceU« d'avoll au angle droit ; ce qui resserre celte idée i uno seule espèce de trlangtu qui est le triangle rectangle. "

Uaulre, en y joignant seulement une idée indistincte et indélerninti de partie, comme quand je dis : quelque triangle ; et on dit aloi que le leme eomniuD devient particulier, parce qu'il ne s'étend ]da qn'ii une partie dei sujets auxquels ii s'étendait auparavant, f que néanmoins on ait déterminé quelle est cette partie i laquelle on

Page 1