‹ La logique de Port RoyalChapitre 32 sur 170 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

autre, comme de père, de fils, de maître, de valet, de roi, de sujet ; de la puissance à son objet, de la vue à ce qui est visible ; et tout ce qui marque comparaison, comme semblable, égal, plus grand, plus petite

V. L'agir, ou en soi-même^ comme marcher, danser, connaître, aimer; ou hors de soi, comme battre, couper, rompre, éclairer, échauiïer.

VI. Patir, être battu, être rompu, être éclairé, être échauffé.

vu. Où, c'est-k-dire ce qu'on répond aux questions qui regardent le lieu, comme être à Rome, à Paris, dans son cabinet, dans son lit, dans sa chaise.

VIII. Quand, c'est-à-dire ce qu'on répond aux questions qui regardent le temps, comme quand a-t-il vécu ? il y a cent ans ; quand cela s'est-il fait ? hier.

IX. La situation, être assis, debout, couché, devant, derrière, k droite, à gauche.

X. Avoir, c'est-à-dire avoir quelque chose autour de soi pour servir de vêtement, ou d'ornement, ou d'armure, comme être habillé, être couronné, être chassé, être armé.

Voilà les dix catégories d'Aristote, dont on fait tant de mystères, ^oique, à dire le vrai, ce soit une chose de soi très-peu utile, et qui non-seulement ne sert guère à former le jugement, ce qui est le but de la vraie logique, mais qui souvent y nuit beaucoup pour deux raisons qu'il est important de remarquer.

La première est qu'on regarde ces catégories comme une chose établie sur la raison et sur la vérité, au lieu que c'est une chose tout arbitraire, et qui n'a de fondement que l'imagination d'un homme qui n'a eu aucune autorité de prescrire une loi aux autres, qui ont autant de droit que lui d'arranger d'une autre sorte les objets de leurs pensées, chacun selon sa manière de philosopher. Et, en effet, il y en a qui ont compris en ce distique tout ce que l'on considère selon une nouvelle philosophie en toutes les choses du monde :

Mens, mensnra, quies, motus, positura, figura SuDt Gom materia cunctarum exordia remm.

C'est-à-dire que ces gens-là se persuadent que l'on peut rendre raison de toute la nature en n'y considérant que sept choses on modes : 1. MenSf l'esprit, ou la substance qui pense ; 2. Materia, le corps ou la substance étendue; 3. Mensuraj la grandeur ou la petitesse de chaque partie de la matière ; 4. Posituray leur situation à l'égard les uns des autres ; 5. Figura, leur figure ; 6. Motus, leur mouvement; 7. Quies, leur repos ou moindre mouvement.

que père, regarde son fils ; le fils, en tant que fils, regarde son père. > (Bos- SUET. Logique, 11 v. I, ch. lu.)

1. Âristote a réduit lui-même les dix catégories aux quatre premières, qui ont une incontestable valeur.

46 LOOIOUE.

hi seconde laîsw qai ceud l'Mudc des catègoiies dineereniic cal (;n*ilU^ accuiilume les homniee i se pujer de luols. i E'irnuginer qu'ils savent 1 toutes choses lorequ' lia a'cn connalssujil que des uoins arbitraires igtil 4 n'en [ormctit dans l'esprit aucune idée claire et dlitlocte, cr fora voir en nu nntre endtofl. |

On pourrait encore parler ici des attributs des Lullis- Ifs', bonté, puissance, gratideiir, etc.; mais en vérité c'est une chose si ridicule, que l'imagination qu'ils ont, qu'appliquant ces mots mélaphysiquRs à tout ce qu'on leur propose, ils pourront rendre raison de tout, qu'elle ne Himte seulement pas d'Èli* réfutée.

Un auteur de ce temps' a dit avec grande raison que les règles de la logique d'Aristol.e servaient seulement it ■ pi'ouver à un antre ce que l'on savait déjà, mais que l'art J de Lulle ne servait qu'à faire discourir sans jugement de ] ce qu'on ne savait pas. L'ignorance vaut Ijeaucoup mieux que cette fausse science qui l'ait que l'on s'imagine savoir | ce qu'on ne sait point. Car, comme saint Augustin a trÈsjudiciensement remarqué dans le livre de VVlilité de la créance, cette disposilioa d'esprit est très-blft niable pour )i raisons : l'une, que celui qm s'est faussement pepi qu'il connaît la vérité, se rend parU incapable de Faire instruire; l'autre, que celte présomption et % témérité est une marque d'un esprit qui n'est paa ■

D fait ; Opinari, duas oh res turpiasimum est : qmd i dUcere non potest qui sibij'am se scire persvasit, et per se ipia lemeritas non bene affecti animi signum est *. Car 1

I, Biymnnd Lulle.ni ÏPilmadiuu la MsjnrqcKi (l!3l-lilS), r»! an il« prili [«aplui avonluroui et In pin;

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liBift, U' pirllo, pigo 19.

il. Saint Au gUiUn, iieVIItUnl*

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PBEUlfiRfi PARTIB. 47

ol opinari, dans In purel4 de la langnc latine, aignifie la isposition d'un esprit qui consent trop légèrement h des joses inoerlaines, et qui croit uinsi savoir ce qu'il ne sait is. C'est pourquoi tous les philosophes aoulenaienl ïpientem niki'l opinari; et Cicfiron, en se blâmant SuJl6me de ce vice, dit qu'il était woff nus optnalor ' .

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