‹ La logique de Port RoyalChapitre 37 sur 170 · CHAPITRE YIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIU

On joint queliptefois à un tei-me divers, autres termes qui composent dans notre esprit une idée totale, de laquelle il arrive souvent qu'on peut oflirmer on nier ce qu'on »e pourrait pus oRirmer ou oii chacun de ces termes étant séparés; par exemple, te sont des U complexes, un Aomme prvdcnl, un «orpi irnusfirtKi; Alaandre, fils U Philipff

Celte addition se fait quelquefois par le pronom relatif, comme si j» dis : Fin corpi jui <sl trmtparent ; Àluxandre, qui cal /Sis lU fMlippt ; . Il JNÇ», qiti >sl «l'cBirt S( Jiiia-CkrisS.

El on peut dire même que si ce relatif n'est pas toujours eiprimé, !L eit toujours en quelque sorte sous-entendu, parce qu'il peut s'exprimer, «i l'on veut, sans changer la proposiUon.

Car c'est la même chose de dire, un corps transparent, ou un corps qui est transparent.

Ce qu'il y a de plus remarquable dans «es termes complexes est qi l'adttition que l'on fait b nu terme est de deux sortes : l'une qu'on peut apjieler aplicalion, et l'autre lUIenninalfim.

Celle addition peot s'appeler seulement exjilicaUoa quand elle m qne développer, ou ce qui était enfermé dans la compréhension d^. ridée du premier ternie, ou du moins ce qui lui convient comme i ' ses accidenis, pourva qu'il lui convienne généralement et dans lonte MO éteodae ; comme si je dis : L'Aommt, qvi lit un animal ievi dt' \e qvi dtiiri nafurdltment d'être ttnriw, ou l'AamiM-. luidt tuoTUI. Ces adiliiiims ne sont que des explications, parce qn'cUei ne changent point du tout l'idée du mot d'bomme, et ne la restreignent point i M signilier qu'une partie des bommea, mais marquent seuleçnent ce qui convient ï tous les hommes.

PBEMIÊHE PARTI!.

fies Iddjtioiii <lD'nn lymte aux nums qni marquent di'^liucleladividn sont de cellu aoile ; cuniuie quand un M : l'am, gui ti jlvs jmitdf viUt lit rCurop',- lala Umr jut a M li piui grand Utine ilu inondt; Arit{elc, U prinet itt pkihs«pKe$; Letiii XIV, rrf Prnt». Cïr les termes individuels, didincttmcnl exprimés, w prea- It loiijenre dans toute l«Dr AlcBdue, Htal délertmnjs toiil ce qu'Ut Wenl r*ire.

L'iuire BOrle d'addition, qu'on peut «ppcler ditiminalian, est quand quVii ujnut« ï on mot géDéril en restreint U sifniiDca'îon, el tait l'il ne ae prend plos pont ce mot gËnérsl dans touts son ilendu<i, ais Benieinent pour nae partie de cette étendue ; comme ai je dis : M corps transfiiTcnU, iti kevmts lavanla, un niii'inal rdlgonnoÂIt. C«ï Iditions ne sont point de aimplee eiplieatioDï, mis dos djterminalOna, parce qa'Ëlles restreignant retendue du premier terme, en Taisant ;ue le mol de corpn ne aignilie plue qu'une partie des corps, le mut l'homme, qu'une partie des hommei, le mot d'animsl, qu'une partie des IDÎjnani.

Et ces additions sont quelquefois telles. qu'ellAH rendent iudividuel un mol général, quand on y ajoute dea conditions indiiiduellee, comme qnand je dis: Le pape qui tii avjuHrd'hvi, cela détermiao le mot général de pape k la personne unique el eingnlière d'Aleundre VU.

On peut de plus distingner deui sorleB de termes complexes, les ma dans l'expression, et les antres dans le sens lenlement.

Les premiers aoat ceux dont l'addition est eiprimée, tels que sont tons les eiempies qu'on a rapportés jusqu'ici.

Les derniers sont ceux dont l'un îles termes n'est point exprimé tDSÎs seulement Bous-enlendu, comme quand ntaa disons en France l< ni, c'est un terme complexe dans le sens, parce que nous n'ayons pas dans l^sprit, en prononçant ce mot de roi, U seule idée gtnérsie qui répouO i ce motj mais nous y joignons menlalement l'idée ie Louis XIV, qui est mainleoaut coi de Fiitoce. 11 y a une inliulli de termea dans hi discours ordinaires des bommes qui sont complexée en cette manière, comme le nom de moniicur dans chaque fiimille.

H y a mime des mots qui sont complexes daua l'eipressIaD pour quelque chose, et qui le sont encore dans le sens pour d'autres ; contoie quand nn dit : Le pmoe des pkUcuaphtt, c'est un terme complexe dans reipression, puisque le mot de prince est déterminé par celui de philosophe ; mais au re^rd d'Acistote, que l'on marque dans les écoles par H mot, il n'est complexe que dans le sens, puisque l'idée d'Arislote n^que dans l'esprit, sans être eiprimée par aucun son qui la distingue en particulier.

Tous les termes connotatifs ciu adjectifs, on sont parties d'un terme complexe quand leur substantif est exprimé ; ou sont couipleies dans le sens quand il est sous-enlendu ; car, comme il a été dit dans le cbipitre II, ces termes conuolatifs marquent directement nn sujet, quoiqne plus confusément, et indicée le me ni une forme ou un mode, qaoïqne plus dislinctement; et ainsi ce sujet n'est qn'uue idée fort générale et

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foL'l conraM, qnelqnefois d'un itr«, quelquefois d'an corps qui estponr l'erdinsirc déienniDé par l'idée dietincle te U forme qui lui estjoiDle; coinoie at6iini âi^iHe nne cbose qui a de la blancbeur; ce qui détermine l'idée contose ie chose à ne représenter qne celles qoi ont cette .^nnlilé.

Haïs ce qui est de plus remarqnable daoE ces termes citmpleies, est qu'il ; en a qui sont déterminés dans U yénli k ua seul individu, et qu'ils ne laissent pus ^e censerver une certaine aniversalité épivoque qu'on peut appeler une équivoque d'erreur, parce que lei honunea demeurant d'accord que ce terme ne BJ^iHe qu'une chose unique, faute de bien discerner quelle est véritablement cette cboee unique, rappliquent, les uns i une chose, et les autres i une autre ; ce qui fait qu'il a besoin d'être encore déterminé, on par divei'iei circonstance», ou par la suite du disconr;, afin qne l'on siche préciséOienl ce qu'il signifie.

Ainsi le mot de vérilible nlfgioa ne sied'he qu'une eeule et unique religion qui est dans la 'vérité, la catholique, n'j ejaot que celle-li da véritable. Mais parce qne cliaque peuple el (iliaque secte croit que n reli^oa est la véritable, ce mot est [r6s-éqaivoqne dans la bouche des hommes, qnoique par erreur. Et si on lit dans un bistorien qu'on princa a été zélé pour la véritable religion, on ne sautait dire ce qu'il a ei tiiodu par là, si on ne sait de qnelle religion « été cet bistorien : ci si c'est nn protestant, cela voudra dire ta religion protestante ; si c'est un Arabe mahométtin qui partit ainsi de sou prince, cela vondrail dire la religion mahomètane, et on ne pourrait juger que ce serait la religion catholique, si on ne savait que cet historien était catholique.

Les termes complexes, qui sont ainsi équivoques par erreur, «ont pridcipslemeot ceut qui entermcnt des qualités dont les sens ne Jugent point, nuis seulement l'esprit, sur lesquelles il est facile que les nonunM «lent divers senti me ni s.

Si je dis par eiemple : Il n'y avait que des hommes de six pieds qui Tussent enrdlés dans l'armée île Marins ; ce terme complexe d'hi de ài pieds n'eat pas sujet! être équi^oqne par erreur, parce qi bien aisé de mesurer dea homn^es pour juger s'ils ont six pied! si l'on edt dit qu'on ne devait enrûler qne de vaillants hommes, le terme de vaillants bomuies eilt été plus sujet d élre équivoque par erreur, e'esl-â-dire & élre attribué ii dea hommes qu'on eût crus valUanti, et qni ne l'eussent pas été en elTet.

Lei termes de compiraison sont aussi fort sigeti à être équivoques pli' erreur. Le jilia i/rani géom^trt di Part», te plui im'nnl ltÔimn«, la plus nilnU, It plut rkkt. Car, qnoique ces termes soient déterminés par des conditions individuelles, n'y ayant qn'on seul homme qui soit le plus grand géuniMre de Paris, néanmoins ce mot peut ïtre facilement attrlbni ï plusieurs, quoiqu'il ne convienne qu'i un seul dans la vérîti, psrce qu'il ett fort aisé que les bommes soient partagés de sentiments sur ce sujet, et qu'ainsi plusicurE donneut ce nom i celai que cbacun croit avoir cet avantage par-destus les autres.

nombre, eiirlonl quand e [II' on OC disputa (inellea tli loa opiaïon, comniB noa» voyons qni! tes ibilosophes dispuUiDt tons l«e Joura tonDhant les opiaioas d'^riatotf, 'aaaa le lirant de son cdté. C*r, quoigae Arialote D'ail qu'un seul et ilqne seni «or un ici inii«t. néanmoins, comuie il Kl didôremment itendu, ces mots de mtimrnl d'ArhMi enat équivoques par erreur, irce que cbacnn appelle sentimeiit d'Arislete ea qu'il a compris être m vAribible senllment ; et ainal, l'un comprenant une choie et l'snlra De nuire, ces termes de sentiment d'Arlsioie sur in tel sujet, quelque tdÎTÎduels qn'ila soient en eui-mSœea, poorront convenir i plutieurg lioees, savoir : ï too« les divers eentuoenls qu'on lui auru atlribaSe, et I tinailleroot dans U boucbc de cbaque personne ce que chaque perune aura coni;u Être le sentiment de ce pbiSosophe. Msis, pour mieux comprendre en qool consiale l'équivoque de ce» nnes, que nuns avons appelas équivoques par erreur, il tsal rcmar-

Ker que ces mate sont counotatirs ou eip ressèment, ou daiia le sens. , Gomma nous avons déjà dit, on doit considérer, dans Ica moti ponoUti/s, le anjet, qui est directement, mais ennfnaéntent exprimé, ^ la toime ou te mode, qui est distinctement, quoique indireclemenl [primé. Ainsi, le blanc signlHe conrasémeot un corps, et ta blancheur gtinctemeatj lentimenl d'Arîstole slgniSe confnsément quelque opion, quelque pensée, quelque doctrine, et dislinctemeut la relation de lllii pensée k Arbtole, auquel on l'altribne.

:0r, quand il arrive de l'éqnivoque dans ces mois, ce n'eit pas proremeat i cause de cette forme ou de ce mode, qui, étant distinct, est ivuiable ; ce n'est pas aussi â cause du sujet confus, lorsqu'il demeure U» ealle confusion: car, par exemple, te mol de prùttt dii pkitoiopha B peut jamais 6tre équivoque, tanl qu'on n'appliquera celle idée da rince des pliilosopbes k aucun individu distinctement connu ; mais fqvivoque arrive seulement panse que l'esprit, au lieu de ce siyet DOlns, y substitue souvent un sujet dlstlnci et déterminé, auquel il 'tribue la forme et la mode. Car, comme les hommes sont de dilférenta is Bur ce sujet, lli peuvent donner celte qnulitt ï divenea personnea, les marquer ensuite par ce mol, BUrefois ou entendait PUlon par l (nuintenant on entend Aristole,

L Le mol de véritable religion n'étant pas joint avec l'idée distincte ^d'anémie religion particulière, et demeurant dans ion idée confuse, n'est ijtoiul équivoque, puisqu'il ne signide que ce qui est eu effet U véritable religimi. HtJs lorsque l'esprit a joint cette idée de véritable religiDU b Vne idée distincte d'un certain culte particulier distinctement connu, ce xootdevienl très-éguivoque, et sipiifle, dans la bouche de chaque peuple, le culte qu'il prend pour véritable.

11 eu est de même de ces mots, smliment d'un tel pMloabpht lur uni tetlt iMliere ; car, demeurant dans leur idée générale, ils signihent ■implemcnt et eu général la doctrine que ce philosophe a enseignée sur

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vetle maliire, comme ce qu'a enseigné Aristote mr k nature de nclra âme, td (jNiii S'in'ï talia Kriflor ; el cet W, t'esl-k-diro celle docli'iae, deniGUrant dans soa idée coaruse sans èlrC appliquée à une idée distïncle, ces mots n« sont nullement équivoques ; maïs lorsqu'au lieu du cet id confus, de celle doctrine confusément conçue, l'esprit aubatilue une doclriae distincte «t un sujet distinct, alors, selon les diUèreotes idées distinctes qu'il j pourra subsliluer, ce terme deviendra équivoque. Ainsi, l'opinion d'Arûtote toacbant la nature de notre Ime est nn mot équivoque dans la boncbe de Poniponace <, qui prétend qu'il l'a crue mortelle, et dans celle de plasîears autres interprètes de ce philosophe, qui prétendent, au contraire, qu'il l'a crue immortelle, aussi bien que ses maîtres Platon etSucrate. Et de là il arrive que ces sortes de mots peuvent souvent slgniHer une ctiose à qui la forme exprimée Indirecte' meol ne cniiieut pas. Supposant, par exemple, que Philippe n'ait pas été véritablement père d'Aleiandi'e, comme Aleiandie lui-même le vODlail faire croire, le mot de /!is du Phiiifff., qui signifie en général celui qui a été engendré par Philippe, étant apiiliqué par erreur i Alexandre, signifiera une personne qui ne serait pas véritablement le flii de Philippe.

Le moi de ifna it VÈeritvn étint appliqué par un hérétique à une erreur contraire ï l'Ëcritare, signifiera dans sa bouche cette erreur qu'il aura cm être le sena de l'Écriture, et qu'il aura, dans cette pensée, appelée le sent de l'Ëcrilure. C'est pourquoi les calvinistes n'eu sont pas plus catholiques, pour protester qu'ils ne suivent que la parole de Dieu, car ces mots de paraît it Ditu signifient dans leur bouche toutes les ei'ieurs qu'ils prcnneut faussement puur la parole de Dieu,

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