DES PROPOSITIONS COMPLEXES
Mais, avant que de parler des propositions dont la complexion tombe sur la forme, c'est-à-dire sur l'affirmation ou la négation, il y a plusieurs remarques importantes à faire sur la nature des propositions incidentes, qui font partie du sujet ou de l'attribut de celles qui sont complexes selon la matière.
1° On a déjà vu que ces propositions incidentes sont celles dont le sujet est le relatif qui : comme, les hommes qui sont créés pour connaître et pour aimer BieUy ou les Jiommes qui sont pieux : ôtant le terme à'homr mes, le reste est une proposition incidente.
Mais il faut se souvenir de ce qui a été dit dans le chapitre viii de la première partie, que les additions des termes complexes sont de deux sortes : les unes qu'on peut appeler de simples explicatioiis, qui est lorsque l'addition ne cbange rien dans l'idée du terme^ parce que ce qu'on y ajoute lui convient généralement et dans toute son étendue, comme dans le premier exemple, les hommes qui sont créés pour connaitre et pour aimer Dieu.
Les autres qui peuvent s'appeler des déterminations, parce que ce qu'on ajoute k un terme ne convenant pas à ce terme dans toute son étendue, en restreint et en détermine la signification, comme dans le second exemple, les hommes qui sont pieux. Suivant cela, on peut dire qu'il y a un qui explicatif et un qui déterminatif.
Or, quand le qui est explicatif, l'attribut de la proposition incidente est affirmé du sujet auquel le qui se rapporte, quoique ce ne soit qu'incidemment au regard de la proposition totale, de sorte qu'on peut substituer le sujet même au qui, comme on peut voir dans le premier exemple : les hommes qui ont été créés pour connaître et pour aimer Dieu, car on peut dire : les hommes ont été créés pour connaître et pour aimer Dieu.
Mais quand le qui est déterminatif, l'attribut de la proposition incidente n'est point proprement affirmé du sujet auquel le qui se rapporte; car si, après avoir dit les hommes qui sont pieux sont charilaileSf ou voulait substituer le mot àlwmmes au qui, en disant les homnus sont yieux, la proposition serait fausse, parce que ce serait affirmer le mot de pieux des hommes comme hommes; mais en disant, les hommes qui sont pieux sont charitables^ on n'affirme ni des hommes en général, ni
1. Ce chapitre forme, avec le précédent, un véritable traité d'analyse logique.
DEUXIÈMB PARTIE.
È'antuns hoînnirs en parliciilier, qix'ili soi^nl pifloi; mais Vespril, ^guanl esseinble l'iilée ile pi'cia sycc cella il'AciMca, eL en rainant ^ idée lolale, jnge que l'atttilint de tliarilable tonvient ï celte îiiee jtale, Bt aiasi, tout le jugement qui est exprimé dan» la piopoîliiiin ïeiilsaia est Beulenieol celui par lequel notre esprit jage que l'idée da JtiX D'ttt point inconi|iatIble avec celle à'hommi, et qu'ainsi il peut les ksidérer comme jointes ensemLle et examiner «nsiiite ce qui leur ^vieiit selon cette uaion.
• Il y a BOuTent des lennes qui sont donblement et (piplemenl coinles, étant comiiosé^ do [jtusieni-s parties dont chacune i part est Oplexe; et ainsi il peut s'y réneontrer divcrsi^s propositions inei- Mb et de diverse eepèce, le jai de l'une étant détenninaLiC, et le Tde l'autre explicatif. C'est ce qn'on lei'i'a micui par cet ejerripla : B'CMhihe jai vut It tewernfH bitn dam la wliiftt d» corps, ln'iiuitk t ft ÎM'fgi'le t^r Epfeiire at inUgne d'an ])kihtefki. Cette propoâit' ttn attribut, indiune d'un philasoplte, et lent le reste pour suj ^ li ce Eujel est an terme complexe qui enferme deiii propositiot^ jgiiNiies ; la première est, jut mal la louveTniii bita ians la volitf KeMjis; le ipii, dans cette proposition incidente, est délerm'matif, c . Bélermine te mot de doctrine, qui est général, k celle qui afllrme qua Ewaveraiu bien de l'homme est dans la voiapté du corps ; d'où vient K4D ne pourrait, sans absurdité, enbslttuer aa gui le mot île doctrine, Vdinnt ; la doclrint met le sowtrain bitn dins la volupU du corps. Lu P^nde proposition incidente eal qui ( éti ensei^n^e par fyieart, et le ^MaQqnel ce ^ sa rapporte est tout le terme complexe : !a ^^irine tfU Munireitt bim dans la valnpu du cprps, qui marque une doctrine 'enllire et individuelle, capable de dioers eecidents, comme d'être eona par diverses personnes, quoiqu'elle soit délermïnâe en elle-, le ti être toujours prise de h même serlfl, an moins dans ce point .'is, selon lequel on l'entend, et c'est pourquoi le gui' de la seconde bposilion incidente, ;vi' u (lé CBMisnti pur Epicwt, n'est [loiut dé- ^OllnaLif, ma» seulemeat eipltentlf; d'ob vient qu'où peut substituer la Jetvnquel ce gui ee rapporte en iuplace du qui, en disant : la dtttrit H' nul b lotivcruin Men iam la velufii da corpi, a tli tweisiih pi "'"iw.
.I>gden)I£ro remarque est que, pour juger delà nature deeesprot rtSoBi, et pour Bavoir si le ïnî est délerminatif nu explicatif, il iïÉ( ivéïU tvoir plus d'égard au sens et à riutention de celui qui parie^fl â Ift seule expression.
Car 11 y t souvent des termes compleiiês qui paraissent iocompleiedi ) qui paraissent moins complexes gn'lla ne le sont en eltet, patct qu'une partie de ce qu'ils enrerineul dans l'espiil de celai qui pari» est sDus'eolendue et non eipiimée, selon ce ipii a été dit dans le cba>> pitre Tiii de la première partie, où l'on a fait voir qu'il n'y avait rien dj L'dinoire dans les disconrs des bemmcs, que de marquer des cbt^ iKuliiires par des noms camjuuns, parce que les cii'con stances 4^. rs font assez voir qu'où joint à cette idée commune qui répond it<
ce mot une idée singulière et distincte, qui le détermine à ne signifier qu'une seule et unique chose.
J'ai dit que cela se reconnaissait d'ordinaire par les circonstances, comme, dans la bouche des Français, le mot de roi signifie Louis XJV, Mais voici encore une règle qui peut servir à faire juger quand un terme commun demeure dans sou idée générale, ou quand il est déterminé par une idée distincte et particulière, quoique non exprimée.
Quand il y a une absurdité manifeste à lier un attribut avec un sujet demeurant dans son idée générale, on doit croire que celui qui fait cette proposition n'a pas laissé ce sujet dans son idée générale. Ainsi, si j'entends dire à un homme : Rex hoc miJii imperavit^ le roi m'a commandé telle chose; je suis assuré qu'il n'a pas laissé le mot de roi dans son idée générale : car le roi ne fait point de commandement particulier.
Si un homme m'avait dit : La gazette de Bruxelles du 14 janvier 1662 touchant ce qui se passe à Paris est fausse, je serais assuré qu'il aurait quelque chose dans l'esprit de plus que ce qui serait signifié par ces termes, parce que tout cela n'est point capable de faire juger si cette gazette est vraie ou fausse, et qu'ainsi il faudrait qu'il eût conçu une nouvelle distincte et particulière, laquelle il jugeât contraire à la vérité, comme si cette gazette avait dit que le roi a fait cent chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit.
De même dans les jugements que l'on fait des opinions des philosophes quand on dit que la doctrine d'un tel philosophe est fausse, expliquer distinctement quelle est cette doctrine, comme, que la doctrine de Lucrèce touchant la nature de notre âme est fausse^ il faut uécessairemcnt que, dans ces sortes de jugements, ceux qui les font conçoivent une opinion distincte et particulière sous le mot général de doctrine d'uu tel philosophe, parce que la qualité de fausse ne peut pas convenir à une doctrine, comme étant d'un tel auteur, mais seulement comme étant une telle opinion en particulier, contraire à la vérité ; et ainsi ces sortes de propositions se résolvent nécessairement en celles-ci : Une telle opinion, qui a été enseignée par un tel auteur, est fausse : l'opinion que notre âme soit composée d'atomes, qui a été enseignée par Lucrèce', est fausse : De sorte que ces jugements enferment toujours deux affirmations, lors même qu'elles ne sont pas distinctement exprimées : l'une principale, qui regarde la vérité en elle-même, qui est que c'est une grande erreur de vouloir que notre âme soit composée d'atomes; l'autre incidente, qui ne regarde qu'un point d'histoire, qui est que cette erreur a été enseignée par Lucrèce.