‹ La logique de Port RoyalChapitre 58 sur 170 · Publias Syrus, Sentences · texte numérisé non relu

Publias Syrus, Sentences

Celui qui vit dans une entière solitude est une bête ou un ange (dit Aristote) *.

Les hommes ne se remuent que par l'intérêt ou par la crainte.

La terre tourne autour du soleil, ou le soleil autour de la terre.

Toute action faite avec jugement est bonne ou mauvaise.

La vérité de ces propositions dépend de l'opposition nécessaire des parties, qui ne doivent point souffrir de milien; mais, comme il faut qu'elles n'en puissent souffuir du tout pour être nécessairement vraies, il suffit qu'elles n'en souffrent point ordinairement pour être considérées comme moralement vraies. C'est pourquoi il est absolument vrai qu'une action faite avec jugement est bonne ou mauvaise, les théologiens faisant voir qu'il n'y en a point en particulier qui soit indiflérente ; mais quand on dit que les hommes ne se remuent que par l'intérêt ou par la crainte, cela n'est pas vrai absolument, puisqu'il y en a quelques-uns qui ne se remuent ni par l'une ni par l'autre de ces passions, mais par la considération de leur devoir; et ainsi, toute la vérité qui y peut être, est que ce sont les deux ressorts qui remuent la plupart des hommes.

Les propositions contradictoires aux disjonctîves sont celles où on nie la vérité de la disjonction ; ce qu'on fait en latin comme en toutes les autres propositions composées, en mettant la négation à la tête : Non omnis actio est bona vel viala; et en français : Il n'est pas vrai que toute action soit bonne ou mauvaise.

Des conditionnelles.

Les conditionnelles sont celles qui ont deux parties liées par la condition SI, dont la première, qui est celle où est la condition, s'appelle l'antécédent, et l'autre le conséquent.

Si Vâme est spintueUe^ c'est l'antécédent; elle est immortelle, c'est le conséquent.

Cette conséquence est quelquefois médiate et quelquefois immédiate; elle n'est que médiate, quand il n'y a rien dans les termes de l'une et de l'autre partie qui les lie ensemble, comme si je dis :

Si la terre est immobile, le soleil tourne;

Si Dieu est juste, les méchants seront punis.

Ces conséquences sont fort bonnes; mais elles ne sont pas immédiates, parce que les deux parties n'ayant pas de terme commun, elles ne se lient que par ce qu'on a dans l'esprit, et qui n'est pas exprimé, que la terre et le soleil se trouvant sans cesse en des situations différentes l'une à l'égard de l'autre, il faut nécessairement que si l'une est immobile, l'autre se remue.

1. «L'Etat est dans la nature. La nature a créé l'homme pour vivre en société politique ; celui qui par sa nature n'appartient à aucun Etat, sans qu'il puisse en accuser la fortune, est, ou plus qu'un homme, ou un être dé-

gradé : on peut lui appliquer le vers d'Homère : Sans famille, sans lois, sans foyer... — Un tel être est indocile au joug comme un oiseau do proie. Il est en guerre avec la nature.»

[Politique, liv. l""", chap. ii.)

DKDXlfcMK PARTIB. 137

Qaitié li canséqiieDcc est imméilmte, il faut pour l'ordinairo, i<> On que les deux parties aioul un mtme Biijet : Si lu mer! est im passage à lUie vit plus hiiiTeilSs, élli est dciirable. SI nm paviiti, ociddbti,

Si ïOM avK nnnqtii à noiiin'r Ua pauvres, nom 1m nm: tufs,

!> Ou qu'elles aïeul le ni£me atti'ii)ut :

Si Idufu la épreaties dt Diea nou: doistnl itre chèra, Us vmliiiie» nnui le dorBent être.

S» Ou que l'atlribut de U première paiiie soit l'allrihut de la seconde :

Si la patience est une utrlu, il y a dea veriut pénibles.

i" Ou enfin que le eujet de la première partie soit l'atlrihul de Ia ge^ tonde, ce qui ne peut Être que qaind celle seconde partie est nËgativc.

Si' tout les vrais cliTititni vivent selon I^Evmgilt, il n'y a attire de vTaùi chrilie^it.

Ou ue regarde, pour la vérité de ces propeaitians, que ta vérité de )a conBéqnence; car, quoique l'une et l'antre parties fussent fausses, si néanmoins la coaséquence de l'une à l'antre est lionue, ta proposiliou, ea tant que condiiionoellg, est vraie, cnnime:

Si la vtlonti dt la créaluTe ist capable d'empécluir qHS ta volonii abtobte deUteu ne t'ateomplissi, Sieu n'est pas teut-puissaM.

Les propositions eoasïdérdes cootmo négatives et contradictoires aux eitiditioonelles, sont eelles-lï senlemeut dans lesquelles la ooudilïoa est niée; te qni se fait en latin, en mettant uuo négation à latEtc;

H tnri

B improbtfiagatl

Mail en trangûs on exprime ces contradicloiree par quoique el una négation :

Si voui mangeic du fmit difendu, vous ntotirrts. Oiioi'îKf BOKi mangiei du fnit dfjsnda, uow ns moann pas. Ou tiien par il n'esl paa vrai:

Il n'et! pas vrai que, si vous «laiijïï du ff<iit défendu, tiohi maarre^.

Des causales.

Les causales sont celles qui contiennent deni proposiliona liées par un mot de cause, qiiia, parce que, ou ul, uflu que ;

ISalksiir ntix richta, parce qu'ils ont leur coiisoladon ea ce monde.

Lt$ Méckimts sont éleeis, a/in que, tombant di plus Imitt, lew ohitù fh soiï plni grande.

Ut UpBD griv:

Us le peuvenif pûree gu*iîs croient le pouvoir,

Possunt, quia posse videnturi.

Un tel prince a été malheureux, parce qu'il était né sous une telle con-stellation.

On peut aussi réduire à ces sortes de propositions celles qu'on appelle rédvplicatives * ;

Uhomme, en tant qu'homme, est raisonnable.

Les rois y en tant que rois, ne dépendent que de Dieu seul.

Il est nécessaire, pour la Yérité des propositions, que l'une des parties soit cause de l'autre , ce qui fait aussi qu'il faut que l'une et l'autre soient vraies ; car ce qui est faux n'est point cause, et n'a point de cause; mais l'une et l'autre parties peuvent être vraies, et la.causale être fausse^ parce qu'il suffit pour cela que l'une des parties ne soit pas cause de l'autre; ainsi un prince peut avoir été malheureux et être né sous une telle constellation, qu'il ne laisserait pas d'être faux qu'il ait été malheureux pour être né sous cette constellation.

C'est pourquoi c'est en cela proprement que consistent les contradictoires de ces propositions^ quand ou nie qu'une cause soit cause de l'autre : Non ideo infelix, quia sub hoc natus sidère.

Des relatives.

Les relatives sont celles qui renferment quelque comparaison et quelque rapport.

Où est le trésor, là est le cœur.

Telle est la vie, telle est la mort.

Tanti-.es, quantum habeasS.

On est estimé dans le monde à proportion de son bien,

La vérité dépend de la justesse du rapport, et on les contredit en niant le rapport.

Il n'est pas vrai que telle est la vie, telle est la mort.

11 n'est pas vrai que l'on soit estimé dans le monde à proportion ^.e son bien.

Des dïscrétives.

Ce sont celles où l'on fait des jugements différents en marquant cette différence par les particules scd, mais, tamen, néanmoins, ou autres semblables exprimées ou sous-entendues.

Fortuna opes auferre^ non animum potesf^. La fortune peut ôter le bien, mais elle ne peut ôter le cœur.

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