‹ La logique de Port RoyalChapitre 68 sur 170 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

DlînJIÈMIl PARTIE, 151

nt d'empéchamenl nalnrel i se servir des sons, ou po«r n'avoir pu apprendre, cooime ceu.i qui sont oés sourds, ou pou ne pouvoir lei irmer, cofflum les tauela.

OBSKRVjLTiaN m. 1! y s dea propoailioiie qui ne EonI universelles qne iree qn'eliea doivent s'euteodre di gmfribux aingvteTim, et non pas de npiU» pnenm, cnnime parlent les pbilosnplies, c'est-ï-dire de tuulet I espèces àe quelque genre, et non pas de Ions les pïrlicnliers de ces {licet, Ainsi l'on dit que tous les animaux fnient sauvés dans l'arche Hoé, parM qu'il en fut siuvé quËlques-uns de toutes les espèces, ni-Chrigt dit ausii des pharisiens, qu'ils payaient la dtme de toutes I herbes, decimmît oiiina oIui <, non qu'ils psyassenl la dime de loulei I herbes qui étaient dans le monde, mais parce qu'il n'i avait point sortes d'berbes dont ils ne payassent la dltne. Ainsi saint Paol dit; [sut et ego omnibus per omitia ftaceù*; c'esl-à-dire qu'il s'accommodait tontes sortes de persounes, juifs, g;euti!s, cbrétieos, quoiqu'il ne plÂt le k, ses pertècnleurs, qni étaient en si grani! nombre. Ainsi Toii dit in homme, qu'il apasté pur toutes les chargtt, c'esl-à-dirs par toutes Hes de cbarges.

!OBBBnv*r;ON IV, U j a des propositions qni ne sont universelles qna liée que le sujet doit être pria conune restreint par nue partie de ttribal ; je dis per nne partie, car il serait ridicule qu'il fut restreint t tout l'allribul, comme qui prétendrait que cette proposition est

S 'g; Tous les 'lommHioHljiutis, parce qu'il l'entendrait en ce sens, que les hommes justes sont justes, et qui serait impertinent. Mais quand ittribut est complexe, et a deni parties, comme dans cette [iroposiifi i Tova ta lumvtti toni jvstis fsr la griw d» lisus-Chrisl, c'est avec ison qu'on peut prétendre que le terme de j'utJu est sous-entendu le snjet, quoiqu'il n'y soil pas exprimé ; parce qn'il est aiseï clair l'on veut dire seulement que tous les hommes qui sont justes ne justes que par U grke de Jésus-Christ : et ainsi cette proposition mie en toute ripeur, quoiqu'elle paraisse faussa i ne considéier te qui est exprimé dans le sqjet, y ayant tant d'hommes qui sont (chants et pécheurs, et qui, par conséquent, n'ont point été justitlés r U grke do Jésus-Christ. Il y a nn très-grand nodbre de proposiiDE dans l'Écriture qui doivent être prises en ce sens, et entre autres que dit B^iint Paul : Comme fous mnirmf par Adam, ai'ttii ions sennt aifét par Jfius^.kTist '; car U est certain qu'une indnilé de païens, i sont morts dans leur inDdèlilé, n'ont point été viviOés par Jésas- Irist, et qu'ils n'auront aucune part à la vie de la. gloire dont parle âot Paul en, cet endroit : et ainsi le sens de l'Apélre est que, comme nia ceux qni meurent, meurent par Adam, tons ceux aussi qui sont iviUés, sont vividés par Jésus -Christ.

Hy a aussi beaucoup de propositions qui ne sont moralement univerilles qu'en cette manière, comme quand on dit : lu Fran^fi sont boni

t. (Dwiniiti* menlhàm, at ritaio, I t. I. Càrinlli., x, 113.

soldats ; les Ilollandais sont bons matelots; les Flamantls sont bons peintres ; les Italiens sont bons comédiens ; cela veut dire que les Français qui sont soldats sont ordinairement bons soldats, et ainsi des autres.

Observation V. Il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y ait point d'autre marque de particnlarité que ces mots, quidam, aliquis, quelque, et autres semblables; car, au contraire, il arrive assez rarement que l'on s'en serve, surtout dans notre langue.

Quand la particule des ou de est le pluriel de l'article un, selon la nouvelle remarque de la Grammaire générale «, elle fait que les noms se prennent particulièrement, au lien que, pour l'ordinaire, ils se prennent généralement avec l'article les. C'est pourquoi il y a bien de la différence entre ces deux propositions : Les médecins croient maintenant qu'il est bon de boire pendant le chaud de la fièvre; des médecins croient maintenant que le sang ne se fait pas dans le foie. Car les médecins, dans la première, marque le commun des médecins d'aujourd'hui ; et des médecinsj dans la seconde, marque seulement quelques médecins parti- .culiers.

Mais souvent avant des ou d«, ou un au singulier, on met il y a, commo il y a des médecinSf et cela en deux manières.

La première est, en mettant seulement après des, ou un, un substantif pour être le sujet de la proposition, et un adjectif pour être l'attribut, soit qu'il soit le premier ou le dermier, comme : Il y a des douleurs salutaires; il y a des plaisirs funestes; il y a de faux amis ; il y a une humilité généreuse; il y a des vices couverts de Vapparence de la vertu. C'est comme on exprime dans notre langue ce gu'on exprime par queU que dans le style de l'école : Quelques douleurs sont salutaires, quelque humilité est généreuse, et ainsi des autres.

La seconde manière est de joindre par un qui l'adjectif au substantif : Ily a des craintes qui sont raisonnables. Mais ce qui n'empêche pas que ces propositions ne puissent être simples dans le sens^ quoique complexes dans l'expression : car c'est comme si on disait simplement : Quelques craintes sont raisonnables. Ces façons de parler sont encore plus ordinaires que les précédentes : Ily a des hommes qui n*aiment qu'euxmêmes; ily a des chrétiens qui sont indignes de ce nom.

On se sert quelquefois en latin d'un mot semblable. Horace :

Sxmi quibus in salira vidoor nimis acer, et ultra t Legem tendere opas.

Ce qui est la même chose que s'il avait dit.:

Qnidam existimant me nimis acrem esse in satira.

n y en a qui me croient trop piquant dans la satire. De môme dans l'Ecriture : Est qui nequiter se humiliât^, il y en a qui s'humilient mal.

1. Voir la Grammaire générale de | 2. Horace, Satires, ii, I. Port-Uoyal, II» partie ; chap. vu. | 3. Ecclésiast., xix, 23.

IStlXIËUE PARTIE.

OtmU, tout, avec one négaliou, fait aussi aae propasition parlicnliëre, tite cotle dilTérenoe, qu'en latin la négation précède e«Jiis, el en français elle suit loul : Pfon omnfs ijiii dicit mihi, Domine, Ihinine, inirabit Àt ri^nuin eKjpruin>. Tudb ceux qui me disant. Seigneur, Seigneur, n'entrerant point dans ie royaume dee deux. ITon tnrne peccalum eit erinun, tant péché n'est pas uu crime.

Néanmoins dans l'héhreu, non amnis est aonvent pour ntilfus, comme dans le psaama : Non jwslfjïcaiilur in fDnjjxrtii (no omnw tivm»*, nul Tivant ne se jnstîQera devant Dieu. Cela vient de ce qn'alora la négation ne tombe qns sur le verbe, et non point sur omnii.

OssERVATion VI. — Voili quelques obserrations asseï utiles quand il f a un terme d'universalité, comme tout, nul, etc. Mais quand il n'y en a point, et qu'il n'y a point aussi de particularité, comme quand je t'kojnme tit raisonnible, l^homme eit jiate, c'est une qaestion célèbre parmi les philosophes, si ces propositions, qu'ils appellent iiidé/iiisa, doivent passer pour nnivereelles, ou poor particulières; ce qui doit i'enlendre quand elles sont sans aucune suite de discours, ou qu'on ne es a point déterminées par la suita à aucun de ces sens; car il est iadnbïlâblo qu'on doit prendre it sens d'une proposition, quand elle a quelque ambiguïté, de ce qui l'accompagne dans le discours de celui qui

La considérant donc eo elle-même, la plupart des philosophes disent qu'elle doit passer ponr universelle dans une matière nécessaire, et pour parijculiâre dans une matière contingente.

Je trouve cette miiime approuvée par de fort babiles gens, et oéaniDîns elle est très-fausse : et il faut dire, an contraire, que lorsqu'oa attribue quelque qualité à un terme commun, la proposition indéHnie ' *' passer pour universelle en quelque matière que ce soit : et ainsi, .une matière contingente, elle ne doit poiot être considérée comme iule proposition paiticulière, mais comme une universelle qui est fansse ; et C'est la jugement naturel que tous les hommes en font; les rejettaut imme fansses lorsqu'elles ne sont pas vraies généralement, au moins une généralité morale, dont les hommes se contentent dans les dislurs ordinaires des choses dn monde.

Car qni souffrirait que l'on dit ; One iei on" sonl Uancs, gw Set hoianti lont ntnrs, jue lu PtrUim sonl gentHihommen, Ici l'olonais lont I, lu inglaU sont Irembleurs? Et cependant, selon la distlactioD de ces philosophes, ces propositions devraient passer pour très-vraies, pniaqne étant indéilnieG dons une matière cootingente, elles devraient être prises pour particulières. Or, il est très-vrai qu'il y a quelques blancs, comme ceui de la Nouvelle-Zemble; quelques hommes Dnl noirs, comme les Ethiopiens; quelques Parisiens qui sont genlUshommes; quelques Polonais qui sont aocimeos; quelques Anglais qui aoni Irembleurs. 11 est donc clair qu'en qnelque matière que ce soit, ' la propositions indéQniea de cette sorte sont prises ponr universelles,

i. Saint MiUliLou.ïii.îl. | i. Pialm. cxLti.î.

mais que dans une matière contingente on se contente d'une universalité morale. Ce qui fait qu'on dit fort bien : Les Français sont vaillants, les Italiens sont soupçonneux, les Allemands sont grands, les Orientaux sont voluptueux, quoique cela ne soit pas vrai de tous les particoliers, pai'ce qu'on se contente qu'il soit vrai dB la plupart.

11 y a donc une autre distinction sur ce sujet, laquelle est plus raisonnable, qui est que ces propositions indéfinies sont universelles en matière de doctrine, comme, les anges n'ont point de corps, et qu'elles ne sont que particulières 'dans les faits et dans les narrations, comme quand il est dit dans l'Evangile : Milites plectentes coronan de spinis, imjtosuerunt capiti ejus^ ; il est bien clair que cela ne doit être entendu que de quelques soldats, et non pas de tous les soldats. Donc la raison est qu'en matière d'actions singulières, lors surtout qu'elles sont déterminées à un certain temps, elles ne conviennent ordinairement à un terme commun qu'à cause de quelques particuliers, dont l'idée distincte est dans l'esprit de cenx qui font ces propositions : de sorte qu'à le bien prendre, ces propositions sont plutôt singulières que particulières, comme on pourra le juger par ce qui a été dit des termes complexes dans le sens, 1" partie, chapitre viii, et 2* partie, chapitre vi.

Observation VII. •— Les noms de corps, de communauté, de peuple, étant pris collectivement, comme ils le sont d'ordinaire, pour tout le corps, toute la communauté, tout le peuple^ ne font point les propositions où ils entrent, proprement universelles, ni encore moins particulières, mais singulières, comme quand je dis : Les Romains ont vaincu les Carthaginois; les Vénitiens font la guerre aux Turcs; les juges d'un tel lieu ont condamné un criminel , ces propositions ne sont point universelles ; autrement on pourrait conclure de chaque Romain qu'il aurait vaincu les Carthaginois, ce qui serait faux : elles ne sont point aussi particulières; car cela veut dire plus que si je disais que quelques Romains ont vaincu les Carthaginois; mais elles sont singulières, parce que l'on considère chaque peuple comme une personne morale, dont la durée est de plusieurs siècles, qui subsiste tant qu'il compose un Etat, et qui agit en tous ces temps par ceux qui la composent^ comme un homme agit par ses membres. D'où vient que l'on dit^ que les Romains qui ont été vaincus par les Gaulois qui prirent Rome^ ont vaincu les Gaulois au temps de César, attribuant ainsi à ce même terme de Romains d'avoir été vaincus en un temps, et d'avoir été victorieux en l'autre, quoiqu'on l'un de ces temps il n'y ait eu aucun de ceux qui étaient en l'autre : et c'est ce qui fait voir sur quoi est fondée la vanités que chaque particulier prend des belles actions de sa nation, auxquelles il n'a point eu de part, et qui est aussi sotte que celle d'une oreille, qui, étant sourde, se gioriiierait de la vivacité de l'œil ou de l'adresse de la main.

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