‹ La logique de Port RoyalChapitre 69 sur 170 · Saint Matthieu, xxvi · texte numérisé non relu

Saint Matthieu, xxvi

DEDXIÈHB FAUTIB.

DES PEOFOSmOKS OD t OU DOKHE AUX EIGIfES LE HOU DES CHOSES

Nous avons dii, dans h première partie, que âes Uies, lee unes avaienl pour objet des choses, les autres des signes. Or, tes idées de signe tttaciiÉes k des mois, leuaut à compoeer des propositions, il arrive lue chose qu'il est important â'eiBroiner en ce lieu, el qni sppartient proprement à la logique, c'eal qu'on en afilnoe qnelqnefois les cliuses sigaitiées; et il s'ngit de savoir quand ou a droit de le faire, princîpalemeiit il l'égard des signes d'inslilulioDs; car, à l'égard des signes natnrele, il n'j a pas de dlfQculté, paroe que le rapport visible qu'il y a entre ces sortes de signes et les choses, marque clairement que quand nn snirDie du signe la chose signifiée, on veut dire, nouqae ce signe soit tellement cette chose, mail qu'il l'est en signlticaliou et en Qgarei et 'linBi l'on dira Bans préparatioa et sans façon d'un portrait de César, ijftt c'est César; el d'une carte d'Italie, que c'est l'Italie,

II n'est donc hesoio d'examiner cette rtgle qui permet d'affirmer les ebosesaigniliées de leurs signes, qu'à l'égard des signes d'Jnslilulion qui n'ttvertissent pas par un rapport visUtle du sens auquel on entend ces propositions : et c'est ce qui a donné lien k bîeii des disputes.

Car il semble à quelques-uns que cela puisse se Taire indilTérenunent, et qu'il Eufflse pour montrer qu'une proposïLioa eM raisoDDable en la prenant en un sens de Sgiue et de signe, de dire qu'il est ordinaire de âooner au signe le nom de la chose signiHée ■■ et cependant cela n'est pas Trai; eu il y a une inSnité de propositions qui seraient eiti'avaganles, si l'on donnait aux eigues le nom des choses sigillées; ce qna l'onne fait jamais, parce qu'elles sont extravagantes. Ainsi un homme qui aurait établi dans son esprit que certaines choses eo sîgniDeraient d'antres, serait ridicule, si, sans en avoir averti personne, il prenait la liberté de donner II o«s signes de fantaisie le nom de ces choses, et disait, par exemple, qu'une pierre est un cbeval, et un àne un roi de Perse, parce qu'il auraiL établi ces signes dans son esprit. Ainsi la première règle qu'où doit suivre sur ce siyel, est qu'il n'est pas permis indiiïéremment de donner anx signes le nom des choses.

Lu seconde, qui est une suite de la première, est que la seule incompatibilité évidente des termes n'est pas une raison sufUsanle pour conduire l'esprit au sens de signe, et pour conclure qu'une proposillon ne pouvant se prendre proprement, se doit donc expliquer en un sens de eipe. Autrement il n'y aurait point de ces proposltiuus qni fussent extravaganles, et plag elles seraient impossibles dans le sens propre, plua on relouibertût (ucilement ùnas le sens de signe, ee qui n'est pas aita-

moins : car qui souffrirait que, sans autre préparation, et en vertu seulement d'une destination secrète, on dît que la mer est le ciel, que la terre est la lune, qu'un arbre est un roi ? Qui ne voit qu'il n'y aurait point de voie plus courte pour s'acquérir la réputation de folie, que de prétendre introduire ce langage dans le monde? Il faut donc que celui à qui on parle soit préparé d'une certaine manière^ afin qu'on ait droit de se servir de ces sortes de propositions, et il faut remarquer, sur ces préparations, qu'il y en a de certainement insuffisantes, et d'autres qui sont certainement suffisantes.

lo Les rapports éloignés qui ne paraissent point aux sens, ni à la première vue de l'esprit, et qui ne se découvrent que par méditation, ne suffisent nullement pour donner d'abord aux signes le nom des choses signifiées : car il n'y a presque point de choses^ entre lesquelles on ne puisse trouver de ces sortes de rapports, et il est clair que des rapports qu'on ne voit pas d'abord ne suffisent point pour conduire au sens de figure.

âo II ne suffit pas, pour donner à un signe le nom de la chose signifiée dans le premier établissement qu'on en fait, de savoir que ceux à qui on parle le considèrent déjà comme un signe d'une autre chose toute différente. On sait, par exemple, que le laurier est signe de la victoire, et l'olivier de la paix; mais cette connaissance ne prépare nullement l'esprit à trouver bon qu'un homme à qui il plaira de rendre le laurier signe du roi dé la Chine, et l'olivier du Grand Seigneur, dise sans façon, en se promenant dans un jardin : Voyez ce laurier, c'est le roi de la Chine; et cet olivier, c'est le Grand Turc.

30 Toute préparation qui applique seulement l'esprit à attendre quelque chose de grand, sans le préparer à regarder en particulier une chose comme signe, ne suffit nullement pour donner droit d'attribuer à ce signe le nom de la chose signifiée dans la première institution. La raison en est claire, parce qu'il n'y a nulle conséquence directe et prochaine entre l'idée de grandeur et l'idée de signe; et ainsi l'une ne conduit point à l'autre.

Mais c'est certainement une préparation suffisante pour donner aux signes le nom des choses, quand on voit dans l'esprit de ceux à qui on parle que, considérant certaines choses comme signes, ils sont en peine seulement de savoir ce qu'elles signifient.

Ainsi Joseph a pu répondre à Pharaon 1, que les sept vaches grasses et les sept épis pleins qu'il avait vus en songe, étaient sept années d'abondance; et les sept vaches maigres et les sept épis maigres, sept années de stérilité; parce qu'il voyait que Pharaon n'était en peine que de cela, et qu'il lui faisait intérieurement cette question : Qu'est-ce que ces vaches grasses et maigres, ces épis pleins et vides sont en signification ?

Ainsi Daniel répondit fort raisonnablement à Nabuchodonosor, qu'il était la tête d'or» ; parce qu'il lui avait proposé le songe qu'il avait eu

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