CHAPITRE tVlI
DE ti CONVERSION DE3 PROPOSITIONS, 00 L ON EXKJQUE PLCS A FOND LA NATURE DE l'ATFIÎIMATION ET DE LA NÉGATrON, DONT CETTE CONVERSION DÉPEND, ET PHEMlËHEHlilNT DE LA NATtmS
De l'affihhahon.
(Les cbapitrcs suivants sont un peu ditUciles à comprendre, et ne sont nécessairos que pour la spéculalioa. C'est pourquoi ceux qui ne voudront I pas se latigiier l'esprit à des choses peu utiles pour la pratique, peuvent k les passer.)
J'ai réservé jusqu'ici à parler de ta eonveraion des propositions, parce
le Cener., i. ï.
que (le là dépendent les fondements de toute rargumentation dont nous devons traiter dans la partie suivante; -et ainsi il a été bon que cette matière ne fût pas éloignée de ce que nous avons à dire du raisonnement, quoique, pour bien la traiter, il faille reprendre quelque chose de ce que nous avons dit de l'affirmation ou de la négation, et expliquer à fond la nature de l'une et de l'autre.'
Il est certain que nous ne saurions exprimer une proposition aux autres que nous ne nous servions de deux idées : l'une pour le sujet et l'autre pour l'attribut, et d'un autre mot qui marque l'union que notre esprit y conçoit.
Cette union ne peut mieux s'exprimer que par les paroles mêmes dont on se sert pour affirmer, en disant qu'une chose est une autre chose.
Et de là il est clair que la nature de l'affirmation est d'unir et d'identifier, pour le dire ainsi, le sujet avec Tattribut, puisque c'est ce qui est signifié par le mot est.
Et il s'ensuit aussi qu'il est de la nature de l'affirmation de mettre l'attribut dans tout ce qui est exprimé dans le sujet, selon l'étendue qu'il a dans la proposition : comme quand je dis que tout homme est animal, je veux dire et je signifie que tout ce qui est homme est aussi animal; et ainsi je conçois l'animal dans tous les hommes.
Que si je dis seulement quelque homme est juste, je ne mets pas juste dans tous les hommes, mais seulement dans quelque homme.
Mais il faut pareillement considérer ici ce que nous avons déjà dit, qu'il faut distinguer dans les idées la compréhension de l'extension, et que la compréhension marque les attributs contenus dans une idée, et l'extension, les sujets qui contiennent cette idée.
Car il s'ensuit de là qu'une, idée est toujours affirmée selon sa compréhension, parce qu'en lui ôtant quelqu'un de ses attributs essentiels, on la* détruit et on l'anéantit entièrement, et ce n'est plus la même idée; et, par conséquent, quand elle est affirmée, elle l'est toujours selon tout ce qu'elle comprend en soi. Ainsi, quand je dis qu'un rectangle est un parallélogramme, j'affirme du rectangle tout ce qui est compris dans l'idée du parallélogramme; car s'il y avait quelque partie de cette idée qui ne convint pas au rectangle, il s'ensuivrait que l'idée entière ne lui conviendrait pas, mais seulement une partie de cette idée: et ainsi le mot de parallélogramme, qui signifie l'idée totale, devrait être nié et non affirmé du rectangle. On verra que c'est le principe de tous les arguments affirmatifs.
Et il s'ensuit, au contraire, que l'idée de l'attribut n'est pas prise selon toute extension, à moins que son extension ne fût plus grande que celle
du sujet.
Car si je dis que tous les impudiques seront damnés, je ne dis pas qu'ils seront eux seuls damnés, mais qu'ils seront du nombre des damnés.
Ainsi, l'affirmation mettant l'idée de l'attribut dans le sujet, c'est proprement le sujet qui détermine l'extension de l'attribut dans la proposition affirmative, et l'identité qu'elle marque regarde l'attribut comme resserré dans une étendue égale à celle du sujet, et non pas dans toute
a Kéairûiié, i
1 a une plus grirnrts que Je sujet : car il «si vi'^i i]iie iniinaui, c'est-à-dire que ehacna des lUine enlejuii] 'jl^ée (fniiiinal; mm il n'est pna irai qu'Us Boient loua les animaux, li £t qne l'atlrUiut n'est pas pria dans inule sa géairalité, s'il en a Uns grande qne le sujet; car n'étant restreint que par le sujet, à h Et aussi général que cet allribul, il est clair qu'alors l'.itti'ibul de K dans iQuie aa généralité, puisqu'il en aura autant que le sujet, Sr. nqua anppOEone que par sa niiture il n'en peut avoir davantage. Ift en peut recueillir ces quatre ariouies indubitables : W-fXS I. l'aUTiliut tit laii dans le aujtlpar la fropnaition affimuitive, ttâalt ruïnuion gut le mjrt a dans la froposilion ; c'est-^-^lire qiio injet est universel, l'attribut est conqu dans toute l'eilension du e eujet est particulier, l'attribut n'est conni que dans une [tension du sujet. [I y en a des eiemples ci-dessus. imVB U. L'attribst d'ion proposiiion af/iniiiliw «ri n/fimid srion louis mfTthtutioa, c'est-à-dire selon Ions ses alliibuU. La preuve on est
\xioBB 111. L'ataiM d'iBH propoHtioa afftrmatiw n'es! poîni a/jtrwd ■■ iirH. taule JOîi «fmsion, jî tllo est do ioi-ni^niB plus grande jne ed/e d« .'"jtl. la preuve en est ci-dessus.
AxiowB IV. l'eWnuioK d( l'attribut est Tiiierrfi par ceïia du sujet, m Mii'ft ifii'i'I T(« nmpii'jîe plus giie la partit ds mn extension qui amvleni au •iiijet; eomiHe qnaod on dit que les homnies sont imimaux, lo mot il'snlinat ne stgniûe plus uas les animaoi, mais sâulement les animaux qui
it licnnues.
CIIAPITRE XVIIt
f;DE LA CONVEHSION DES rROl'OSITlONS AFFIRMATIVES.
. appelle conversion d'une proposition, lorsqu'on .d tnge le sujet en attribut, et l'attribut en sujet, sans ■ } la proposition cesse d'être vraie, si elle l'élaitaiipa-"feant, ou plutt^it en aorte qu'il s'ensuive nécessairement Rla conversion qu'elle est vraio, supposé qu'elle le fût. 1 '^Or, ce que noua venons de dire fera entendre Faci- Teltient comment cette] conversion doit se faire : i comme il est impossible qu'une chose soit jointe et unie une autre, que cette autre ne soit jointe aussi k la pre- j
doux choses soient conçues comme identifiées, qui est la plus parfaite de toutes les unions, que cette union ne soit réciproque, c'est-à-dire que Ton ne puisse faire une affirmation mutuelle des deux termes unis en la manière qu'ils sont unis * ; ce qui s'appelle conversion.
Ainsi, comme dans les propositions particulières affirmatives, par exemple, lorsqu'on dit : Quelque homme est juste, le sujet et l'attribut sont tous deux particuliers, le sujet m homme étant particulier par la marque de particularité que Ton y ajoute, et l'attribut juste l'étant aussi, parce que, son étendue étant resserrée par celle du sujet, il ne signifie que la seule justice qui est en quelque homme : il est évident que si quelque homme est iden^ tifié avec quelque juste, quelque juste aussi est identifié avec quelque homme ; et qu'ainsi il n'y a qu'à changer simplement l'attribut en sujet, en gardant la môme particularité, pour convertir ces sortes de propositions *.
On ne peut pas dire la même chose des propositions universelles affirmatives, à cause que, dans ces propositions, il n'y a que le siyet qui soit universel, c'est-à-dire qui soit pris selon toute son étendue, et que l'attribut, au contraire, est limité et restreint; et partant, lorsqu'on le rendra sujet par la conversion, il faudra lui garder sa même restriction, et y ajouter une marque qui le détermine, de peur qu'on ne le prenne généralement. Ainsi, quand je dis que 17to?/iwie est a?imaf, j'unis l'idée d'AoTnme avec celle di' animal, restreinte et resserrée aux seuls hommes, et partant, quand je voudrai envisager cette union comme par une autre face, en commençant par Yanimal, et afiirmer ensuite Vhomme, il faut conserver à ce terme sa même restriction, et de peur que l'on ne s'y trompe, y ajouter quelque note de détermination.
De sorte que de ce que les propositions universelles affirmatives ne peuvent se convertir qu'en particulières affirmatives, on ne doit pas conclure qu'elles se convertissent moins proprement que les autres; mais comme elles sont composées d'un sujet général et d'un attribut restreint, il est clair que lorsqu'on les convertit, en changeant l'attribut en sujet, elles doivent avoir un sujet restreint et resserré, c'est-à-dire particulier.
De là on doit tirer ces deux règles :
Règle I. Les propositions universelles affirmatives peuvent se convertir m ajoutant une marque de particularité à Vattribut devenu sujet.
1. L'expression de l'identité, de la réciprocilo parfaite est : A = A.