‹ La logique des sciences moralesChapitre 85 sur 114 · Cf. ch. V, n · texte numérisé non relu

Cf. ch. V, n

lit dépouiTU d'influence sur tout le reste; sans doute ii l'état géni'ral de la civilisation et le niveau de la culture dans une société donnée doit, jiar suite, exercer une action souveraine sur tous les phénomènes partiels et subordonnés; pourtant il n'en reste pas tDoins vrai que les différentes classes de phénomènes sociaux sont, en gros, régis d'une manière immédiate et en première ligne par des causes d'espèces diverses ; elles peuvent donc avec avantage, que dis-je7 elles doivent être étudiées à part"; c'est exactement ce qu'on fait pour le corps naturel : nous étudions séparément la physiologie et la pathologie de chacun des principaux organes ou tissus, bien que chacun se ressente de l'état de tous les autres, bien qu'aussi la constitution spéciale et l'état de santé général de l'organisme coopèrent avec les causes locales, et parfois les dominent, dans la détermination de l'état de tel ou tel organe,

Ces considérations sont le Tondement de la division 'àe la spéculation sociologique en départements dis «l séparés, quoique non indépendants".

irll des

idltioD. Quoique l'dludD dsa questions éFnnomiqpBa,

riDomèoss soiont nuls de lu compléter ea ;r réinté-

eertaloBraent aolidniroB dans l'uni- graot Iss cUmonts empruolJB à U

. mio, pour que la canuolsaaDcu eu celte méthode est lien i un outre

devint positive, qu'on Ion sûpurlt, nu caraclora de son œuvre âcouomiqus,

'^■uees bétéragùnee; ila'y e puBvolr plicatiODS, qui exisout lÏTidemment

(éritoble tont qu'on a qu'au replace les concliisions da la

voulu envisager le monde ca bloc, dûducUon abstraits dans l'enaumble

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connaît culte aoliilariti. On sait que à la notion dérendue par quelques

I d'Ki

Il y a, par exemple, une classe très étendue de phénomènes sociaux où les causes immédiatement déterminantes sont surtout celles qui agissent par l'intermédiaire du désir de richesse, et où la principale loi psychologique en jeu est cette loi bien familière qu'on préfère un gain plus grand à un moindre. J'ai en vue, on l'entend, cette portion des phénomènes sociaux qui dérive de l'activité industrielle ou productive des hommes, et cette partie de leurs actes qui aboutit à la distribution des richesses ainsi produites, en tant que celte distribution n'est pas effectuée par voie de contrainte ou modifiée par le don volontaire. Raisonnons en prenant pour point de départ cette seule loi de la nature humaine et les principales circonstances extérieures (universelles ou limitées à certains états de société particuliers) auxquelles cette loi donne prise sur l'esprit humain; nous pourrons alors expliquer et prédire cette partie des phénomènes de la vie sociale, en tant qu'ils dépendent uniquement de cette classe de circonstances, abstraction faite de toute autre influence ; nous n'aurons donc plus ni à ramener ces circonstances, que nous faisons entrer en ligne de compte, aux origines qu'elles peuvent avoir dans tels autres éléments de l'état social, ni à faire la part de ce que peuvent produire certains de ces éléments s'ils interviennent pour contrarier ou modifier l'effet des premières. On peut ainsi constituer une science spéciale, qui a reçu le nom d'Economie politique.

le fait social dans sa généralité, dis- de Mill. Quelle qu'en puisse être 1» tincte de toutes les sciences sociales valeur finale, on peut la croire en particulières, ot qui n'en serait ni tout cas prématurée, si l'on consila simple somme ni môme la syn- dère que la sociologie en est à sesthèse. Cette notion est corrélative à débuts. On ne voit pas qu'une phyl'idée d'une société qui aurait une sique pure, ayant un caractère vraisorte do réalité indépendante des ment scientifique, ait pu se constiindividus, et à laquelle on prête dos tuer avant les sciences physiquesvolontés et des idées existant en spéciales, ni une biologie générale dehors des consciences individuel- avant les études spéciales de physioles, et une telle conception est, nous logie botanique ou animale, l'avons vu, aux antipodes do celle

- METHODK PHYSIQUE

Quelle est donc la raison qui suggère l'idée de séparer cette portion des phénomènes sociaux de tous les autres et de créer une science spéciale consacrée à leur étude ? C'est qu'ils dépendent principalement, du reioîna en premier ressort, d'une seule classe de circonstances; et , Jors mêine que d'autres circonstances interviennent, mIcbI déjà une lâche assez ardue et assez compliquée d'éiblir les efTets dus à cette seule catégorie de circonsir qu'il soit encore utile de f accomplir une fois ^ur toutes, sous réserve de l'effet des circonstances ificatrices ; d'autant mieux que certaines combinailises des premières sont de nature à se reproduire fëquemment en connexion avec une indéiinie variété de irconslaiices de la seconde classe.

' L'Économie politique, comme je l'ai dit ailleurs, « ne s'occupe que des phénomènes de la vie sociale qui résultent de liL poursuite de la richesse. Elle fait entièrement abstraction de tout penchant humain, de tout mobile, I sauf de ceux qu'on peut regarder comme les perpétuels ^tagonistes du désir de richesse, par exemple l'aversion tour le travail et la poursuite des jouissances immédiates |1 coûteuses. Ces passions, elle les fait, jusqu'à un cer- 1 point, entrer en ligne de compte dans ses calculs, 1 de contrarier d'une manière tout ac- [dentelle la recherche de la richesse, comme le font nos Ùilres désirs, elles l'accompagnent toujours pour la gêmpêcher, et que, par conséquent, on ne peut B perdre de vue dans l'étude des faits économiques, e politique considère l'humanité comme exclu- ■ÎVement occupée à. acquérir el à consommer la rtcbesse, r quelle sérail la marche de l'activité des hommes vivant à l'état social, si ce motif, réserve faite de la résistance constante que lui opposent tes deux tendances contraires dont je viens de parler, dominait ahao- . lument toute leur conduite. On y voit les hommes, sous

rinfluence de ce mobile, accumuler la richesse et se servir de cette richesse pour en produire une nouvelle; sanctionner par un contrat mutuel Tinstitution de la propriété ; établir des lois qui empêchent les individus de porter atteinte à la propriété d'autrui par la violence ou la fraude ; adopter différentes combinaisons pour accroître la productivité de leur travail; organiser la répartition à Tamiable des produits, sous l'influence de la concurrence, concurrence soumise elle-même à certaines lois qui sont le principe régulateur ultime de la distribution; on les voit enfin user de certains expédients (monnaie, crédit, etc.) pour faciliter la distribution. Ces opérations, pour la plupart, sont en réalité le résultat de mobiles multiples ; cependant l'économie politique les considère toutes comme découlant du seul désir de richesse. La science économique entreprend ainsi de rechercher les lois qui régissent chacune de ces opérations, en se plaçant dans l'hypothèse où l'homme serait un être déterminé, par une nécessité de sa nature, à préférer en toute occasion une plus grande richesse à une moindre, sauf l'unique restriction qui résulte des deux tendances antagonistes mentionnées plus haut. Ce n'est pas que jamais un économiste ait poussé l'absurdité jusqu'à supposer l'humanité réelle ainsi constituée, mais c'est que telle est la méthode qui s'impose à la science. Quand un effet dépend du concours de plusieurs causes, il faut étudier ces causes une aune et chercher séparément leurs lois, si nous voulons, par les causes, acquérir le pouvoir soit de prédire, soit de gouverner les «ffets ; car la loi de l'effet est la résultante des lois de toutes les causes qui le déterminent. Il a fallu connaître la loi de la force centripète et celle de la force tangentielle, avant de pouvoir expliquer les mouvements de la terre et des planètes et en prédire un grand nombre. Il en est de même s'il s'agit de la conduite de l'homme en société. Pour apprécier comment il agira sous l'influence des désirs

- MXTKODB PBTSigOB

iriées qaî concourent à délerminer

a conduile, il nous faut savoir comiDent il agirait sous

l'influence de chacun d'eus en particulier. Il n'y a peut-

E pas dans la vie d'un homme une seule action qui ne

t sous l'influence directe ou indirecte de quelque mo-

■bile autre que le pur désir de richesse. Quant ans parties

màe la conduite humaine dont la richesse n'est pas le but,

■ et même le principal but, l'économie politique ne prétend

' point que ses conclusions y soient applicables. Mais il y

a aussi, dans les aiTaires humaines, différents ordres d'ac-

livilédont la fin essentielle et avouée est l'acquisilion de

^^ la richesse. Ce sont ces activités dont s'occupe l'Économie

^^^olitique. Son procédé indispensable consiste à traiter

^^Kette fin essentielle et avouée comme si c'était la fin uni-

^Hique; car, de toutes les hypothèses également simples,

^H-e'est celle qui se rapproche le plus de la vérité. L'écono-

^Htniste se demande quelles seraient les actions que ce désir

^^P susciterait si, dans ces différents ordres d'activité, il

exerçait son empire sans partage. Ce procédé permet

d'obtenir de la marche réelle des alTaires humaines dans

ces limites, une connaissance plus approchée que ne le

ferait aucun autre. Il faut alors rectifier l'approximation

ainsi obtenue en faisant leur juste part dans l'effet total

à toutes les impulsions d'un autre genre qu'on peut y voir

inlervenir, en chaque cas particulier. C'est seulement sur

un petit nombre de points importants (comme dans la grave

question du principe de population"} que l'on introduit

ces corrections dans l'exposition même de la science éco-

jiomique; on sacrifie alors en quelque mesure la rigueur

e méthode scientilîquc au souci de l'utilité pra-

iNque. Si donc on sait, ou si l'on peut conjecturer, que la

1(. Mill est u 1> lo plus in:

n • ppiDcipe 1

IV, =h. vil, l 3, aW.).

conduite de l'homme dans la poursuite de la richesse subit rinfluence accessoire de quelque tendance de sa nature autre que le désir d'obtenir le maximum de richesse avec le minimum de travail et de sacrifice, dans la même mesure il devient impossible d'appliquer les conclusions de l'économie politique à l'explication ou à la prédiction des événements réels, à moins d'introduire les modifications voulues pour exprimer la part d'influence afférente à cet autre facteur*. »

Des règles pratiques d'une portée et d'une valeur considérable peuvent se déduire, pour tout état social donné, de propositions générales du genre que nous venons de définir, quoique provisoirement l'on néglige et les déviations dues aux causes variées dont la théorie n'a pas tenu compte, et les effets des transformations progressives de la société. Sans doute c'a été une erreur très commune de la part des économistes de tirer leurs conclusions des données fournies par un certain état social, et de les appliquer ensuite à d'autres sociétés dont les conditions sont en partie différentes; mais, même alors, il n'est pas difficile, en reprenant leurs démonstrations et en introduisant à la place convenable les prémisses nouvelles, d'utiliser dans ce second exemple le même mode d'argumentation que dans le premier.

Par exemple il est courant chez les économistes anglais, lorsqu'ils discutent les lois de la distribution du produit de l'industrie, de se placer dans une hypothèse qui n'est guère réalisée ailleurs qu'en Angleterre et en Ecosse : c'est que le produit « se répartit entre trois classes absolument distinctes : celle des travailleurs, celle [des capitalistes et celle des propriétaires fonciers [landlords]; et que ces trois sortes de personnes sont des agents libres auxquels il est loisible, en droit et en fait, d'exiger de

• Essais sur quelques questions pendantes d'économie politique, p. 137-liO.

r travail, de leur capital, de leur terre, tout le prix qu'ils peuvent en obtenir. Les conclusions delà science, toutes elatives à une société ainsi constituée, sont à reviser si n veut les appliquer à quelque auti-e. Elles aontinapplies propriétaires fonciers sont les seuls capitalistes et si les travailleurs sont leur propriété, comme dans les pays d'esclavage. Elles sont inapplicables quand c'est *Élal qui est presque le seul propriétaire foncier, comme Indes. Elles sont inapplicables quand le travailleur icole est communément propriétaire à la fois de la terre [Idu capital, comme cela est fréquent en France, ou du ifipital seulement, comme en Irlande. » On peut donc sou- ,t, 11 est vrai, reprocher à. bon droit aux économistes l'époque actuelle a de prétendre construire un édifice mmuable avec des matériaux changeants; de prendre ir accordée la permanence d'arrangements sociaux dont un grand nombre ont un caractère variable ou progressif, et d'énoncer, sans plus de correctifs que si c'étaient des l'Vérités universelles et absolues, des propositions qui ne »nt peut-être applicables qu'à ce seul état social où l'auleur s'est trouvé placé n " ; mais tout cela n leur valeur à ces propositions dès qu'on les considère par bapport à l'état social qui les a fournies. Et mÉme, si l'on WuX les appliquer à des sociétés différentes, « il ne faujtrait pas croire que la science soit aussi incomplète et si dépourvue de valeur qu'on pourrait le penser d'après

ce qui précède. Les conclusions , il est vrai , n'en ont souvent qu'une vérité locale; mais la méthode de recherche en est applicable d'une manière universelle, et, comme celui qui a résolu un certain nombre d'équations algébriques peut sans peine résoudre toutes les autres questions analogues, de même quiconque connaît l'économie politique de l'Angleterre et même du Yorkshire, connaît celle de toutes les autres nations, pourvu qu'il ait le bon sens de ne pas s'attendre à voir des conclusions identiques sortir de prémisses différentes. » Celui qui possède, avec toute la précision qu'elles comportent, les lois qui régissent, sous le régime de concurrence, la rente, les profits et les salaires perçus par les propriétaires fonciers, les capitalistes et les travailleurs, dans une société où ces trois classes sont entièrement distinctes, n'aura pas de peine à déterminer les lois très différentes qui régissent la distribution du produit dans tel ou tel des systèmes d'industrie agricole et de propriété foncière que nous avons mentionnés dans la citation précédente *.

§ 4. — l'éthologie politique ou science du caractère national.

Quelles seraient maintenant les autres sciences hypothétiques ou abstraites*^, analogues à l'économiepolitique, qui pourraient se détacher de l'ensemble de la science sociale ? quels autres côtés des faits sociaux sont sous la dépendance assez étroite et assez complète d'une classe spéciale de causes, du moins immédiates, pour justifier la formation d'une science préalable de ces causes, — sauf à ren-

* Les passages cités dans ce paragraphe sont tirés d'un article que Fauteur a publié dans une Revue en 1834.

16. Hypothétiques, puisqu'elles dé- faudrait pouvoir commencer par iso-

termineraient ce que seraient les 1er par abstraction ce facteur spécial

faits sociaux si telle cause spéciale et en déterminer les lois propres, agissait seule; — abstraites, puisqu'il

CHAP. IX. METHODE PBYStQUE

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'oyer à une étude ullérienre la considération des causes ^ï agissent par l'inlermédiaire de celles-là ou concurremment avec elles? Ce sool là des questions que je ne saurais entreprendre de tranclier ici". Cependant, entre ces départements séparés de la science sociale, il en est un que je ne puis passer sous silence, car, par l'étendue et l'importance, il semble dominer toutes les autres subdivisions qu'elle peut comporter. Comme celles-ci, elle n'a directement affaire qu'aux causes d'une seule classe de faits Bociaus; maïs ces faits exercent de près ou de loin Bne inducnce prépondérante sur tout le reste. Je veux parler de ce qu'on pourrait appeler l'Ethologie politique, ou théorie des causes qui déterminent le type de caractère d'un peuple ou d'une époque". De tontes les branches secondaires de la science sociale, c'est celle qui est restée à l'état le plus rudimenlaire. Les causes du caractère national sont encore presque absolument ignorées, et l'efTet

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