‹ La logique des sciences moralesChapitre 87 sur 114 · il est · texte numérisé non relu

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des institutions ou des arrangements sociaux sur le caractère d'un peuple sont, de tous leurs effets, celui qu'en général on remarque et on comprend le moins. Et il n'y a pas lieu de s'en étonner si l'on considère l'état embryonnaire de la science même de l'Ethologie, qui devrait fournir les lois dont les vérités de l'Ethologie politique ne seraient que les conséquences et les applications.

Pourtant, dès qu'on y réfléchit, on voit sans peine que les lois du caractère national ou collectif sont de beaucoup les plus importantes dans l'ordre social. En premier lieu, le caractère qui se forme sous l'influence d'un état social donné est en lui-même le phénomène le plus intéressant que puisse présenter cet état social. Puis, c'est aussi un fait qui joue un rôle considérable dans la production de tous les autres. Et surtout le caractère, c'est-à-dire les opinions, les manières de sentir [feelings] et les habitudes d'un peuple, sont, dans une large mesure, les causes de l'état social qui les suit, bien qu'elles soient aussi le résultat de celui qui les précède ; elles constituent l'agent qui détermine absolument dans leur forme tous les éléments proprement artificiels de la vie sociale, les lois et les coutumes par exemple. Gela est évident pour les coutumes, mais n'est pas moins vrai pour les lois; et cette action s'exerce de deux façons : d'un côté l'opinion publique pèse directement sur les pouvoirs publics, et d'autre part les opinions et la conscience [feelings] de la nation contribuent à déterminer la forme du gouvernement et à façonner le caractère des gouvernants.

Ainsi qu'on pouvait s'y attendre, de toutes les portions du domaine sociologique qui ont été cultivées comme sciences distinctes , la plus imparfaitement connue est la théorie des modifications qu'apporte aux conclusions de ces sciences l'introduction des facteurs éthologiques. Cette lacune ne diminue pas la valeur de ces sciences comme sciences abstraites et hypothétiques; mais elle en

• METHODE l'HYSIQUE

Dompromel l'application pratique pour qui les considère le les fragments d'une science sociale comprélien- Bive. En économie politique, par exemple, les écrivains anglais admettent tacitement telles lois empiriques de la nature humaine qui ne conviennent qu'à la Gi-ande-Bretagne ou au): Etats-Unis. Entre autres choses, ils supposent constamment une intensité dans la con(.'urrence ■ que, en dehors de ces deux pays, on ne rencontre nulle mercial général. Un économiste anglais, comme tous ses compatriotes en général, ne peut [uère imaginer qu'un homme, occupé à vendre ses marhandises sur un comptoir, puisse avoir moins de souci de son profit pécuniaire que de ses aises ou des satisfactions de sa vanité. Pourtant quiconque est au courant des babitudes de l'Europe continentale, sait bien à quel point il est fréquent que des motifs en apparence insignifiants «Onlre-Lalancent le désir de gagner de l'argent, même .lorsqu'il s'agit d'opérations dont le profit pécuniaire est l'objet direct. Plus on approfondira la science éthologique, mieux on comprendra la diversité des caractères individuels et nationaux, et moins nombreuses resteront 'obablement les propositions qu'on se croira en droit d'accepter en toute confiance comme principes universels ^e la nature humaine.

Ces considérations aboutissent, on le voit, à imposer ,nne grave restriction à l'usage de la méthode précédemment décrite. Ce procédé consiste, avons-nous dit, à diviser la science sociale en un certain nombre de compartiments distincts, afin de pouvoir les étudier séparément, sauf à corriger après coup, en vue de la pratique, isions de chacune de ces sciences spéciales, en :.tenant compte de l'apport de toutes les autres. Or il n'y i que certaines classes de phénomènes sociaux dont on puisse faire avec avantage l'objet, même provisoire, de sciences spéciales : ce sont celles où les difi'érences de

caractères entre deux nations ou deux époques n'exercent qu'une influence secondaire. Mais prenons, au contraire, des phénomènes dans lesquels intervienne, à tous les moments de leur production, l'influence de l'état éthologique du peuple, en sorte que l'on ne puisse même grossièrement formuler le rapport des causes et des effets sans prendre ce facteur en considération; les faits de ce genre ne pourraient être avec profit, disons même sans grands inconvénients, étudiés indépendamment de l'Ethologie politique ni, par suite, de toutes les circonstances qui contribuent à déterminer les qualités d'une nation. Voilà pourquoi (et nous en donnerons encore d'autres raisons plus loin) on ne peut constituer séparément une science du gouvernement ; car, de tous les faits sociaux, le gouvernement est celui qui se trouve le plus intimement lié, à la fois comme cause et comme effet, aux qualités caractéristiques de chaque nation ou de chaque âge historique. Toutes les questions relatives aux effets que tendent à produire [tendencies] les différentes formes de gouvernement doivent rentrer dans la science générale de la société, au lieu de pouvoir en former une branche distincte. Il nous reste maintenant à caractériser cette science générale de la société en tant qu'elle se distingue des départements séparés de la science, qui ne fournissent que des conclusions conditionnelles, soumises au contrôle supérieur des lois de la science générale. Comme nous allons le montrer, aucune tentative vraiment scientifique n'est possible sur ce terrain, si ce n'est à l'aide de la méthode déductive inverse. Mais nous ne pouvons encore quitter l'examen des études sociologiques qui emploient la déduction directe, sans nous demander quel rapport existe entre elles et ce procédé indispensable dans toute science déductive : la Vérification par voie d'Expérience spécifique, c'est-à-dire la comparaison entre les conclusions du raisonnement et les résultats de l'observation.

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