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LES LOIS EMPIRIQUES DE LA SCIENCE SOCIALE

Nous avons VU que, dans la plupart des science déductives, et en particulier dans l'Ethologie elle-même, base première de la science sociale, il y a un travail préliminaire à opérer sur les faits observés, pour rendre plus^ rapide et plus précise, quelquefois même pour rendre simplement possible, la comparaison de ces faits avec les conclusions de la théorie. Cette élaboration préparatoire consiste à trouver des propositions générales qui expriment en formules brèves les traits communs à de grandes classes de faits observés; et c'est ce qu'on appelle les lois empiriques des phénomènes. Nous avons donc à nous demander si un procédé préliminaire de ce genre est applicable aux faits sociaux ; s'il y a des lois empiriques en histoire ou en statistique.

En statistique, il est évident qu'on peut quelquefois for* muler des lois empiriques, et cette opération constitue un élément important de ce système d'observation indirecte auquel nous sommes souvent obligés de recourir pour nous procurer les données de la science déductive. La marche de la science consiste à inférer les effets de leurs causes. Mais nous sommes souvent hors d'état d'observer les causes autrement que par l'intermédiaire de leurs effets. Dans ce cas la science déductive est impuissante à prédire les effets, faute de posséder les données indispensables ; elle peut déterminer les causes qui sont capables de produire un effet donné, mais non pas la fréquence ou l'importance relatives de ces causes. J'en trouve à point un exemple dans un journal que j'ai sous les yeux. Un rapport déposé par un syndic de faillites montre dans combien de cas, parmi tous ceux dont l'enquête lui a été confiée, les pertes sont imputables à une mauvaise gestion, dans combien de cas à des mal-

Belot. — La Logique. 8

chances inévitables. La conclusion du rapport, c'est que le nombre des faillites dues à la mauvaise gestion est de beaucoup supérieur au nombre de celles qui proviennent de toutes les autres causes. L'expérience spécifique seule pouvait autoriser une conclusion en ce sens. C'est donc une partie importante de la méthode de recherches en sociologie que d'obtenir par l'observation directe des lois empiriques de ce genre, simples généralisations approximatives.

Le procédé expérimental ne doit pas, ici, être considéré comme ouvrant une voie nouvelle à la découverte de la vérité ; c'est seulement un moyen (et il peut arriver parfois que ce soit le seul valable ou du moins le meilleur) d'obtenir les données dont a besoin la science déductive*'. Lorsque les causes immédiates de faits sociaux ne tombent pas sous l'observation directe, la loi empirique des effets nous donne également une loi empirique des causes; et c'est, dans l'espèce, tout ce que nous pouvons espérer atteindre. Mais ces causes immédiates dépendent de causes éloignées; et la loi empirique, obtenue par ce genre d'observation indirecte, ne peut inspirer confiance, dans son application aux faits non observés, que dans la mesure où nous avons lieu de penser qu'aucun changement ne s'est produit dans les causes éloignées dont dépendent les causes immédiates. Une ■condition s'impose donc pour que les généralisations statistiques, même les meilleures, nous autorisent à inférer {et encore d'une manière toute conjecturale) la validité

19. Sans doute les données do la s'en référer à la déduction causale, statistique peuvent, en faisant apcr- De ce que, par exemple, on conscevoir des rapports inattendus entre tato que les célibataires vivent en ■certaines séries de faits sociaux, sus- moyenne moins vieux que les gens citer des hypothèses et des recher- mariés, on ne saurait, remarque <;hes nouvelles. Mais il reste que rien M. Spencer {Introduction à la science n'est plus difficile que d'interpréter sociale, p. 98), conclure immédiateune statistique, et que pour cela il ment que le mariage soit une cause de faut toujours, comme le veut Mill, longévité.

CHAP. IX, MBTHODB FHYSigUS

^'une mËme loi empirique dans un cas nouveau : c'est que

tous connaissions bien les causes plus éloignées; nous

hequerions autrement d'appliquer la loi empirique à de»

s qui présenteraient certaines différences sur quelqu'un

Iles points dont la yérilé de la loi dépend en dernière

inalyse. Ainsi, lors inérae que les conclusions tirées de

LTespérience spécilique peuvent servir à des inférenccs

Epratiques dans des cas nouveaux, il faut que la science

lëductive exerce sur toute l'opération une surveillance

agitante; il faut en invoquer constamment le contrâle et

a obtenir la sanction pour chaque inférence.

observation s'applique à toutes les généralihtions qu'on peut fonder sur l'histoire. Non seulement il s généralisations de ce genre, mais, comme nous le Pinontrerons à l'instant, la science générale de la société, dont la tâche est de rechercher les lois de succession et de coexistence régissant les grands faits qui constituent l'état Bocial et la civilisation d'une époque quelconque, ne saut procéder que par généralisations de cette sorte; elle ^ ensuite à les confirmer en les reliant aux lois psychologiques et éthologiques dont elles doivent réellement

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