QU*APPELLE-T-0N UN ÉTAT DE SOCIÉTÉ
Pour arriver aune idée exacte de l'objet de cette science générale, et la distinguer des branches subordonnées de
la spéculation sociologique, il faut fixer les idées attachées à cette expression : « un état de société » [a state of so^ ciety]. On appelle ainsi Tétat, en un même moment, de tous les faits ou phénomènes sociaux les plus importants. Tels sont le degré d'instruction, de culture intellectuelle ou morale atteint par la communauté ou par chacune des classes qu'elle comprend; Tétat de l'industrie, de la richesse et de sa répartition ; les occupations ordinaires du groupe social, sa division en différentes classes et les rapports de ces classes entre elles; les croyances communes qu'elle admet sur les questions qui intéressent le plus l'humanité et la force de la conviction avec laquelle on y adhère ; ses goûts, et le caractère comme le niveau de son développement esthétique; la forme de gouvernement adoptée, les principales lois ou coutumes, etc. La condition de ces différents facteurs et d'un grand nombre d'autres dont l'idée se présentera facilement à l'esprit, voilà ce qui constitue l'état de société ou l'état de civilisation à une époque donnée.
Quand on parle des états de société et des causes qui Jes produisent comme d'un objet de science, on admet implicitement qu'il existe une corrélation naturelle entre ces différents éléments; que les diverses combinaisons de ces faits sociaux généraux ne sont pas toutes possibles, mais seulement certaines d'entre elles; qu'il existe, en un mot, des uniformités de coexistence* entre les états de ces dif-
1. Mill distingue (III, xxii) deux couleur noire et des cheveux crépus
sortes d'uniformités de coexistence : chez le nègre). Dans ce dernier cas
■celles qui ont leur fondement dans les uniformités de coexistence cons-
la causalité (par exemple les diflc- titucnt ce qu'on appelle un genre. Il
rents niveaux simultanés de la marée est aisé de voir que ce n'est pas de
en différents points du globe), et cel- cette dernière sorte que sont les uni-
les, au contraire, qui restent à l'état formités de coexistence que Mill ap-
de faits primaires, non explicables pelle des états de société, puisqu'il
par un rapport causal direct des élé- les explique par l'influence mutuelle,
mcnts entre eux ni par leur relation le consensus des éléments. Un peu
■causale à une condition commune plus bas, il s'explique très nette-
•(par exemple la simultanéité de la ment à cet égard. C'est ce que con-
terents phénoraènesi sociaux. C'est bien, en effet, ce qne n'on constate; et c'est d'ailleurs une conséquence niîces- ~«aire de l'influence mutuelle qu'exercent tous ces phénomènes les uns sur les autres. C'est un Tait impliqué dans le consensus de toutes les parties du corps social '.
â états de société sont comparables à ce que sont, pour le corps, les différents tempéraments ou les différents :e sont des manières d'être, nond'un organe, d'une fonction ou de plusieurs, mais de l'organisme dans son insemble. Par conséquent, les renseignements que nous possédons sur le passé ou sur les difTérenls états sociaux Ictuellemenl existants dans différentes régions du globe Moivent nous révéler, moyennant une analyse convenal^le, certaines uniformités. On découvre que si un certain ■élément de la vie d'une société se présente sous une forme particulière, un certain nombre d'autres éléments se prébeenteront, toujours ou d'ordinaire, sous une forme corrélative plus ou moins rigoureusement déterminée '.
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Mais les uniformités de coexistence qui se manifestent dans les phénomènes produits par certaines causes doivent, comme nous l'avons déjà fait si souvent remarquer^ être les corollaires des lois de causation qui président en réalité à la détermination de ces phénomènes. La corrélation mutuelle des éléments, dans chaque état social, est donc une loi dérivée, résultant de celles qui règlent le passage d'un état social à l'autre; car la cause prochaine de tout état social est l'état social immédiatement précédent*. Le problème fondamental, dans la science sociale, est donc de trouver les lois selon lesquelles un état social produit l'état qui le suit et le remplace. Il soulève donc la question importante et controversée du caractère progressif [progressiçeness] de l'homme et de la société, caractère dont l'idée est impliquée dans toute conception juste des phénomènes sociaux considérés comme objet de science.
§ 3. — DU CARACTÈRE PROGRESSIF DE l'hOMME