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LE RAISONNEMENT INCONSCIENT

II. Les transformations. — Je désigne sous ce nom la mélaniorphosc d'une forme d'émolion en une autre qui paraît s|)écifiquemcnl dilVérenle. C'est un changement à incubation lente qu'il est impossible de réduire à une seule formule et que Ton comprendra mieux par une énumération de faits. Avant d'en donner des exemples, j'indique quelques modes de transformation qui ne sont pas à classer sous cette rubrique.

J'élimine d'abord des changements fréquents dans la vie ordinaire et que le langage désigne sous ce nom : l'amour transformé en haine ou inversement, la prodigalité en avarice, le prosélytisme en indifférence. Ces cas me paraissent assimilables à une forme embryonnaire et très partielle de conversion.

J'écarte encore les transformations apparentes qui frappent beaucoup l'attention et donnent le change aux esprits peu observateurs : par exemple, le fanatisme religieux devenant un fanatisme irréligieux ou un fanatisme politique. Pour le spectateur du dehors qui s'en tient au fait brut, il y a une transformation complète ; pour celai qui voit le mécanisme intérieur, il y a plutôt permanence. La poussée affective — tendance, désir, émotion, passion — reste la même quant à son intensité ; elle ne fait que se décharger dans une autre voie ; comme l'effort musculaire de mon bras, selon qu'il arrache une racine ou tire un coup de revolver. Le seul changement est dans l'appréciation, dans les jugements de valeur et finalement dans le contenu intellectuel, dans le but qui prévaut. Une

nouvelle croyance a surgi, c'est-à-dire un système de représentation (|ui, né de la réflexion ou des circonstances extérieures, exerce sa maîtrise sur l'individu. C'est un cas de conversion partielle, un peu difi*érent des conversions complètes qui s'affirment par le cahne et la stabilité.

Les transformations que j'attribue, par hypothèse, à une logique inconsciente ne ressemblent en rien aux conversions. Il s'agit d'une émotion d'un genre déterminé et supposée fixe, qui se rapproche lentement d'une forme voisine, mais spécifiquement diff'érente et finit par lui ressembler. Cette transformation n'a lieu que pour les émotions complexes, telles que l'amour paternel, l'amour conjugal, etc. Ces formes de la vie aff'ective sont considérées comme des types à peu près fixes, ayant des marques distinctives qui leur sont propres : d'abord leur objet ; puis certains caractères physiques que les psychologues ont décrits. Or, il arrive que parfois elles perdent peu à peu les caractères spécifiques et subissent une métamorphose — ordinairement incomplète — en un autre type. Ce phénomène mériterait une étude particulière que nous ne pouvons faire en passant. Il suffît à notre but d'en donner quelques exemples.

Observation L — M... tempérament d'artiste, très Imaginatif, n'a pu suivre sa vocation par suite d'une catastrophe financière, a subi en maugréant une carrière administrative. — Sa femme, jolie, suffisamment instruite et intelligente. — Sa fille, unique, née sur le tard, douée de facultés intellectuelles et morales très remarquables.

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