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CHAPITRE VI

L'introspection dans les maladies mentales

Nous avons étudié au point de vue psychologique le rôle de Tanalyse mentale dans la vie psychique pathologique. Nous avons aussi cherché à définir le rôle et l'importance' de diverses orientations que pouvait prendre cette analyse mentale. Nous avons montré qu'elle peut se concentrer soit sur le sujet lui-même, soit sur le monde extérieur. Mais là encore il faut faire des distinctions. Dans le premier cas le sujet porte tantôt toute son activité d'analyse sur son moi organique, tantôt sur son moi psychique, en voulant dire par là qu'il étudie en eux-mêmes ses actes psychiques en tant que phénomène de psychologie. Lorsque ses investigations portent sur le milieu extérieur, il faut encore distinguer d'un côté le milieu social, les actions et réactions de la société; de l'autre, le milieu cosmique et les différents et variés phénomènes de la nature.

Nous avons ainsi décrit quatre sortes de délires, l'un par introspection somatique, l'autre par introspection mentale, un troisième par extrospection, enfin en dernief lieu, le délire de métaphysique.

Nous aurions peut-être dû réserver une place pour un délire qui consisterait dans une explication erronée des phénomènes de la nature, visant une explication, une classification quelconque, mais à qui il manquerait des points de repère précis et chez lequel il y aurait une insuffisance notoire des moyens de contrôle des faits avancés, et reconnus comme démontrés. Ce dernier pourrait s'appeler le délire scientifique. .

De ces différentes orientations Tesprit ne sort pas ; ce sont là toutes les directions, toutes les portes ouvertes à ses constructions mentales, qu'il s'agisse d'une œuvre géniale ou d'un simple délire. L'esprit normal comme l'esprit pathologique ne va pas dans les manifestations de son activité en dehors de ces diverses investigations et orientations.

Nous voulons maintenant faire une étude moins, générale et nous restreindre davantage à la pathologie. Nous voulons également limiter notre champ d'études et de recherches à l'analyse qui porte simplement sur le sujet. Nous allons passer en revue l'activité mentale morbide et examiner particulièrement l'introspection dans les maladies mentales.

L'introspection avec toutes ses variations et ses fluctuations joue un rôle important dans la vie psychologique, soit normale soit pathologique. Nous voulons ici insister sur les modifications et les changements de ses modalités dans les différents troubles psychiques étudiées en psychiatrie. Nous n'appuyerons pas nos descriptions sur des exemples particuliers. Le problème est tellement général qu'un cas isolé n'en avancerait pas la solution. Nous ferons appel aux descriptions admises par tous les auteurs et sur lesquelles tous sont à peu près d'accord. Ces tableaux morbides sont décrits soit dans la plupart des manuels de psychiatrie, soit dans les nombreux articles écrits sur les maladies mentales.

Pour conduire cette étude il n'est pas possible de prendre plus ou moins au hasard dans les classifications nombreuses de la psychiatrie les différentes affections mentales reconnues par les divers auteurs, et sur lesquelles tous ne sont pas d'accord. Il résulterait de ce plan une étude disparate, un manque d'ordre et de la confusion dans l'exposition de nos considérations. Des redites longues et nombreuses deviendraient également inévitables. Il est préférable, croyons-nous, de diviser les maladies mentales en groupes le moins nombreux et le plus homogènes possibles, et d'étudier dans chacun d'eux le rôle et l'importance de l'introspection.

Nous diviserons les diverses maladies mentales en trois groupes ; dans le premier rentreront toutes les affections reconnaissant comme cause une lésion anatomique grossière, comme la paralysie générale, les. diverses lésions décrites sous le nom de circonscrites, les différentes démences ; dans le second tous les états caractérisés par de la confusion dans les idées, une disparition de lien logique entre elles, aboutissant à une véritable fantasmagorie se déroulant comme en un kaléidoscope confus et brouillé au milieu de laquelle Tétat mental désorienté semble avoir perdu tout équilibre et paraît dans un désarroi plus ou moins complet. Enfin dans une troisième catégorie viennent tous les cas décrits par les auteurs sous les noms de folie raisonnante, folie lucide dans lesquels la puissance de logique semble peu atteinte, où l'analyse mentale est à peu près totalement conservée, le plus souvent exagérée, où le malade poursuit un système plus ou moins logique et bien coordonné, mais dans lesquels il accomplit une construction plus ou moins délirante avec un pouvoir de synthèse plus ou moins bien dirigé et plus ou moins équilibré.

Dans le premier groupe ce que Ton observe au premier chef c'est une désagrégation plus ou moins rapide ; plus ou moins complète de l'état mental du sujet.

Ce qui caractérise l'état mental, c'est une niai-

série particulière, une déchéance de la mémoire, absence de jugement et de raisonnement. Les images mentales se succèdent sans lien logique ; elles ne sont soutenues et défendues par aucun point de repère ou de contrôle, leur coefficient représentatif et émotif s'affaiblit de plus en plus pour à la fin être à peine estompé et sur le point de se fondre et de disparaître. Dans ces conditions l'analyse mentale ne s'exerce pas. L'introspection est diminuée, le plus souvent elle disparaît assez rapidement. Ce que l'on remarque surtout dans de tels troubles mentaux c'est une niaiserie particulière, et les troubles psychologiques d'un état mental qui se désagrège et tend à disparaître.

Le délire mégalomaniaque des paralytiques généraux remarquable par sa niaiserie ne résulte pas d'une introspection exagérée comme pourraient le penser ceux qui ne voient que les symptômes grossiers, et qui concluent que du moment que les malades sont « le centre du monde ^ c'est qu'ils pensent surtout à eux et passent leur temps à s'examiner. Ici il n'en est rien; c'est justement parce que les sujets n'usent plus de leur introspection et des comparaisons de ses données avec celles du monde extérieur qu'ils aboutissent à un délire mégalomaniaque stupide et insignifiant.

On pourrait en dire autant des divers états de démences, de l'idiotie, des lésions cérébrales circonscrites. Sans doute le délire est différent ici, la niaiserie est moindre, la mégalomanie n'eSt plus la donnée la plus fréquente du délire. Néanmoins

le pouvoir d'introspection est généralement très diminué; le malade ne s'ex^amine ni ne s'introspecte plus.

Nous n'insisterons pas davantage sur ces différents états dans cette rapide revue sur l'introspection dans les différentes maladies mentales. Nous désirions simplement les citer pour les éliminer du cadre de notre étude.

Dans le second groupe rentrent les diverses affections, les divers troubles pathologiques semblables et comparables à ceux que l'on obtient après l'absorption de certains poisons.

Ces délires sont caractérisés soit par une idéation particulièrement vagabonde, décousue et disparate en rapport avec une rapidité motrice vertigineuse, traduction plus ou moins fidèle de l'état mental ; soit par de la confusion dans les idées caractérisée par une évolution plus ou moins rapide d'images mentales, se succédant estompées, affaiblies dans leur coefficient représentatif devenu embrouillé, uniforme, confondu avec celui d'autres images plus ou moins différentes ; soit par un affaiblissement des images mentales dont le coeffcient représentatif diminue jusqu'à disparaître à peu près totalement, ne laissant plus subsister que le coefficient émotif, le plus généralement triste.

Dans ces cas aussi, le rôle de l'introspection dans la vie mentale du sujet est également très réduit et

parfois est à peine ébauché et estompé. Le sujet ne peut plus s'examiner* ni s'analyser. Il est comme étonné devant la multitude des idées et des images qui se déroulent et fuient devant lui avec une telle rapidité dans les changements de leurs tableaux successifs que son état mental est dans ladésorientation et le désarroi .

Le moi, Tactivité mentale est submergé sous cette avalanche irrésistible, vertigineuse d'images disparates, incohérentes, associées, sans lien logique, qui se succèdent, se chassent, se culbutent, se détruisent et s'anéantissent sans trêve ni discontinuité, et le moi, désemparé, est balloté comme une épave par les flots tumultueux d'idées successives qui le submergent et ne lui permettent aucune activité, ni aucune résistance à la tempête qui l'annihile. Ou bien les images se succèdent sans aucun lien logique et semblent évoluer en dehors de la sphère active du sujet qui est comme noyé, aboli et sans influence sur les états mentaux illogiques et disparates qui envahissent successivement et plus ou moins rapidement le champ de la conscience. Enfin parfois le coefficient représentatif des images mentales est plus ou moins diminué ainsi que l'activité mentale du sujet, ou le moi actif; dans certains cas ils sont l'un et l'autre à peu près totalement abolis; cependant le coefficient émotif n'en est en rien troublé et amoindri, parfois même il en est augmenté, exagéré.

Dans ces conditions, le moi actif constamment troublé dans son activité est incapable de diriger

ses analyses soit sur le monde extérieur,^ soit sur lui-même. Il n'y a plus d'analyse mentale pour le sujet, d'où plus d'introspection ni d'extrospection : le moi pensant semble annihilé devant l'image mentale, il semble absorbé et englouti par l'objet de la pensée. Les images mentales isolent et occupent à elles seules le champ de la conscience ; elles le gouvernent et y régnent en maîtresses. L'activité psychique est détrônée et ne dirige plus le champ de la conscieince.

Là encore il n'y pas à insister sur le rôle de l'introspection dans ces divers états. Il fallait simplement les signaler pour les éliminer et montrer qu'en raison de leur constitution et de leur mécanisme psychologiques, l'introspection ainsi que toute analyse mentale était exclue de ces divers états psychopathiques, dans lesquels il lui est impossible de jouer son rôle normal ; elle y est toujours plus ou moins diminuée, parfois même complètement abolie.

11 nous reste à parler maintenant du troisième groupe, de la catégorie des sujets qui, dans leur système pathologique, dans leur construction délirante, n'ont pas perdu l'habitude de raisonner ni de juger ; ces sujets arrivent par la voie des processus psychologiques habituels et pour ainsi dire normaux à des résultats étranges, délirants, simplement parce qu'ils manquent de points de repère

et de contrôle suffisants, de points de comparaison et de force de synthèse nécessaire. Chez eux on trouve normaux les principaux processus psychiques ; il n*y a pas qu'un défaut d'orientation mentale.

Tous ces cas de troubles psychopathiques ne sont pas les mêmes. Il y a des divisions à poursuivre, des catégories à faire. Sur quoi établir la diversité de ces choses ? Se basera-t-on sur l'idée délirante, sur la forme symptomalique ?

Comme nous l'avons déjà dit ailleurs la couleur du délire ne signifie rien. Le phénomène est trop grossier. Il faut établir des distinctions ayant des bases et des fondements plus généraux, plus profonds et plus solides. On s'adressera au mécanisme psychologique, aux processus mentaux qui ont conduit le sujet à la construction délirante qu'il a échafaudée. Et pour établir des différences, il faudra rapporter la structure des différents phénomènes mentaux à un point de comparaison qui servira de critère. Nous proposons de choisir ce critère dans l'un des éléments qui peut servir à différencier les cas de cette catégorie de ceux des deux catégories précédentes, en un mot dans ranalyse mentale. Mais c'est là une notion trop vague et trop floue et qui s'applique à tous les cas en général rentrant dans ce cadre psychologique, il n'y aurait entre eux de la sorte qiie des différences de quantité, ce qui n'aurait pas de valeur dans un ordre de phénomènes qui ne peuvent pas être mesurés, ni calculés en valeur quantitative.

Il nous faut donc trouver un terme plus précis, qui puisse servirde premier jalon de catégorisation. Nous proposons une forme de l'activité de l'analyse mentale, t introspection.

Dans la vie normale, comme dans la vie pathologique, l'introspection occupe une place considérable, et c*est à elle que tous les phénomènes de conscience pourraient être ramenés. C'est un des points de repère, et même le point de repère le plus important de la vie mentale. En raison de sa haute portée psychologique, nous proposons donc de le prendre comme point de comparaison ou ramener l'activité psychique, l'analyse mentale des divers ordres de sujets atteints plus ou moins de troubles psychopathiques.

, Cette introspection si importante que devientelle, comment se comporte-t-elle dans les divers cas, dans les divers groupes de cette dernière catégorie ?

Il faut dans cette étude faire d'abord une première division et envisager les délires que les auteurs ont décrits sous les noms : d'un côté, de délires non systématisés, et de l'autre, de délires S) stématisés.

Dans la première catégorie rentrent surtout les délires étudiés sous le nom de polymorphes, dans lesquels le thème ou le canevas du délire est plus ou moins variable et plus ou moins changeant dans le temps. Ici le rôle de l'introspection est variable. Tantôt le sujet dérouté et désorienté essaye de se ressaisir en portant son analyse sur

lui-même, en usant de son pouvoir d'introspecition, tantôt il cherche une cause extrinsèque, il dirige ses investigations sur le monde extérieur, il fait alors de Textrospection ; le plus souvent ses analyses portent à la fois et sur le monde extérieur et sur lui-même, il fait à la fois de l'introspection et de l'extrospection ; et la forme et la couleur de son délire varient suivant qu'il dirige son activité psychique vers tel ou tel mode de ces formes d'analyse mentale.

Ce qui ici fait la caractéristique de ce délire c'est le fait que l'activité mentale du sujet se dirige d'une façon plus ou moins versatile et plus ou moins rapidement, soit sur lui-même, soit sur le monde extérieur, aboutissant ainsi pendant des intervalles différents et espacés à des systèmes délirants, qui se détruisent mutuellement et sont remplacés les uns par les autres sans présenter d'unité et de fixité dans la durée.

Sans même que l'activité mentale sorte du domaine de l'introspection il peut cependant y avoir délire polymorphe lorsque les points, sur lesquels se porte l'introspection, sont plus ou moins variables et plus ou moins rapidement variables. Lorsque la construction délirante, tout en ressortissant toujours à une activité mentale introspective, n'a pas d'objet fixe, sur lequel elle échafaude tout un système stable et immuable, mais se porte sur des points plus ou moins dispaparates, et plus ou moins mobiles dans le temps, il y a également délire polymorphe.

C'est donc surtout de la durée et de la stabilité de la direction de l'activité mentale sur un thème déterminé, que dépend le plus ou moins de systématisation d'un délire, et non de la direction de cette activité, en un mot, c'est la variation de la direction de l'activité mentale non seulement dans ces deux modes introspectif et extrospectif, mais encore dans un même mode purement introspectif ou purement extrospectif. C'est donc la variété et le changement de la direction de l'activité mentale que l'on retrouve dans cette forme psychopathique.

A côté de ces formes délirantes où l'activité mentale n'a pas de direction stable et univoque il faut placer les formes dans lesquelles la direction se fixe sur un point déterminé et forme autour de ce thème ou canevas tout un système, toute une construction et un échafaudage délirants. Ici la direction est stable et univoque..

Dans une première catégorie l'analyse mentale est dirigée sur le moi, c'est la variété de délire par introspection. Mais là encore l'introspection peut se porter soit sur le corps, l'état somatique, soit sur l'état mental et les phénomènes de conscience.

Dans le premier cas le sujet qui, à la suite d'une cause plus ou moins indéterminée, éprouve une désorientation et un désarroi dans le champ de sa conscience essaye à se ressaisir et porte son acti* vite mentale sur sa constitution organique qu'il examine tantôt avec inquiétude, tantôt avec éton* nement ou angoisse.

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L analyse minutieuse à laquelle il se livre lui permet de découvrir des sensations normales, qui jusqu'ici lui étaient demeurées inconnues simplement parce qu'il ne les avait pas cherchées et qui du jour où une analyse attentive les lui révèle forment pour lui tout un thème délirant, qu'il essaye à corriger par un examen plus intime et plus attentif, qui ne fait qu'apporter des sensations plus ou moins inattendues, résultat des nouvelles recherches dans un champ encore inexploré. Elle apporte un nouvel aliment, de nouvelles données au délire, qu'elles ne font qu'augmenter et systématiser au lieu de tendre à sa diminution et à sa disparition. Le sujet fera donc sur ces nouvelles données tout un thème plus ou moins logique, plus ou moins précis et détaillé. 11 édifiera toute une construction délirante. Selon l'interprétation qu'il fera des données nouvelles qui lui parviennent, selon l'orientation qu'il imprimera à la construction délirante, il aboutira à des conclusions différentes, conclusions qui n'entament en rien la pathogénie de ce délire, et la succession des pro cessus psychologiques qui en forment la base et la condition ; cependant en raison des apparences et des dissemblances symptomatologiques les avaient désignés dans la nomenclature psychiatrique sous les épithètes différentes, et les aient fait rentrer dans des classes à part, ainsi délire hypocondriaque, délire des négations, etc. Nous n'insistons pas sur les formes plus ou moins modifiées de ce délire, qui varient avec les différents sujets et sur

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lesquelles nous n'avons pas Tintention d'insister, noire but étant tout autre.

L'activité mentale, tout en continuant de se porter sur la personnalité active, sur le moi, peut s'adresser au moi moral et intellectuel. Dans ces conditions, le sujet étonné et désorienté, en voulant lui aussi se ressaisir, est amené à examiner de près et aussi attentivement que possible son état mental. Chaque souvenir, chaque pensée sont examinés, étudiés, comparés, soumis à Texamen de la plus étroite et de la plus stricte critique ; le sujet perd d'ailleurs facilement pied dans cette voie vertigineuse, il en arrive artificiellement à s'isoler au milieu de ses états de conscience, à séparer son activité mentale de ses élaborations continuelles ; il se considère en dehors de ses états de conscience ou plutôt ses états de conscience en dehors de lui ; et il les regarde en étranger évoluer et se développer devant son moi étonné et stupéfait, parfois curieux et angoissé. 11 en arrive ainsi à un dédoublement de la personnalité ou à des hallucinations psychiques et surtout psycho-motrices ; à moins qu'il n'aboutisse à un délire d'auto-accusation plus ou moins apparent et complexe. Nous n'insistons pas sur toutes les variétés cliniques pouvant résulter de ce trouble psychologique. Ce qui nous intéresse surtout, avons-nous dit, c'est le mécanisme psychologique, les processus mentaux plus que le résultat spécial variable et différent, suivant chaque cas particulier.

L'activité mentale peut se diriger et se porter

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ailleurs que sur le sujet, el s'appliquer au monde extérieur. Le plus souvent c'est sur le milieu social ou psycho-social qu'elle se dirige et s'arrête ; les moindres détails sont relevés, discutés, interprétés. Le sujet trouve ainsi matière à tout un délire dont les éléments justes en particulier le conduisent par un défaut de points de repère, et de critique suffisante à une construction pathologique et délirante. Ainsi le sujet est conduit soit à un délire de persécution, soit à un délire de mégalomanie ou tout autre forme délirante particulière et spéciale aux différents cas, qui relèvent tout du même mécanisme mental, des mêmes processus psychologiques.

Tous ces cas seront mieux appréciés par les exemples que nous fournit la clinique journalière, que par les descriptions plus ou moins détaillées et toujours plus simples et moins complexes que la réalité des faits. 11 suffit d'esquisser l'allure de ce trouble mental pour faire comprendre la genèse et le mode de production des diverses affections psychopatiques plus ou moins disparates, quant à leur couleur et à leur aspect symptomatique comprises dans cette classe nombreuse et fréquente en clinique des délires par extrospection.

Cette activité d'analyse n'est souvent pas spéciacialisée à l'introspection où àl'extrospection. Il arrive qu'elles s'étendent à la fois à l'une et à l'autre ; et selon que le sujet portera ses investigations avec le plus d'insistance soit en durée, soit en intensité sur le monde extérieur ou sur sa personnalité,

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Textrospection ou Tintrospection sera plus ou moins apparente et prenant le pas sur Tautre la masquera plus ou moins en raison de la différence de leur intensité; lorsque l'activité d'analyse aura une intensité à peu près égale dans ces deux directions introspectives et extrospectives on aura un délire par introspection et par extrospection. Enfin il arrive qu'en dirigeant toute son activité mentale sur le monde extérieur social ou cosmique le sujet arrive à confondre son activité mentale avec ses états de conscience, il se confond ainsi avec ses représentations, le moi n'arrive plus à se distinguer de lobjet de sa pensée. Perdu et noyé pour ainsi dire dans le milieu psycho-social ou psycho-cosmique le sujet se répand au dehors et aboutît à cette variété de délire que nous avons appelé « délire de métaphysique. »

Dans la courte esquisse que nous avons tracée du rôle, de l'importance et de la valeur de l'introspection dans les différents groupes morbides de la psychiatrie, nous avons vu que ce critère peut servir de point de repère et de comparaison dans l'étude psychologique des processus mentaux, qui caractérisent chaque forme spychopathique particulière. L'introspection pourrait ainsi être le pivot autour duquel graviteraient les divisions principales, primordiales d'une classification psychologique des maladies mentales.

Dans un premier groupe on voit le pouvoir d'introspection diminuer, Tactivité d'analyse mentale devenir moindre, la cause résidant dans un affaiblissement intellectuel, dans une diminution du coefficient soit représentatif soit émotif des images mentales et dans une imperfection de plus en plus marquée dans leurs associations plus ou moins logiques. Ainsi en est-il lorsque les lésions anatomiques soit accidentelles soit congénitales provoquent les conditions psycho-physiologiques par lesquelles ces troubles mentaux peuvent se constituer et évoluer.

Dans un deuxième groupe les sujets également n'usent pas de leur introspection. Mais ici la cause, au lieu d'être dans un affaiblissement du coefficient soit représentatif, soit émotif des images mentales ainsi que dans l'imperfection de leurs associations, réside soit dans une succession tellement rapide des idées dans le champ de la conscience qu'elle ne permet plus au 4c moi » de se ressaisir et l'entraîne dans un tourbillon vertigineux qui le désoriente et l'annihile; soit dans une perturbation profonde du coefficient émotif et représentatif des images mentales et dans un trouble et un désarroi marqués dans leurs associations logiques et régulières ; soit dans l'adjonction inéluctable d'un coefficient émotif monotone et persistant qui fait corps avec toute image mentale et lui forme le revêtement, avec lequel elle apparaît à la conscience. Ici le coefficient émotif finit par masquer le coefficient représentatif, qui passe au second plan, alors que le premier

accapare le champ de la conscience et y règne seul en souverain.

Enfin dans un troisième groupe le sujet use de son introspection. Mais là encore de nouvelles divisions peuvent s'établir ; tantôt Tintrospection et aussi l'extrospection, tout en s'exerçant, n*ont pas de direction univoque, d'objet et de point fixes sur lesquels elles s'arrêtent et se fixent, véritable centre autour duquel tous les états mentaux sont orientés; ses directions, ses objectifs sont variables, changeants, mobiles. Dans une autre catégorie l'analyse mentale se fixe, et se polarise sur un point déterminé, et alors tantôt se porte sur la personnalité soit physique soit morale du sujet, soit sur les deux à la fois constituant ainsi un délire par introspection, soit somatique soit mentale; tantôt l'introspection est remplacée par l'extrospection qui se porte soit sur le milieu cosmique, tantôt l'introspection et l'extrospection s'exercent à la fois et dans des rapports réciproques plus ou moins variables. Enfin dans une dernière catégorie l'extrospection paraît s'exercer seule, régner en maîtresse, l'introspection faisant absolument défaut, semblant totalement absente, à tel point que le sujet n'ayant pour ainsi dire aucune vie mentale, qui lui soit propre, qui lui fasse une personnalité, se confond avec l'objet de sa pensée, et s'extériorise avec ses images mentales dans le monde extérieur.

Nous donnons ici le schéma d'une classification possible des troubles psychopathiques, au point de vue de l'usage que les sujets font de l'analyse men- "

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taie. I^oùs avons laissé de côté et à dessein la catégorie des maladies mentales, dans lesquelles rintrospection n'existe presque pas.

Cette classification uniquement psychologique des troubles psychopathiques ne fait pas intervenir de facteurs étrangers dans Tanalyse des phénomènes mentaux, elle prend son critérium dans Tordre même des faits qu'elle analyse et qu'elle étudie. Elfe se dégage également de la forme phénoménale, pour saisir par l'étude et la connaissance des processus mentaux et du mécanisme psychologique des rapports plus constants entre les phénomènes psychiques et grâce à leur abstraction et leur degré de généralisation elle permettra peut-être d'arriver à de véritables lois scientifiques (i).

Nous venons d'essayer d'esquisser le rôle que l'analyse mentale jouait dans certains troubles psychopathiques. Il reste encore à préciser certains éléments.

Dans cette étude nous avons étudié le mécanisme du trouble psychique, nous avons montré comment il se formait et de quel mécanisme dépendaient les délires observés. Ce côté particulier de la question, si important pour la compréhension de la construction psychologique morbide, est cepen-

(i) M. Ë. Toulouse dans son travail sur la Classification des maladies mentales (Revue de Psychiatrie, 1900, n* 2, p. 35-51), est l'auteur qui a Je premier fait une classification se basant sur des phénomènes psychologiques. Le lecteur trouvera dans ce travail des remarques précises et pleines de logique. Nous reviendrons sur ses données psychologiques dans un mémoire, qui doit paraître sous peu, sur La classification des délires.

dant insuffisant pour expliquer toutes les conditions du phénomène ; nous n'étudions ainsi que le mécanisme de la construction pathologique, nous n'en étudions pas les causes profondes, qui pourront aider à définir le critérium capable de différencier la construction délirante de l'œuvre de génie ou de haute portée. Sans doute nous avons esquissé les conditions dans lesquelles se développaient les troubles délirants, mais nous n'avons pas, nous semble-t-il, insisté suffisamment sur les conditions dans lesquelles ce trouble se développait et évoluait, conditions dans lesquelles évoluaient et se développaient toutes ces constructions psychologiques morbides.

Ces quelques considérations disséminées çà et là au cours de développements différents n'ont pas été réunies et synthétisées de façon à être séparées et mises en relief comme elles le méritent par leur importance, qui leur donne un rôle de premier ordre dans la genèse et les conditions de développement de la construction psychopathique et du système délirant. Nous voulons maintenant les mettre en vedette et leur donner toute leur signification psycho-pathologique.

Remarquons tout d'abord que pour l'édification d'un délire, il faut plus qu'une simple analyse mentale exagérée et poussée à l'excès. Il semble que ce qui différencie les conceptions de quelque portée

des œuvres intellectuelles banales c'est précisément le degré d'analyse mentale, de sagacité que Fauteur ou le sujet y apporte.

L'analyse mentale paraît donc être la condition du progrès dans le domaine intellectuel et psychique, et non la cause de troubles psychopathiques plus ou moins profonds. Dans ces conditions, il y a un élément de plus, dont l'importance est primordiale, qui forme une barrière entre l'oeuvre de quelque portée et la conception délirante ; et si l'aspect extérieur de l'analyse mentale semble entrer en jeu dans les deux cas, il y a dans les deux une différence capitale dans les conditions psychologiques dans lesquelles s'effectue le développement de la construction mentale ; il y a une orientation psychique totalement différente ; cette orientation de l'esprit si différente dans les deux cas, forme à nos yeux la véritable différence, la vraie barrière entre ces deux états si dissemblables.

Nous ne voulons pas apporter ici d'observations personnelles. Les cas dont il est question sont tellement fréquents qu'ils en sont banals ; et un certain nombre de faits destinés à appuyer nos constatations et nos conceptions n'avanceraient guère la question. Car ils n'ont rien de rare, et chaque lecteur pourra puiser dans les souvenirs de ses examens d'aliénés des tableaux, qui lui viendront à la mémoire en plus grand nombre et avec plus de précision et de netteté que ceux que nous pourrions donner et décrire pour appuyer et échafauder nos conceptions.

Étudions Télat mental qui accompagne 1 eclosion et révolution desdivers délires. Nous faisons volontairement abstraction des troubles psychopathiques liés à de grosses lésions anatomiques ou congénitales, comme il s'en rencontre par exemple chez les paralytiques généraux, les divers déments, les idiots, ou les imbéciles, etc.

Ces quelques catégories morbides étant mises à part, les divers autres troubles psychiques nous semblent sous la dépendance d'un même grand processus psychologique, qui est la distraction et la désorientation mentale. 11 est nécessaire de bien définir ce que nous entendons par distraction.

Normalement le sujet sain qui représente le type normal moyen reçoit, dans le courant ordi^. naire de la vie du milieu extérieur et des inipressions sensorielles ou mentales de son propre moi, certaines données, qui occupent à un instant déterminé le champ de la conscience, Aux images mentales qui les représentent succèdent d'autres images mentales avec une vitesse moyenne comme en un véritable kaléidoscope, en une sprte de panorama essentiellement mobile et toujours renouvelé.

Il arrive dans certains cas et chez certains, sujets une sorte de polarisation et de cristallisation de la pensée, produisant un état dans lequel le sujet dominé par son idée porte toute son attention et son activité mentale sur un point déterminé. Tout ce qui est en dehors de cette sphère qui

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occupe à elle seule la conscience du sujet, tout ce qui gravite en dehors de son cercle ne fait plus aucune impression sur le sujet, ne tombe plus dans le champ de son analyse mentale, et n*est plus perçu par lui. Cet état est communément désigné dans le langage courant sous le nom de distraction, C*est là, croyons-nous, une erreur. Car dans Tun comme dans Tautre cas le champ de la conscience est occupé par des images mentales dont la quantité semble être pour chaque sujet en raison inverse de leur coefficient émotif et surtout représentatif. Il arrive que l'activité mentale se systématise autour d'un cercle donné, le champ de la conscience res^ serrant ses limites, mais l'activité psychique, l'analyse mentale est toujours en éveil et présente un coefficient d'attention toujours élevé.

Dans le premier cas, où toutes les impressions psycho-sensorielles et toutes les modifications extérieures font impression sur le champ de la conscience, et tombent sous l'œil vigilant de l'analyse mentale toujours en éveil, il s'agit d'un état contraire et diamétralement opposé à la distraction. Dans le second, où la pensée est paralysée sur un point déterminé, mais où son activité se déploie dans toute son intensité sur la zone qu'elle a circonscrite et délimitée volontairement et librement, il ne s'agit pas non plus d'état de distraction mais bien de l'état à abstraction.

La distraction est tout autre. Elle a lieu lorsque les images mentales décroissent à la fois de nombre et d'intensité dans le champ de la conscience.

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lorsque le pouvoir d'analyse mentale diminue. Non seulement le sujet a moins d'images que normalement, mais encore leur coefficient représentatif est moindre, et les impressions soit extérieures, soit psycho-sensorielles n'arrivent qu'estompées et affaiblies au champ de la conscience ou même n'y parviennent pas et restent lettre morte pour le sujet conscient. Cet état de vacuité ou plutôt cette tendance à l'état de vacuité dans le champ de la conscience caractérise et définit la distraction, dont le sommeil est la plus haute expression.

Ce qui caractérise au premier chef l'état mental du délirant, c'est l'état de distraction dans lequel il se trouve, et qui est manifeste. Il semble que le monde extérieur n'ait plus sur lui la même action qu'auparavant.

Les événements et les personnes font des impressions moins intenses et les effets sont différents de ceux d'autrefois.

Le sujet est plus indifférent aux événements de la vie qui le concernent ; il est plus crédule ; il sait moins éviter les nombreuses difficultés de la vie.

Cette distraction peut relever de plusieurs mécanismes. Tantôt elle dépend d'une cause psychophysiologique plus ou moins déterminée, comme il arrive par exemple par certains poisons, ainsi le hachisch, la morphine ou dans diverses toxiinfections. Ces conditions sont à rapprocher de ce qui s'observe dans le sommeil.

En dehors des causes psycho-physiologiques encore indéterminées du sommeil, si l'on étudie

les conditions psychologiques dans lesquelles il se produit, on voit qu'il consiste en une profonde distraction, ^distraction sensorielle particulièrement, distraction dans les jugements, les points de corn* paraison et de repère. Il semble que dans les diverses toxi-infections on rencontre une distraction de même ordre, qui, sans être poussée aussi loin, relève de la même direction psychologique. En dehors de ces états toxi-infectieux, il est d'autres conditions psychologiques qui peuvent aboutir aux mêmes résultats, nous voulons parler de Tétat de distraction consécutive à divers troubles mentaux.

À l'occasion d'une émotion puissante, et quelle qu'en soit la cause, que celle-ci soit extérieure au sujet et provoquée par le milieu social ou le monde cosmique ou qu'elle soit née de l'étonnement, de la surprise ou de l'épouvante que lui a révélés certaines constatations internes et subjectives, le sujet éprouve un ébranlement profond. Cette émotion, qui l'étonné, provoque par son intensité et la place qu'elle occupe dans le champ de la conscience une véritable désorientation mentale, et une polarisation de l'esprit sur un pointspécial et bien défini. Là encore on peut voir que, tantôt le coefficient d'émotion est tellement intense que le sujet reste étonné, et dans l'état de désorientation mentale et de distraction où il se trouve, il voit diminuer jusqu'au coefficient représentatif de ses images mentales, pour être le jouet du haut coefficient émotif de ses états intellectuels qui projettent sur les images mentales la teinte, l'intensité et la couleur du

coefficient émotif mental qui occupe à lui seul à peu près tout Tesprit ; tantôt le sujet perd simplement tous ses points de contrôle et de repère habituels, et toute image mentale qui se présente à son esprit, pour peu qu'elle ait un degré d'intensité suffisant, devient un pivot, un thème sur lequel il brode, édifie et construit une conception délirante plus ou moins durable. Une nouvelle image mentale remplacera la première, chaque fois qu'elle aura une intensité suffisante pour rompre Tenchaînement psychique commencé, pour pénétrer et occuper le champ de la conscience. D'autres fois, le sujet dans le désarroi mental où il se trouve, semblable à une épave agitée et bouleversée par le flot de ses pensées qui se succèdent et évoluent tumultueusement dans le champ de sa conscience, ayant perdu tous ses points de contrôle et de repère, essaye . néanmoins à se ressaisir et porte alors ses investigations soit sur lui-même, soit sur le monde extérieur, pour y chercher et y trouver la cause et l'explication de son désarroi mental.

Dans la polarisation de ses états mentaux le sujet incapable de contrôle et de vérification ne peut plus diriger avec logique ses investigations dans le champ qu'il s'est imposé ou plutôt qui s'est présenté à lui .

Toutes ses investigations vont d'abord au hasard, et lorsqu'une voie s'est offerte à lui, il s'y engage et la suit avec une persévérance qui élève parfois son délire à la hauteur d'un véritable système; mais le sujet marche au hasard sans

comparaison et vérification, en l'absence de tout contrôle par rapport aux autres phénomènes ; il poursuit son idée pour elle seule sans se préoccuper de la corriger et de la redresser par des constatations venues d'ailleurs; il avance sans se préoccuper de rien autre que de la conception plus ou moins hypothétique à laquelle tous les faits sont rapportés, tout le reste étant considéré comme négligeable. Le sujet est ainsi tout naturellement conduit à une construction psychologique sans valeur et sans portée, «dans laquelle on aperçoit un système parfois bien coordonné, qui indique dans quelle voie le sujet a dirigé son activité dans la tentative qu'il a faite pour se ressaisir et se sauver, mais il a été incapable de conduire à bien son entreprise par faiblesse et désorientation psychiques, en même temps que ses états mentaux étaient tous polarisés dans une direction déterminée.

Nous avons vu plus haut que la raison de cet état mental était la distraction, qui pouvait survenir de différentes façons chez un sujet. Cette distraction rapprochait d'une façon générale ces divers états du sommeil. Ils s'en approchent également par un trouble très fréquent en psychiatrie et qui leur est commun en même temps qu'au sommeil, nous voulons parler des hallucinations.

Les hallucinations dépendent d'un état de' distraction particulier, produisant comme une dis-

continuité dans la vie mentale du sujet. Les conditions dans lesquelles se développe le sommeil reproduisent admirablement les conditions psychologiques favorables au développement des hallucinations. On sait combien elles sont fréquentes dans cet état. Les troubles toxi-infeaieux reproduisent assez bien les conditions psycho-biologiques du sommeil, il n'y a donc rien d*étonnant que les hallucinations soient si fréquentes dans ces troubles psycho-physiologiques .

Quant aux délires de causes plus directement psychologiques, les conditions dans lesquelles évor luent les troubles morbides expliquent suffisamment la raison d*être et les conditions de production des hallucinations, si fréquemment observées dans ces troubles psychopathiques ; ces conclusions sont en parfait accord avec nos travaux antérieurs sur les hallucinations dans lesquelles nous recherchions leur genèse et leurs conditions de production. Nous avions alors observé qu'elles dépendaient d'un état dedistraction deTesprit, véritablediscontinuitédans la vie mentale. L'état de désorientation psychologique, de distraction qui préside à l'évolution et à l'édification des divers délires, comme nous venons de le voir, expliquent donc parfaitement l'existence si fréquentes des hallucinations dans tous les troubles mentaux ; puisque leurs causes et leurs conditions de production psychologiques sont les mêmes et relèvent du même état (Vaschide et Vurpas).

Ces observations sont en parfait accord avec les constatations que nombre de clinicien^séminents et

éclairés ont souvent faites, à savoir que les hallucinations ne précédaient pas le délire, mais lui étaient consécutives, ou tout au moins évoluaient avec le délire; en tous cas elles ne sont pas la base, la cause, et le fondement du délire comme certains l'avaient pensé. '

La première manière de voir nous semble la vraie. Ce qu'il y a d'abord, c'est un état de distraction et de désorientation mentale, de désarroi psychologique. Ces conditions sont éminemment propices au développement d'un délire et des hallucinations.

Néanmoins les troubles délirants semblent les premiers en date, que le sujet poursuive un délire plus ou moins variable, changeant et fluctuant ou qu'au contraire en essayant de se ressaisir, il aboutisse à un délire plus ou moins systématisé ; puis viennent les hallucinations, qui se développent avec l'état mental, le renforcent et le confirment dans la voie délirante, tout en lui étant consécutives, et évoluant tous deux grâce à un même état mental et en raison des mêmes conditions psychologiques, cause et genèse de l'un et de l'autre. Consécutivement le délire et les hallucinations marchent dans le même sens et se renforcent simultanément pour concourir au même but d'accroître et d'affermir le sujet dans son délire et dans ses conceptions psychopathiques.

Nous avons vu le rôle que jouait Tanalyse mentale dans la vie psychologique. Nous nous sommes adressés pour cette étude à des sujets atteints de troubles psychopathiques. Grâce à ces incursions dans la psychologie morbide, nous avons pu déceler un facteur important dans la genèse de certains délires, et dans Tétat, les modalités et les aspects des états mentaux de divers délirants. La pathologie mentale qui dissocie les divers phénomènes psychiques, si bien que leur étude et leur connaissance en est facilitée d'autant, met ainsi en relief et en lumière certains mécanismes psychologiques de la vie mentale normale.

Ayant pris connaissance de modalités et de mécanismes psychiques, grâce à ces investigations de psychiatrie nous pouvons tenter de retrouver ces modalités et ces mécanismes, chez Thommc normal, plus ou moins cachés et étouffés dans cette efflorescence qui constitue la vie mentale avec toutes ses variétés disparates, depuis Thomme sain à la conscience simple qui poursuit l'achèvement

de sa destinée biologique plus ou moins inconscient et plus ou moins insouciant, jusqu'au penseur sans cesse tourmenté de lui-même et des changements du milieu qui l'entoure et qui construit tout un système hautement coordonné et solidement établi sur des points de repère fixés et nettement définis.

Des diverses sortes de délires que nous venons d'esquisser, nous en retrouvons déjà une ébauche chez le sujet normal, qui, dans les répits que lui laissent ses occupations habituelles, se ressaisit et prend connaissance de ses sensations, de sa vie mentale et du monde extérieur, et trouvant dans ces investigations grossières une distraction suffisante, prend enfin possession de lui-même.

Nous les retrouvons hautement systématisées chez les penseurs et les poètes.

Platon réunissait ces diverses modalités psychiques, dans sa remarquable description des délires. « Platon^ (i) admet deux genres de délire: Tun tout céleste engendré par les Dieux et développé

(i) Platon. — Timée, traduction de Cousin ; t. XII, p. 233. Cité par Michéa. Des doctrines psycho-physiologiques considérées chez les anciens dans leurs rapports avec les théories de l'aliénation mentale. Annales médico-psychologiques, 1843, 1. 1, p. 212.

Voir pour la documentation MM. Bail et Riiii. Dictionnaire encyclopédique, t. XXVI. Article Délire et notre volume : Vaschide et Vurpas. Psychologie du délire dans les troubles psychopathiques. Paris. Masson, 1902, p. 190 ; p. 28.

256 l'analyse mentale

immédiatement sans aucun intermédiaire dans rame raisonnable ; l'autre tout terrestre résultant d'une cause physique provenant d'un dérangement du corps. >►

Ces diverses formes que nous venons de décrire et qui pourraient servir de base à un essai de clAssi-, fication des principales classes de délires, nous les retrouvons chez certains penseurs. Socrate nous fournit un merveilleux exemple d'analyse mentale: son ^ connais'ioi-méme »n* est que la consécration, l'apologie de cette direction de l'activité mentale; la plupart des philosophes anciens et modernes ont fait usage de cet examen de soi-même; pendant de longs siècles, toute la psychologie a été basée uniquement sur l'introspection. Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, etc., ont été les introspecteurs de haute valeur et nous ont fourni de véritables modèles d'analyse mentale intérieure.

Les savants qui consacrent leur vie, qui donne leur labeur, et leurs travaux pour l'accomplissement de cette tâche qu'ils se sont imposée : la connaissance du milieu extérieur, faisant abstraction de leurs sensations organiques ou mentales pour arriver à leur but, font-ils autre chose que de l'extrospection ?

Enfin les poètes, qui peignant les beautés de la nature finissent par substituer leur âme à ce qu'ils chantent, et qui soutirent tout ce qui touche le monde et l'univers, qui les engloutit, ne se rap* prochent-ils pas au point de se confondre avec eux des sujets, qui ébauchent un véritable délire de

métaphysique? Notre meilleur argument nous est fourni par un poète lui-même, non susceptible de vouloir soutenir et défendre nos idées dans la description qu'il fait de Tétat d'âme d'un autre poète.

Il s'agit de Victor Hugo jugeant La Fontaine ( 1 ) : « La Fontaine vit de la vie contemplative et visionnaire jusqu'à s'oublier lui-même et se perdre dans le grand tout. On peut presque dire qu'il végète plutôt qu'il ne vit. Il est là, dans le taillis, dans la clairière, le pied dans les mousses, la tête sous les feuilles, l'esprit dans le mystère, absorbé dans l'ensemble de ce qui est, identifié à la solitude. Il rêve, il regarde, il écoute, il scrute le nid d'oiseau, il observe le brin d'herbe, il épie le trou de taupes, il entend les langages inconnus du loup, du renard, de la belette, de la fourmi, du moucheron, il n'existe plus pour lui-même; il n'a plus conscience de son être à part, son moi s efface. Il était là ce matin, il sera là ce soir ; comme ce frêne, comme ce bouleau. Un nuage passe, il ne le voit pas ; une pluie tombe, il ne la sent pas. Ses pieds ont pris racine parmi les racines de la forêt; la grande sève universelle le traverse et lui monte au cerveau, et presque à son insu y devient pensée

(i) Victor Hugo. — Tosi-scriptum de ma vie, publié par M. Paul Meurice. Nous donnons ce texte d'après une citation du journal « Le Temps », mars, 1902 ; le compte-rendu du volume.

2SS L*ANALYSfc: MENTAI-E

comme elle devient gland dans le chêne et mûre dans la ronce. Il la sent monter; il se sent vivre de cette grande vie égale et forte ; il entre en communication avec la nature ; il est en équilibre avec la création. Et que fait-il? Il travaille. Il travaille comme la création même, du travail direct de Dieu. Il fait sa fleur et son fruit, fable et moralité, poésie et philosophie; poésie étrange composée de tous les sens que la nature présente au rêveur, étrange philosophie qui sort des choses pour aller aux hommes.

La Fontaine, c'est un arbre de plus dans le bois, le fablier. ^

Ainsi grâce à l'analyse mentale nous parvenons à certaines connaissances, nous ébauchons certaines œuvres dont la valeur et la portée pourront être réelles, pourvu qu'une activité intellectuelle assez bien dirigée les guide et les oriente. Différemment cette direction psychologique peut être l'origine de phénomènes pathologiques spéciaux. De véritables délires dus à l'analyse mentale peuvent, il est vrai, survenir chez des intelligences réellement supérieures. L'élite des littérateurs et des artistes nous fournit des exemples de semblables délires systématisés. Mais ici, il y a une différence dans la richesse des images, dans le bon équilibre, dans l'envergure des conceptions ; ce qui différencie surtout ces délires de ceux des aliénés proprement dits, c'est une conscience bien nette du point de départ et de la fin.

Il y a plus encore ; pour bien connaître la genèse des délires que nous venons d'esquisser, il nous faudrait connaître la valeur qualitative et quantitative des processus psychiques des divers sujets ; nous avons laissé à dessein cette question dans l'ombre, nous proposant d'y revenir dans un prochain volume. Nous voulons simplement ici en ébaucher les principaux points.

, Il nous en a fallu connaître la modalité de l'imagination, l'intensité, la durée, le coefficient émotif et représentatif des images mentales chez les différents sujets. Dans tous les cas nous avons relevé cette disposition psychique spéciale que M. Magnan a décrit sous le nom de dégénérescence mentale et qui consiste surtout, croyons-nous, et ainsi que nous espérons le montrer bientôt, dans la durée de l'intensité des images mentales à coefficient représentatif et émotif particulièrement élevé. Leur intensité est telle qu'elles envahissent malgré le sujet et en dépit de tous ses efforts pour les en chasser, le champ de la conscience provoquant des états de distraction et d'inertie psychique particulièrement propres au développement et à l'évolution d'un délire et même d'hallucinations.

C'est là le résultat de nombreuses analyses ; c'est un fait que nous constatons. Quant à sa raison d'.ètre, quant aux conditions bio-chimiques et physiologiques ou purement psychologiques Cjui

200 l'analyse mentale

seraient la cause efficiente du phénomène observé nous l'ignorons, nous pensons même que dans, rétat actuel de la science et de la psychologie il serait téméraire et aventureux de vouloir l'expliquer.

Il est certaines conditions analytiques auxquelles il faut savoir s'arrêter. Vouloir aller plus avant dans la recherche des conditions antécédentes risquerait de sortir d'un domaine purement scientifique pour entrer dans le domaine de la métaphysique ; la science doit savoir se borner à accepter certains indéterminés comme point terminal et ne pas vouloir rechercher l'absolu métaphysique qui serait lui-même déterminé et déterminerait toutes les conditions ultérieures dans l'étude des phénomènes consécutifs. Ne savonsnous pas que la science doit borner son ambition à une analyse toujours plus fine et plus développée et détaillée? Ne savons-nous pas que la science ne fait que reculer les diflBcultés des problèmes et ne les résoud pas !

Analysons donc plutôt la façon dont ont pris naissance, se sont développés et ont évolué les délires dont nous venons de donner quelques descriptions.

Dans tous les cas nous avons relevé une émotion puissante comme point de départ, émotion survenant chez des sujets que la durée et Tinten- ' site du coefficient émotif et représentatif de leurs images mentales faisaient classer dans le cadre clinique de la dégénérescence mentale. Cette émo-

CONCl-USIONS 261

tion se traduisait par une idée obsédante, qui se présentait à Tesprit du sujet comme un véritable problème jetant le trouble dans la conscience. Pour trouver la solution du problème qui devait enfin amener un apaisement dans son état mental troublé et désorienté le sujet était conduit à diriger toute son attention, toute son activité mentale sur la cause et la nature de son émotion. Ignorant les lois de la psychologie, n'ayant qu'un esprit de synthèse insuffisant, manquant de ressources intellectuelles, toutes les nouvelles données, que lui révélait son analyse mentale vicieusement dirigée, provoquaient de nouvelles émotions, des idées obsédantes qui à leur tour entraînaient à leur suite des états de distraction et d'inertie psychique amenant le désarroi danslechamp de la conscience. Ainsi s'échataudait un délire plus ou moins coordonné, plus ou moins systématisé, et qui était fonction de la direction qui imprimait à l'analyse mentale 'activité psychique.

ni

Voulant analyser l'activité mentale délirante nous nous sommes aperçus que le phénomène psychique qui joue un rôle capital à tous points de vue dans la genèse et l'alimentation journalière des troubles psychopathiques est ce « fac-totum >^ de la vie mentale l'introspection, qu'on pourrait définir, qu'on nous permette l'expression, la conscience «en train ^ de se manifester. A la base de toute vie

mentale il existe, tous les psychologues même les anciens nous ont renseigné à ce sujet, il existe, disons-nous, en dehors des données immédiates de la conscience, certains aperçus, certaines connaissances, qui ne sont que des résultantes nécessaires et catégoriques des investigations de la conscience. L'homme normal, si nous nous en tenons à une conclusion pratique dictée par les faits, a, semble-til, un champ d'investigation, dont les limites sont données dans le temps et dans l'espace par sa puissance à entreprendre des fouilles systématiques, non seulement dans la vie de tous les jours, mais aussi dans Tatrium de la vie mentale, ce moi intime si cher et pourtant si inconnu.

Des troubles accidentels survenus dans la vie normale, qu'ils soient d'ordre physique ou psychique peuvent provoquer des états «quasi >^ morbides, mais qui n'évoluent pas en raison de leur courte durée et de l'équilibre mental, qui coordonne tous les éléments.

Ce qui distingue surtout laliéné de Thomme normal, c'est ce fait que dans la majorité des cas l'homme normal fait choix d'un critérium pour se rendre compte par lui-même de l'absurdité des conclusions où le conduisent ses analyses psychologiques. Tandis que l'aliéné perd dans une certaine mesure cette sorte d'inhibition psychique et devient l'esclave des fragments d'analyse, des parcelles d'introspection qui s'associent à la pensée selon des caprices et une affinité spéciales que la

psychologie expérimentale, espérons-le, expliquera sans doute un jour.

L'analyse mentale chez l'aliéné domine toute la vie psychique du sujet : il a besoin de faire des fouilles mentales à tout propos ; n'importe quel i motif est pour lui un prétexte d'analyse minutieuse faisant naître soit une image passagère dans la vie mentale comme élément d'un haut coefficient, soit une douleur imaginaire ou réelle qu'il systématise en s'engageant, malgré lui, dans un cercle vicieux, dans une sorte de zone où toutes les images convergent,affluent, gravitent autour du phénomène psychique, qui n'existe pour ainsi dire pas,mais qui est soulevé accidentellement ou volontairement plus .tard au titre de premier chaînon d'une chaîne inter- ' minable de syllogismes plus ou moins faux.

L'analyse mentale de l'aliéné est toujours paradoxale, quelques éléments réels suffirent au sujet pour bâtir un roman, et c'est cette prolifération, si nous pouvons nous exprimer de la sorte, d'images mentales, qui par leur abondance verbale ou leur nombre considérable intéressent la conscience du sujet.

L'homme normal passe par des phases successives d'attention et de distraction sans se fixer davantage sur un état psychique plutôt que sur un autre en dehors des données dictées par ses besoins psycho-sociologiques ou autres. Le fonctionnement de son organisme n'occupe guère d'une manière systématique que l'aliéné. Le sujet normal se laisse vivre sans se poser à propos de

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chaque douleur ou de chaque état de conscience les interminables séries de pourquoi que les aliénés s'adressent malgré eux pour chaque constatation. Bref, ce qui caractérise l'homme normal, c'est une sorte d'harmonie réellement établie,, dans laquelle on ne peut constater aucune unilatéralité spéciale.

L'aliéné au contraire présente une mentalité que ' l'on pourrait comparer facilement à un orchestre, qui tour à tour se tait ou n'exécute qu'en sourdine -, les parties principales, pour laisser entendre seulement des solos capricieux, dont le choix n'est nullement justifié.

Il y a chez le délirant une sorte de dissonance ' d'autant plus choquante que le moi, le chef d'orchestre n'a nullement conscience dii désaccord.

Dans les maladies mentales il "este une voie à défricher, que nous signalons à l'attention des psychologues, à savoir les capricieuses évolutions de l'analyse mentale et surtout de l'introspection comme agent provocateur de troubles morbides.

Dans ce travail nous avons voulu dégager et préciser le rôle capital et prépondérant que l'analyse mentale, l'introspection, en d'autres termes, joue dans les modulations de l'activité mentale morbide et aussi dans l'activité normale.

A la suite de troubles d'origine multiple, dont la genèse rentre largement dans le cadre du méca-

nisme réel et vrai de la vie mentale, nous avons assisté à des troubles psychopathiques profonds, dont la nature et le champ d'investigation étaient intimement liés à l'activité qu'avait déployée l'analyse mentale. Le sujet construit un système morbide délirant en analysant dans un premier cas l'état même de son mécanisme mental, dans un second cas l'architecture et la constitution de son organisme physique, dans un troisième les rapports du milieu ambiant et social ainsi que sa vie mentale, enfin dans un quatrième il s'agissait d'une extériorisation à outrance de la vie mentale confondue presque avec le macrocosme.

L'analyse scientifique et psychologique, que nous avons donnée avec tous les détails possibles peut jeter, nous^semble-t-il, quelques lumières sur la connaissance de la structure intime de l'analyse mentale saisie sur le vif par les examens minutieux de plusieurs cas typiques.

En dehors des données que la clinique et la psychiatrie peuvent tirer de la psychologie des phénomènes que nous venons de décrire, il reste une conclusion que nous avons réservée pour la fin, et que nous signalons à lattention des pédagogues et de tous ceux qui ont intérêt à connaître et à faire l'éducation de l'analyse humaine, c'est la nécessité d'avoir l'œil toujours ouvert sur les fouilles de l'analyse mentale d'un sujet. Il semble (et nos faits sont catégoriques) que ces analyses peuvent être une source féconde de troubles psychopathiques qui, systématisés, arrivent à la longue, à constituer de

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vrais délires. L*homme normal doit user le moins possible de son analyse mentale, qui peuple la pensée de fantômes et d'illusions pouvant avoir des échos môme puissants dans la croyance et la vie mentale, les plus avides d'émotions et de données vagues mais transcendaniales.

On se consolerait difficilement de Touragan que l'analyse mentale déchaîne dans l'organisme humain, si l'on ne saisissait combien de rapprochements intimes il y a entre la genèse, la nature et l'évolution de ces troubles psychopathiques et le ] mécanisme psychologique d'une vie mentalechoisie parmi les plus hautes et les plus distinguées.

Le penseur d'élite qui systématise délires sur délires tout en ne faisant que fouiller ses émotions gaies ou tristes, ses angoisses, ses efforts, accomplit des créations intellectuelles, qui constituent l'objet même de nos aspirations les plus élevées, tout en délirant introspectivement, extrospectivement ou métaphysiquement comme nos délirants aliénés !

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