PREMIÉBB PARTIE. CHAP. III
cours , parce que nous n'y comprendrons rien nous-mêmes. Pour parler d'une manière à se fair^ entendre , il faut cojicevoir et reùdre ses idées dans l'ordre analytique , qui décompose et recompose chaque pensée. Cet ordre est le seul qui puisse lenr donner toute la clarté et toute la précision dont elles sont susceptibles ; et , comme nous n'avons pas d'autre moyen pour nous instruire nous - mêmes , nous n'en ayons pas d'autre pour communiquer nos cou** naissances. Je l'ai déjà prouvé; mais j'y reviens, et j'y reviendrai encore ; car cette vérité n'est pas assez connue : elle est même combattue , quoique simple , évidente et fondamentale.
En e£Pet , que je veuille connaître une ma-p chine , je la décomposerai pour en étudier séparément chaque partie. Quand j'aurai de chacune une idée exacte , et que je pourrai les remettre dans le même ordre où elles étaient, alors je concevrai parfaitement cette machine , parce que je l'aurai décomposée et recomposée»
Qu'est-ce donc que-concevoir cette machine ?
C'est avoir une pensée qui est composée d'autant d'idées qu'il y a de parties dans cette machine même y d'idées qui les représentent chacune exactement , et qui sont disposées dans le même ordre.
Lorsque je l'ai étudiée avec cette méthode , qui est la seule , alors ma pensée ne m'oifre que des idées distinctes ; et elle s'analyse d'eUe- Hiéme, soit que je veuille m'en rendre compte, soit que je veuille en rendre compte aux autres.
5fi2 LOGIQUE.
Cette méthode est connue de touù le monde, ^
Chacun peut se convaincre de cette yérité par sa propre expérience; il n^ a pas même jusqu^aux plus petites couturières qui n'en soient convaincues : car si , leur donnant pour modèle une robe d'une forme singulière , vous leurproposez d'en faire une semblable » elles imagine* ront naturellement de défaire et de refaire ce modèle, pour, appnendre à faire la robe qpe Toas demandez. Elles savent donc l'analyse aussi-bien que les philosophes, et elles en con** / naissent l'utilité beaucoup mieux que ceux qui s'obstinent, à soutenir qu'il j a uuq autre méthode pour^'instruire»
Croyons avec elles qi^'aucune autre méthode ue peut suppléer à l'analyse, ^^ucune aut|:e pe pept répandre la même lumière : nous en ancrons la preuve toutes les fois que nous voudrons étndier un objet un peu composé. Cette o^éthode , nous ne l'avons pas imaginée ; nous ne l'avons que trouvée , et nous ne devons pas cr^iudre qu'elle nous égare. Nous aurions pu , arec les philosophes , en inventer d'autres , et mettre un ordre quelconque entre nos idées ; mais cet ordre,, qui n'aurait pas été celui de l'analyse , aurait mis dans nos pensées la m^me ^ confusion qu'il a mise dans leurs écrits ; car il
semble que plus ils affichent l'ordre , plu? ils s'embarrassent , et moins on les entend. Us ne saTe«t pas que l'analyse peut seule nous instruire ; vérité pratique connue des «artisans les plus grossiers.