‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 23 sur 39 · PREMIERE PARTIE. CHAP. iX · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. CHAP. iX

tnouvetnens dont ces parties sont susceptibles soûi lies les uns aux autres , comme toutes les idées qu'ils rappellent sont liées entre elle».

C'est ainsi que les mouvemens des doigts sur le clavier sont liés entre eux , comme les sons du cLant qu'on fait entendre ; que le èhant est trop lent si les doigts se meuvent tsop lentement ; et qu'il est confus si les mouvemens des doigts se confondent. Or , comme la multitude des pièces qu'on apprend sur le clavecin ne per** met pas, toujours aux doigts de conserver les habitudes propres à les exécuter atec facilité et netteté , de même la multitude des choses dont on veut se ressouvenir ne permet pas toujours au cerveau de conserver les habitudes propres à retracer les idées avec facilité et précision.

Qu'un habile organiste porte sans dessein les mains sur Iç clavier , les premiers sons qu'il fait entendre déterminent ses doigts i continuer de se mouvoir , et à obéir à une suite de mouvemens qui produisent une suite de sons dont la mélodie et l'harmonie l'étonnent quelquefois lui-même. Cependant il conduit ses doigts sans effort , sans paraître y faire attention.

C'est de la sorte qu'un premier mouvement , occasioné dans le cerveau par l'action d*tin objet sur nos sens , détermine une suite de mouvemens qui retracent une suite d'idées ; et parce que, pendant tout le temps que nous veillons , nos sens , toujours exposés aux impressions des objets , ne cessent point d'agir sur le cerveau , il arrive que notre mémoire est toujours en action. Le cerveau , continuelle-

rS LOGIQUE.

ineïil ébranlé parles organes, n'obéit pas Sétf-*' lement à l'impression qu'il en .reçoit immédia-^ tenient, il obéit encom à tous les mouvemensr que cette première impression doit reproduire. Il va par, habitude de mouvement en meuve'ment, il devance l'aétion des sens, il retrace de longi^s suites d'idée» : il, fait plus encore , il réagit sur les sens avec vivacité , il leur renvoie les sensations qu'il» lui ont auparavant envoyées , et il nous persuadé que bous voyons ce que nous ne vojon? pas.

Ainsi donc que les doigts conservent l'habi^ tude d'une suite de mouvemens, et peuvent, à la plus légère occasion , se mouvoir comme ils se sont mus , le cerveau conserve égalémetit ses habitudes^ et, ayant une fois été ex-* cité par l'action des sens, il passe de lui-même par les mouvem6Ûs qui lui sont familier^ j et il rappelle des idées.

Mais comment s'exécutent ces mouvemens ?

Comment suivent-ils différentes déterminations? C'est ce qu'il est impossible d'approfondir. Si mêm« on faisait ces questions sur les habitudes que prennent les doigts , je n'y pourrais pas répondre. Je ne tenterai donc pas deime p«rdre à ce sujet en conjectures. Il me suffit de juger des habitudes du cerveau par les habitudes de chaque sens : il faut se contenter de connaître que le même mécanisme , quel qu'il soit, donne, conserve et reproduit • les idées.

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ta mémoire a son siège dans le cerveau et dans tous les organes cjuî créons mettent les idées,

iL/ Nous venons de voir que la mëmoipe a prin- '^apalement son siège dans le cerveau : il mç paraît qu'elle Ta encore dans tous les organes de nos sensations : car elle doit l'avoir partout où est là cause oecasionelle des idées que nous nous rappelons. Or si , pour nous donner la première fois une idée , il a fallu que les sens aient agi sur le cerveau , il parait que le souvenir de cette idée ne sei^a jamais plus distinct que lorsqu^a son tour le cerveau agira sur les sens. Ce commerce d'action est donc nécessaire pour susciter l'idée d'une sensation passée , comme il est nécessaire pour produire une sensajtion actuelle 1 En effet, npus ne nous représentons, par exemple, jamais mieux, une figure, que lorsque nos mains reprennent la même 1' forme que le tact leur avait fait prendre. En par reil cas Iî: mémoire nous parle en quelque sorte un lano:ao:e d'action.

La mémoire d'un air qu'on exécute sur un instrument a son siège dans les doigts, dans l'oreille et dans le cerveau : dans les doigts , qui se sont fait une habitude d'une suite de moavemens ; dans l'oreille , qui ne jugie les doigts , et, qui, au besoin , ne les djrige que parce (ju'elle s'est fait de son côté une habitude d'une autre siiite de mouvemens ; et dans le cerveau , qui s'est fait une habitude de passer par les formes qui répondeht exactement aux habitudes des doigts et à celles des oreilles.

yo LOGIQUE.

On remarque facilement les habitades que les doigts ont contractées : on ne peut pas également observer celles des oreilles , moins encore celtes du cerveau : mais Tan^logic prouve qu^elles existent.

Pourrait^ on savoir une langue, si le cerveau ne prenait pas des habitudes qui répondent à celles des oreilles pour l'entendre , à celles de 'la bouche pour la parler, à celles des yeux pour la lire ? Le souvenir d'une langue n'est donc pa« uniquement dans les habitudes du cerveau; ilest encore dans les habitudes des organes de l'ouïe , de la parole et de la vue.

Explication des songes.

D'après les principes que }e viens d'établir , il serait facile d'expliquer les songes : car les idées que nous avons dans le sommeil ressemblent assez à ce qu'exécu|;e un organiste , lorsque , dans des momens de distraction , il laisse aller ses doigts comme au hazard. Certainement ses doigts ne font que ce qu'ils ont appris à faire : mais il i^e le font pas dans le même ordre ; il cousent ensjemble divers passages tirés des différens morceaux qu'ils ont étudiés.

Jugeons donc par analogie de ce qui se passe dans le cerveau , d'après ce que nous observons dans les habitudes d'une main exercée sur un instrument; et nous conclurons que les songes sont l'effet de l'action de ce principal organe sur tes sens, lorqu'au milieu du repos de toutes les parties du corps il conserve assezd'activité pour obéir à quelques-unes de ses habitudes.

PREMIÈRE PAhTIfi. CH. i:^. ^l

Or, dès qu'il se meut comme il a été mû lorsque noas avions des sensations , alors il ag;it sur les sens , et aussitôt nous entendons et nous voyons : c'est ainsi qu'un manchot croit sentir l^^ main qu'il n'a plus. Mais, en pareil cas , le cerceau retrace d'ordinaire les choses avec beau-r coup de désordre , parce que les habitudes, dont l'action est arrêtée par le sommeil, interceptent un grand nombre d'idées.

Lamémoire se perd parce que le cerveau perd ses

habitudes.

Puisque nous avons expliqué comment se contractent les habitudes qui font la mémoire , il sera facile de comprendre comment elles se perdent.

Premièrement, si elles ne sont pas continuellement entretenues , ou du moins renouvelées fréquemment. Ce sera le sort de toutes celles auxquelles les sens cesseront, de donner occasion.

. En second lieu, si elles se multiplient à un certain point : car alors^ il 7 en aura que nous négligerons. Aussi nous échappé -t- il des connaissances 4 mesure que nou^ en acr qaérons.

£n troisième lieu, une indisposition dans le cerveau affaiblirait ou troublerait la mémoire , si elle était un obstacle a quelques-uns des mou- .^einens dont il s'est fait une habitude. Alors il y aurait des choses dont on ne conserverait j)oint de souvenir; il n'en resterait mênâe d'gur

cune, si l'indisposition empêchait toutes les fa^tudes du cerveau.

En quatrième lieu , une paralysie dians les ot* ganes produirait le même effet : les habitudes du cerveau ne manqueraient pas de se perdre pea k peu , lorsqu'elles ne seraient plus entretenues par l'action des sens.

Enfin la vieillesse porte caup à la mémoire.

Alors lés parties du cerveau sont comme des doigts qai ne sont plus assez flexibles pour se mouvoir suivant toutes les déterminations qui leur ont été familières. Les habitudes se perdent peu a peu ; il ne reste que des sensations faibles qui vont bientôt échapper : le mouvement qai paraît les entretenir est prêt k finir lui-même. -%'

Conclusion,

Le principe physique et occasionel de la sensibilité est donc uniquement dans certaines déterminations , dont le mouvement qui fait végéter l'apimal est susceptible ; et celui de la mémoire est dans ces déterminations ^ lorsqu'elles sont devenues autant d'habitudes. Cest ranailogîe qui nous autorise à supposer que , dans les organes que nous ne pouvons pas observer, il se passe quelque chose de semblable à ce que nous observons dans les autres. J'ignore par quel mécanisme ma main a assez de flexibilité et de mobilité pour contracter l'habitude de certaines déterminations de mouvejnens; mais je sais qu'il y a en elle flexibilité, /nobilité , exercice, habitudes, et je suppose

puëmière partie, ch. IX- 7^5

mie tput cela se retrouve dans le cerveau et dans les organes qui sont avec lui le siège de la

mémoire.

Par-là je n'ai sans doute qu'une idée trèsimparfaite des- causes physiques et occasio- Belles de la sensibilité et de la mémoire ; j'en ignore tout-à-fail les premiers principes. Je connais qu'il y a en nous un inouvement , et je ne puis comprendre par quelle force il est produit. Je connais que ce mouvement est capable de ditfëreiites déterminations , et je ne puis découvrir lemécanisœe qui les règle, le n'ai donc que l'avantage d'avoir dégagé de toute hypothèse arbitraire ce peu de connaissance que nous avons sur une matière des plus obscures. C'esl , je pense , a quoi les physiciens doivent se borner toutes les fois qu'ils veulent faire des systèmes sur -dés choses dont il n'est pas possible d'observet les premières causes.

LOGIQliE* ^

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