‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 22 sur 39 · PREMIERE PARTIE. CHAP. IX · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. CHAP. IX

Ils contractent donc l'habitude de se mouvoir suivant un certain nombre de déterminations ; et , comme il n'est point de touche par où un air ne puisse commencer , il n'est point de détermination qui ne puisse être la première d'une certaine suite. L'exetcice combine tous les jours différemment ces déterminations ; les doigts acquièrent tous les jours plus de facilité : enfin ils obéissent, comme d'eux-mêmes, à une saite de mouvemens déterminés, et ils obéissent sans effort , sans qu'il soit nécessaire que j'y fasse attention. C'est ainsi que les organes des sens , ayant contracté différentes habitudes , se meuvent d'eux-mêmes , et qvie l'âme n'a plus besoin de veiller continuellement sur eux pour en régler ^es mouvemens.

Le cerveau coniracte de pareilles habitudes.

Mais le cerveau est le premier organe : c'est un centre commun où tous se réunissent , et d'oA même tous paraissent naître.

Elles sont la cause physique et occasionelle

de la mémoire.

En jugeant^ donc du cerveau par les autres sens , nous serons en droit de conclure que toutes les habitudes du corps passent jusqu'à lui , et que par conséquent les fibres qui le composent , propres , par leur flexibilité , à des mouTcm^ns de toute espèce, acquièrent, comme l'ça doigts^, l'habitude d'obéir à différentes suites de miouvemens dét^minéa. Cela étant , le p^u-

y oit qa*a mon cerveaa de me rappeler un objet ^ ne pent être que la facilite qu'il a acquise de . se mouvoir par lui-même de la même manière qu'il ëtait mû lorsque cet objet frappait mes sens.

La cause pbjsique et occasionelle , qui conserve ou qui rappelle les idées , est donc dans les déterminations dont le cerveau , ce principal organe du sentiment, s'est fait une habitude, et qui subsistent encore, ou se reproduisent lors même que les sens cessent d'y concourir. Car noQS ne nous retracerions pas les objets qae nous avons vus , entendus , touchés, si le mouvement ne prenait pas les mêmes déterminations que lorsque nous voyons , entendons , touchons. En un mot , Faction mécanique suit les mêmes lois , soit qu'on éprouve une sensation , soit qu'on se souvienne seulement de l'avoir éprouvée; et la mémoire n'est qu'une manière de sentir.

Les idées auxquelles (m ne pense point ne sont

nulle part.

J'ai souvent ouï demander : Que deviennetu les idées dont on cesse de s'occuper 7 Où se con~ sejvent-^lles ? D'où reviennent ~ elles lorsqu'elles se représentent à nous ? Est-ce dans Vdme quelles existent pendant ces longues intervalles où nous rî^y pensons point ? Est-^e dans le corps ?

A ces questions , et aux réponses que font les métaphysiciens , on croirait que les idées sont comme toutes les choses dont nous faisons des provisions , et que la mémpire n'est qu'un

Vaste magasin. Il serait tout aassi raisonnable cl e donner de l'existence aux différentes figures qu'un corps a eues successivement , et de deloander : Quedevient la rondeur de ce corps lors^ qiCil prend une autre figure ? Ou se conserve^' t-elle 7 Et lorsque ce corps redevient rond i d'où lui vient la rondeur ?

Les idées sont , comme les sensations , des manières d'être de Fâme. Elles existent tant qu'elles la modifient ; elles n'existent plus d^s qu'elles cessent de la^ modifier. Chercher dans l'âme celles auxquelles je ne pense point du tout j c'est les cherclier où elles ne sont plus : les chercher dans le corps , c'est les d^erchér où elles n'ont jamais été. Où sont -elles donc?

JVuIle part.

Comment elles se reproduisent.

Ne serait-il pas absurde de demander où sont 1 es sons d'un clavecin , lorsque cet instrument cesse de résonner ? Et ne répondrait-on pas : Ils ne sont nulle part ; mais si les doigts /rap-peut le clavier , et se meuvent comme ils se sont mus y ils reproduiront les jnémes sons.

Je répondrai donc que mes idées ne sont nulle part , lorsque mon âme cesse d'y penser ; mais qu'elles se retraceront à moi aussitôt que les mouv^mens propres à les reproduire.se renouvelleront.

Quoique je ne connaisse pas le mécanisme du cerveau , je puis donc juger que ses différentes parties ont adquis la facilité de se mouvoir d'elles-.niémes , de la même manière dont elles

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ont été inaes pai^ Taction des sens , (jue les ni* bitudes de cet organe se conservent ; que toutes les fois qu'il leur obéit , il l'etrace les mêmes idées , parce que les mêmes mouvemens se rey^ouvellent en lui ; qu^eti uu mot , on a des idées dans la mémoire , bomme on a dans les doigts âts pièces de clavecin : c'est-à-dire i que le cerveau a f comme tous les autres sens , la facilité de se mouiroir suivant les déterminations dont il s'est fait une habitude. ISfous ëprpuvons des sensations à peu prés Colhme un clavecin rend des sons. Les organes extérieurs du corps humain sont comme les touches, les objeis qui les frappent sont comme les doigts sur le clavier^ les organes intérieurs sont comme le corps du claVecin , les sensations ou les i4ées sont comme les sons ; et la mémoire a lieu , lorsque les idées qui ont été produites par l'action des objets sur les sens sont reproduites par les mouvemens dont le cerveau a contracté l'habitude.

Tous les phénomènes de la jnémoire s'expliquent par les habitudes du cerveau.

Si la mémoire , lente ou rapide , retrace les choses tantôt avec ordre , tantôt ay^c confusion ^ c^est que la multitude des idées suppose dans le cerveau des mouvemens eu si grand nombre, et si variés, qu'il n^est^^pas possible qu'ils se reproduisent toujours avec la même facilité et la même exactitude.

Tous les phénomènes de la mémoire dépendent des habitudes contractées par les parties mobiles et flexibles du cerveau ; et toifs les

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