‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 29 sur 39 · SECONDE FARTIB. CHAP. IT · texte numérisé non relu

SECONDE FARTIB. CHAP. IT

lear langage ; et iU n'7 démêleront rîea, tant qu'ils n^anront paâ appris à faire V^nalyse de leur3 pensées. ^

Hais , (|aoique tout soit confus dans lenr langage a il renferme cependant tout ce cp'ils sentent : il renferme tout ce qu'ils J démêleront lorsqu'ils sauront faire l'analyse de leurs pensées , c'est-a-dire , des désirs , des craintes , des jugemens, des raisonnement ; en un mot , toutes les opérations dont l'âme est capable. Car enfin ^ si tout cela n^ était pas , l'analyse ne l'y saprait trouver. Voyons comment ces hommes apprendront de la nature à faire l'analyse de tontes ces choses.

Comment ensuite il devient une méthode

analytique.

Us ont besoin de se donner des secours. Donc chacun d'eux a besoin de se faire entendre , et par conséquent de s'entendre lui-même.

D'abord ils obéissent à la nature ; et sans pro< jet , comme nous venons de le remarquer , ils disent à la fois tout ce qu'ils sentent , parce qu'il est naturel à leur action de le dire ainsi. Cependant celui qui écoute des yeux n'entendra pas , s'il ne décompose .pas cette action , pour en obseryer l'un après l'autre les mouvemens. Mais il lui est naturel de la décomposer, et -par conséquent il la décompose^ avant d*en avoir formiS le projet. Car , s'il en voit à la fois tous les mouvemens, il lie regarde au premier cou^d^œll que ceux qui le frappent davantage ; au second , il en regarde d'autres ; au troisième ,

d'antres encore. Il les observe donc successivement, et. l'analyse en est faite.

Chacun de ces hommes remarque dotfc tôt ou tard qu'il n'entend jamais mieax les autres que lorsqu'il a décomposé leur action ; et par conséquent il pourra remarquer qu'il a Lesoin , pour se faire entendre , de décomposer . la ^ sienne. Alors il se fera peu à peu une hahitude de répéter , l'un aptes l'autre , les mouvemens que la nature lui fait faire à la fois ; et le langage d'action deviendra naturellement pour lui une méthode analytique. Je dis une méthode^ parce que la succession des mouremens ne se fera pas arbitrairement et sans règles : car l'action étant l'effet des besoins et des circonstances où l'on se trouve , il est naturel qu'elle se décompose dans l'ordre donné par les besoins et par les circonstances ; et , quoique cet ordre puisse varier , et varie , il ne peut jamais être arbitraire. C'est ainsi que , dans un tableau , la place de chaque personnage , son action et son caractère sont déterminés , lorsque le sujet est donné avec toutes ses circonstances.

En décomposant son action , cet homme décompose sa pensée pour lui comme pour les autres ; il l'analjse , et il se fait entendre parce qu'il s'entend lui-même.

Comme l'actioir totale est le tableau de toute la pensée , les actions partielles sont autant de tableaux des idées qui en font partie. Donc , s'il décompose encore ces actions partielles , il décomposera également les idées partielles dont

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elles sont les signes , et il se fera continuelle' ment de nouvelles idées.

Ce mpjen , l'uni(}ue qu'il ait pour analy^s^r sa pensée , pourra l'a développer jusque dans les moindres détails : car , les premiers signes du langage étant donnés , on n'a plus qu'à consulter l'analogie , elle donnera toutes les autres.

Il n*j aura doiic point d'idées que le langage d'action^^ ne puftse rendre ; et il les rendra avec d'autant plus de clarté et de prébision , que Fanalogie se montrera plu» sensiblement dans la suite des signes qu'ont aura choisis. Des signes absolument arbitraires ne seraient pas entendus, parce que n'étant pas analogues , l'acception d'un signe connu ne conduirait pas à l''acception d'un signe inconnu. Aussi est-ce l'analogie qui fait tout Tartifice des langues : elles sont faciles, claires et précises, à proportion que l'analogie s'y montre d'une manière plus sensible.

{j^ viens de dire ^u'il y a un langage inné ,

toiqu^il rCy ait point et idées qui le soient. Cette vérité, qui pourrait n'avoir pas été saisie, est démontrée par les observations qui la suivent et qui l'expliquent.

Le langage que je nomme* in'né est un langage que nous n'avons ' point appris , parce qu'il est l'effet naturel et immédiat de notre conformation. Il dit à la fois tout ce que nous sentons : il n'est donc pas une méthode analytique ; il ne décompose donc pas nos sensations ; il ne fait donc pas remarquer ce

gtt LOGïQlJE.

i^u'ellesl renferment ; il ne donne .doqc poini d'idées.

Lorsqu'il est devenu une méthode analytique, alors il décomposé les sensations , et il donne des idées ; mais , comme méthode , il s'ap- ]>rend, et par conséquent, sous ce point de vne^ il n'est pas inné.

Au contraire^ sous quelque point de vue que l'on considère les idées , a#cune ne saurait être innée. 6*il est vraiquMles sont toutes dans nos sensations , il i^'est pas moins vrai qu'elles n'y sont pas pour nous encore , lorsque nous n'avons pas su les observer; et voilà ce qui fait que le savant et l'ignorant ne se ^ressemblent pas par les idées , quoiqu'ayant la même organisation ; ils se ressemblent par la manière de sentir. Ils sont nés tous deux avec les méixtei sensations , comme avec la même ignorance ; mais l'uti a plus analysé que l'antre. Or « si c'est l'analyse qui donne les idées, elles sont acquises , puisque l'analyse s'apprend ellemême. Il n'y a donc point d'idées innées.

On raisonne donc mal quand on dit : Cetie idée est dans rpos sensations ; donc nous avons cette idée : et cependant on ne se lasse ^as de répéter ce faisooneiùent. Parce que personne n'avait encore remarqua que nos langues sonrau^ tant de méthodes analytiques , on ne remar« quait pas que nous n^analysons que par elles , et l'on ignorait que nous leur derons tontes nos connaissances. Aussi la métaphysique de bien des écrivains n'est-elle qu'un jargon inintelligible pour eux comme pour les autrea.

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