‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 37 sur 39 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Des oi^fi&bbns DEGaés ns csaTiTtJDE; ou de l'bvi->

DEXfCE I DSS GOlVJfiCtUnF.S ET DE L^APIALOOIE.

Je ûe ferai quHndiquer les (Ufféren^ degrés de certitude , et je renvoie à Part de raisonner , qui est proprement lé développement de tout be chapitre*

Aud^iUitde tisddence^dc raisim ^ nou^ amns l'évidetme de foM H Cés^idence de semim^nt.

L'évidence dont nous venons de parler , et que )e nomme Mdençe de raison , ««consiste uniquement dans l'identité : c'est ce que nous avons démontré* Il faut que cette vérité soit bien sim'* fie pour avoir échappé à tous les piUlosophes» quoiqu'ils eussent tant d'intérêt à s'assurer d€

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rëvidenee , dont ils avaient continuellement le mot dans la bouche.

Je sais qu^un triangle est évidemment une surface terminée par trois lignes , parce que , pour "quiconque entend la valeur deâ tefrmes , surface terminée par irois iignes est la mêm« chose que triangie. Or , dès que je sais évidem-* ment ^e que c^est^qu^un triangle, j'en connais l^essence ; et je puis dans cette essence découvrir toutes les propriétés de cette figure.

Je verrais également toutes les propriétés de l'or dans son essence , si je la connaissais. Sa pesanteur, sa duciililé, sa malléabilité, etc., ne seraient que son essence même qui se tranS"formerait, et qui, dans ses transformations, m'offrirait différens phénomènes ; et j'en pour-» rais découvrir toutes les propriétés par un raisonnement qui ^e serait qu'une suite 4^ prb^ positions identiques. Mais ee n'est pas ainsi que je les connais. A la vérité, chaque proposition que je. fais sur ce métal , si elle edt vraie , est identique. Telle est celle-.ci : Voi^est maUêable; car elle signifie : Un corps que fai observé être malléable et que je nomme or , est malléable : proposition où la même idée est affirmiée d'elle*^ éme.

Lorsque je fais sur un corps plusieurs pro-* positions également vraies , j'sïffirme donc dans chacune le même, du môme s mais. je n'^aperçois point d'identité d'une proposition à l'autre. Quoique la pesanteur , la ductilité , la malléabilité De soient vraisemblablement qu'une même chose qui se transforme différemment , je nô le vois

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pas. Je n6 saurais donc arriver à la contiaissànce de ces phénomènes par Té-vidence de raison : jc ne les connais qu'après les /avoir observés , et j'appelle évidence de/ait la certitude que j'en ai. Je pourrais également appeler évidence de fait la connaissance certaine dés phéÉiomènes que j'observe en moi : mais je la nomme éifidenee de sentiment ;, parce que c'est par le sentiment que ces sortes de faits me son t connus. . /

V évidence de raison démontre P existence

des corps*

t^ùisque les qualités absolues des corps sont hors de la portée de nos sens ^ et que nous n'en pouvons connaître que des qaalilés relatives , il s'ensuit que tout fait que ûous découvrons n'est autre cho^e qu'un rapport connu. Cependant dire que les corps ont des qualités relatives , c'est dire qu'ils «ont quelque chose les uns par rapport aux autres ; et dire qu'ils sont quelque chose les uns par rapport aux autres , c'est dire qu^ls sont chacun quelque chose , indépendamment de tout Rapport, quelque chose d^absolu. L'évidence de raison nous apprend donc qu'il j a des qualités absolues, et par conséquent des corps ; mais elle ne nous apprend que leur existence.

Ce éfi^on*Bniendpatfh.éj£ùJAine$ , observations ^ ,:. ; 1' expériences.

Far phénomènes ^ on entend proprement les faits qui sont une suite des lois de la nature ; et

' SECOtïDE PARTIE* GHAÏ». IX. iSy

ces lois sont elles-mêmes aatant de faits. L'ob-* jet • de la physique est de connaître ces phénomènes , ces lois , ^t d'en saisir , s'il est pos^ sible , le système.

* A cet effet , on donne une attention particu*» lière aux phénomènes ; on les considère dans tous l^urs rapports ; on ne laisse échapper aucune circonstance ; et , lorsqu^on s'en est assuré par dès observations bien faites , on leur donne encore le nom à^obsèiyations.

Mais, pour les découvrir, il ne suffit pas toujours d'observer, il faut encore, par différèns moyens , les dégager de tout ce qui les cache , les rapprocher de nous , et les mettra à la portée de notice vue .; c'est ce qu'on nomme des expériences. Telle est la différence qu'il faut mettre ei^tre phénomènes , observations , ^oppériences,

Vsage des conjecture^*

XI est rare qu'on arrive tout-^à-coup à l'évidence : dans toutes les sciences et dans tous les arts , on a commencé par une espèce de tàton-^ nemenf.

D'après des vérités connues , on en soupçonne dont on ne s'assure pas encore. Ces soup'* çons sont fondés sur des circonstances qui indiquent moins le vrai que le vraisemblable :

mais ils nous mettent souvent dans le chemin des découvertes , parce qu'ils nous apprennent ce que nous avons à observer. C'est là ce qu'on entend par conjecturer.

Les conjectures sont dans le plus faible der

i$8 LO&IQUE»

lorsqu'on ii*asstire une chose qne fartîc qti*oii ne voit pas ponrqnoi elle ne serait pas. Si Ton pent s^en permettre de cette espèce , ce ne doit être que Comme des suppositions qui ont besoin d'être confirmées. Il reste donc à faire des oLseryations on des elcpériences.

Mons paraissons fondés à croire que la n a tare agit par les voies les plus simples. En consë^ quence les phQosoplies sont portés i juger que ^ de plusieurs moyens dont utie chose peut éire produite , la nature doit avoir choisi ceux quUls imaginent les plus simples. îl est évident qu'une pareille conjecture n'aura de la force qu'autant que nous serons capables de connaître touà les moyens ^ et de juger de leur simplicité ; ce qui ne peut être que fort rare '•

L'analogie a diff^érens degrés de ceriUudCé

Les conjectures sont entre Tévidence et l'analogie , qui n'est souvent elle-même qu'une faible conjecture. Il faut donc distinguer dans Tanalogie différens, degrés , suivant qu'elle est^ fondée sur des rapports de ressemblance j sur des rapports i la fin | ou sur des rapports des causes aux effets , et des effets aux causes.

La terre est habitée : donc les planètes le sont. Voilà là plus faible des analogies , parce qu'elle ^ n'est fondée que sur un rapport de rçssem-^ blance.

I Quant à rasage des conjectures dai^s Pétade de l'Histoire , Toy. Cours d*Eiudes, Hist, anc* ; liy. i , cb. iii.<«

SECONDE PARTIE. CHAP. IX. flSg

Mais si on remarque qae les planètes ont de* révolKtions diurnes et annuelles , et que par conséquent leurs, partibs sont succesiirement éclairées et échauffées , ces précautions ne pa^raissent-elles pas avoir été prises pour la con-> lerïatioa de quelques habitans ? Cette analogie, qni estfondée sur le rapport tlfesmojens à la fin, a donc plus de force que la première. Cependant si elle prouve qne laterre n'est pas seule habitée , elle ne prouve pas que toutes les planètes le soient : car ce que l'auienr de la nature répète dans plasieurs parties de l'univers pour une même fin , il se peut qu'il ne le permette quelquefois que comme une suite du système général ; il se p«Bt encore qu'une révolution .fasse an désert d'une planète habitée.

If L'analogie qui est fondée sur le rapport des effets à la cau^e , on de la cause aux effets , est celle qui a le plus de force -. elle devient même une démonstration lorsqu'elle est confirmée par le concours de toutes les circonstances. ^

Cest une évidence de fait qu'il y a sur la terre ■ des révolutions diurnes et annuelles ; et c'est une évidence de raison que ces révolutions peuvent être produites par le mouvement de la terre , par celui du soleil , ou par 1 deux.

Mais nous observons que les planète vent des oAites anionr du soleil , et m assurons également par l'évidence de quelques-unes ont un mouvement de sur leur axe plus ou moins iacliné.

Or il ËSl d'évidence de raison que ce'

l4o LOGt<ÎÎJE,'

ble révolution doit nécessairement produire des jours , des saisoâs et des années : donc la terre a une d^juble révolution, puiscju^elle a des jours, de3 saisons , des années.

Cette analogie suppose que les mêmes- effets ont les mêmes causes ; supposition qui , étant confirmée par d» nouvelles analogies et par de nouvelles^ observations ^ ne pourra plus être révoquée en doute. C'est ainsi que les bons philosophes se sont conduits. Si l'on veut apprendre à raisonner comme eux, le meilleur moyen est d'étudier les découvertes qui ont été / faites depub Galilée jusqu'à Newton ' * \ /

C'est encore ainsi que nous avons eissajé xle raisonner dans cet ouvrage. Nous avons observé la nature , et nous avons appris d'elle l'analyse; Avec cette méthode nous nous sommes étudiés nous*mêmes ; et ayant découvert , par une suite de propositions identiques , que nos idées et nos facultés ne sont que la sensation qui prend différentes formes , nous nous sommes assurés de *l'origine et de la génération des unes et des autres.

Nous avons remarqué que le développement vie nos i<iées et de nos facultés ne se fait que par le mo^en des signes ^ ei ne se ferait point sans eux ; que parifconséquent notre manière de raisonner ne peut se corriger qu'en corrigeant le langage , et que tout Ttirt se réduit à bien faire la langue de chaque science.

Enfin nous avons prouvé que les premières

1 Cours (tEtudes y Art de raisonner. £fist» mQd, , liv» dernier 9 ch. v ef ivivaiu^

SECOJNDB PARTIE. jCHA^P. ÎX. l^^

langues , à leur origÎDe , ont été bien faites , parce que la métaphysique , qui présidait à leur formation , n^était pas une science comme aujourd'hui , mai^ un instinct donné par ia nature.

G'est donc de la nature qu'il faut apprendre la vraie logique. Voilà quel a été mon objet , et cet ouvrage en est devenu plus neuf, plus 3imple et plus court. La nature ne mancmerà jamais d'instruire quiconque saura l'étuoier : «lie instruit d'autant mieux , qu'elle parle toujours le langage le plus précis. V^us serions bien habiles si nous savions parler avec la même précision : mais nous verbiageons trop pour raisonner toujours bien*

Je crois devoir ajouter ici quelques avis aux jeunes personnes qui voudront étudier cette logique.

Ai^is aux jçurtÊi personnes qui voudront étudier

cette logique»

Puisque tout Fart de raisonner se réduit à bien faire la langue de chaque ^ciei?^.ce , il est .évident que l'élude d'une science bie^ traijtée se réduit à l'étude d'u^e langu,ô bien faite.

Mais apprendre unjd langue, c'est se la rendre familière ; .ce q^i ne peut êtr^ que . l'effet d'un long uçage. Il faut donc lire avep réflexion, à plusieurs reprises , parler sxyc pe qu'on a lu ^ et rielire encore , pour s'assurer d'avoir bien parlé.

On entendra facilement les premiers chapitres 4^ cette logique : mais si , parce qu'pp les ep^

l4d LOGIQUE.

tend , on croit pouvoir aller tout-à-coup à d'autres 9 on ira trop vite. On ne doit passer à un nouveau chapitre , qu'après s'être approprié et les idées et le langage de ceux qui le précèdent. 3i l'on tient une autre conduite , on n'entendra plus ayec la niéme facilité , et quelquefois on n'entendra point du tout.

y. Un plus grand inconvénient, c'est qu'on en« tendra mal , parce qu'on fera de son langage , dont on conservera quelque chose , et du mien , qu'on croira prendre , un. jargon inintelligible. Voilà surtc^ ce qui arrivera à ceux qui se croient instruits , ou parce qu'ils ont fait une étude de ce qu'on nomme souvent bien mal-àpropos philosophie ^ ou parce qu'ils l'ont en* seignée. De quelque manière qu'ils me Usent, il leur sera bien difficile d'oublier ce qu'ils ont appris pour n'apprendre que ce que j'enseigne. Ils dédaigneront de recommencer ayec moi : ils feront pen de cas de mon ouvrage ,* s'ils s'aper** çoivent qu'ils ne l'entendent pas ; et, s'ils s'imaginent l'entendre, ils en feront peu de cas encolle, parce qu'ils l'entendront à leur manière, et qu'ils crpiront n'avoir rien appris. Il est fort commun , parmi ceux qui se jugent sayans , de ne voir dans les meilleurs livres que ee qu'ils savent , et par conséquent de les lire sans rien apprendre : ils ne voient rien de neuf dans un (ouvrage oà tout est neuf pour eux.

Aussi n'écris-je que pour les ignorans. Ck>mme ils ne parlent les langues d'aucune science , il leur sera plus facile d'apprendre la mienne ; elle est plus à leur portée qu'aucune autre , par-

SBeONDE PARTIE. CHAP, IX. l45

ce qaa je Fai apprise de la pâture, q;ui leur parlera comme à moi.

Mais Y s'ils trouvent des endroits, qai les arrêt^ij^, qu'ils se gardept bien d'interroger des sa vans tels que ceux dont je Tiens de parler : ils feront mieux d'interroger d'autres ignprans qai m'auront lu avec intelligence^

Qu'ils se disent : Dans cet ouvrage , on ne va que du connu à F inconnu : donc la difficulté iPen^ tendre un chapitre vient uniquement de ce que les chapitres précédons fie me sont pas asse% foir miliers* Alors ils jugeront qu'Us doivent re^venir sur leurs pas ; et , s'ils ont U patience de le faire , ils m'entendront sans avoir besoin de personne. On n'entend jamais mieux que lorsqu'on entend sans secours étrangers.

Cette logique est courte» et par conséquent; elle n'est pas effrayante. Pour la lir^ avec la réflexion qu'elle demande , il n'y faudra mettre que le temps qu'on perdrai?^ à lire une autre logique»

Quand une fois on la saura; et, par la savoir, j'entei]tds qu'on soit en état de- la parler facilement, et de pouvoir au besoin la retaire \ quand on la saura , dis-je, on pourra lire avec moins de lenteur les liyifes où les sciences sont bien traitées , et quelquefoi^n s'instruira par des Lectures rapides. Car , pour aller rapide ment de connaissances en* connaissances , il suffit de s'être approprié la m^éthode qui est l'unique bonne, et qui par conséquent est 1^ même dans toutes lé^ scjepces.

l44 IA)6IQUE.

La facilite que donnera ceUe logique , on l'acquerra également en étudiant les leçons pré* liminaires de mon Cours d'Etudes, si l'on y joint la première partie de la Grammaire. Ces études ayant été bien faites, on entendra facilement tons mes antres ouvrages.

Mais je veux encore prévenir les jeunes gens contre un préjogé qui doit être naturel à ceux qui commencent. Parce qu'une méthode pour raisonner doit nous apprendre à raisonner , noi^ sommes portés à croire qu'à chaque raisonnement la première chose devrait être de penser aux règles d'après lesquelles il doit se fair^ e^nous nous troi^ipons. Ce n'est pas à nous i penser aux règles, c'est à elles à nous conduire sans que nous j pensions. On ne parlerait pas «i", avant de commencer chaque phrase , il fallait s'occuper de la grammaire. Or , l'art de raisonner , comme toutes les langues , ne se parle bien qu'autant qu'il se parle naturellement. Mé4itez la méthode et méditez-la beaucoup ; mais n'y pensez plus, quand vous voudrez penser à autre chose. Quelque jour elle vous viendra familière : alors , toujours avec vous , elle observera vos pensée^ qui iront seules , et elle veillera sur elles pour empêcher tout écart : c'est tou^e que vous devez attendre de la méthode. Les garde-fous ne se mettent pas le long des précipices pour faire marcher le voyageur , mais pour empêcher qu'il ne se précipite.

Si s dans les comméncemens , vous avez quel-

SECONDS FÂRflE. CHÀP. 1%. tj^$

^ue peine à vous rendre^familière la méthode que j'enseigne; ce n'est pas qa'elle soit diffi^ cile : elle ne saurait l'être , puisqu'elle est na<^ turelle. Mais elle l'est devenue pour vous , dont les mauvaises habitudes ont corrompu la nature. Défaites-vous donc de ces liabitudes , et vous~rai|pnnerez naturellement bien.

Il semble que j'aurais du donner ces avis avant le commencement de cette logique ; mais on ifê les aurait pas entendus. D'ailleurs ^ pour ceux qui l'auront su lire dès la première fois , ils sont aussi bien à la fin ; et ils 7 sont bien pour les autres, qui en'sentiront mieux le be* soin qu'ils en ont.

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