‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 36 sur 39 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

JSn quoi consiste tout l'artifiOB du raisonnement.

// ^ a deux choses dans une question " à résou" dre ; V énoncé des données ou Péiat de la ques'^ tion i et le dégagement des inconnues ou le raisonnement, >

La méthode qi^e nous avons suivie dans le chapitre précédent a pour règle qu'on ne peut découvrir une vérité qu'on ne connaît pas , * qu'autant qu'elle se trouve dans des vérités qui sont connues ; et que par conséquent toute question à résoudre suppose des données où le» conBues et les inconnues sont mêlées , comme elles .}e aont çn effet dans les données du problème que nous avons résolu.

Si lea données ne renferment pas toutes les^

l3o LOGIQUE.

connue^ nécessaires pour découvrir la vérité , le problème est insoluble. Cette considération est la première qu'il faudrait faire , et o^ ne la fait presque jamats. On raisonne donc mal y parce qu'on ne sait pas qu^on n'a pas assen de connues pour bien raisonner.

Cependant si Pon -remarquait que , lorsqu'on a toutes les connues ,^ on est €<mdttit , par un langage clair et précis , A la solution qu'on chercbe , on se douterait qu'on ne les a pas toutes, lorsqu'on tient un langage obscur et confus qui ne conduit à rien. On chercherait à mieux parler , afiû tle mieux raisonner , et l'on apprendrait combien ces deux choses dépendent Tune de l'autre.

Rien n'est plus simple que le raisonnement lorsque les données renferment toutes les connues nécessaires à la découverte de la vérité : nous venons de le voir. Il ne faudrait pas dire que la question que nous nous sommes proposée était facile à résoudre : car la manière de raisonner est une ; elle ne change point , elle ne peut changer , et l'objet du raisonnement change seul à chaque nouvelle question qu'on se propose. Dans les plus difficiles , il faut , comme dans les plus faciles , aller du connu à l'inconnu. Il faut donc que les données renferment toutes les conimes nécessaires à la so-lution ; et, qu an à elles les renféiffnehC, tl'he reste plus qu'à énoncer ces données d*tittlB manière assez simple pour dégager les incontiucs avec la plus grande facilité possible.

SECÔÏTDE I^ARTÎB; CHAI^. VIÎÎ. î31 Il y a donc deux choses dans une question ; l' énoncé des données , et le dégagement des. inconnues*

L'énoncé des données est pïO'ptement ce qu'on entend par l'état de la question ,* et le dégagement des inconnues «it le rayonnement qui la résout.

Ce qu^on doiteniçndre par l'état de la question,

JuiOffsque je tous ai proposé de découvrir le nombre âe jetons que j'arais dans chaque main , j'ai énoncé toutes les données dont vous aviez besoin; et il semble par conséquent que j'aie établi moi-^méme l'état de U questioa. Mais mon langage ne préparait pas la solution du pro»* blême. C'est pourquoi ^ au lieu de vous en tenir à répéter mon énoncé mot pour mot , vous l'avez fait passer par différentes traductions , jusqu'à ce que vous soyez arrivé à l'expression la plus simple. Alors le raisonnement s'est fait en quelque sorte tout seul , parce que les inconnues se sont dégagées comtne d'elles^métnes. Établir l'état d'une question ^ c'est donc proprement traduire les données i^ùe l'expression la plus simple , parœ que é'est l'expression la plus siniple qui facilite le raisonxiemeiit , en fa* cilitantle d^iagemeut des incoBnues.

Mais ) dira-t»on , c'est aiuâi qU'on raisonne en mathéimaliques , où le raisonnement se fait avec des équations^ £n sera«t-il de même dans les autres sciences , où le raisonnement se fait avec des propositions? Je réponds ^adéquations ^ propùsùions , jugemens , sont au fond la même

r52 . LOl5lQUE.

chose , et qne par consëqaent on raisonue d^Ia même manière dtins toutes les sciences. «--.

V artifice du raUtonnement est le même dans toutes . les sciences,: exemple qui le prouve,

jy En mathémaiiqttes- , celui qui propose une question , la propose d'ordins^ire avec toutes se» données ; et il ne s^agit , pour la résoudre ^ que de la traduire en alg^èbre. Dans les autres sciences , au contraire '^ il seisd>le qu'une question ne se propose jamais avec toutes ses données. On vous demandera , par exemple , quelle est Torigine et la génération des facultés de Fentendement humain , et on tous laissera les données à chercher , parce que celui qui fait la question ne les connait pas lui-même.

Mais , quoique nous ayons à chercher lesdonnées , il n'en faudrait pas conclure qu'elles* ne sont pas renfermées au moins implicitement dans la , question qu'on propose. Si elles n'y étaient pas , nous ne les trouverions pas ; et ce* pendant elles doivent se trouver dans toute question qu'on peut résoudre. Il faut seulement remarquer qu'elles n'y sont pas toujours d'une manière à être facilement reconnues. Par couséquent les trouver , c'est les déinêler dans une expression où elles, ne sont qu'implicitement ; et , pour résoudre la question , il faut traduire eette expression dans une autre où toutes les dqnnées se montrent d'une manière explicite et distincte.

Or , demander quelle es^t Forigine. et la gé^

. nération des facultés de l'entendement humain ^

SECONDE PARTIE. CH. VIII- î3?

c'est demander quelle est l'origine et la génération des facultés par lesquelles l'homme , ca* pable de sensations , conçoit ,les choses en s'en formait des idées } et on voit aussitôt que l'attention , la comparaison , le jugement , la ré-^ flexion, l'imagination et le raisonnement sont^ avec les sensations , les connues du prpblème à résoudre , et que l'origine et la génération sont les inconnue». Voilà les données dans lesquelles les connues sont mêlées avec les inconnues»

Mais comment dégager l'origine et la génération y qui sont ici les inconnues ? Bien n'est plus simple. Par l'origine , nous entendons la connue qui est le principe ou le commencement de toutes les autres ; et , par la génération , nou9 entendons la manière dont toutes les connues viennent d'une première. Cette première , qui m'est connue comme faculté , ne m'est pas connue encore comme première. Elle est donc proprement l'inconnue qui est mêlée avec toutes les connues, et qu'il s'agit de dégager. Or la plus légère observation me fait remarquer que la faculté de scfntir est mêlée avec toutes les autres. La sensation est donc l'inconnue que, nous avons à dégager , pour découvrir comment elle devient successivement attention , comparaison 9 jugement, etc. C'est ce que nous avons fait ; et nous avons vu que , comme les équations a: — i^±::yJ^ j , etj?+ i i=: 2^ -^î , passent par différentes transformations pour devenir ji' = 5 , et cc^j] la sensation passe également par différentes transformations pour* deveriir reur^ tendement..

i54 , Lômoufi*

L'artifice da raisonnement est donc le même dans tontes les sciences. Gomme , en mathématiques , on établit la qoestioii en la traduisant en algèbre , dans les antres sciences , on l'établit en la traduisant days l'etpression la plus simple ; et , quand la question est établie , le raisonnement qui la résout n*est encore lui-même quHine suite de traductions , où une proposition qui traduit celle qni la précède est traduite par celle qui la sait. G^est ainsi que l'évidence passe avec l'identité depuis Ténoncé de la question jusqu'à la conclnsion du raisonnement.

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