UREMIE AB PARTIE. CHAP. I
ne savons pas tous faire également de nos sens l'nsage pour lequel ils -nous ont été donnés. Si je n'apprends pas à les régler, j'acquerrai moins' de connaissances qu'un autre , par la même raison qu'on ne danse bien, qu'autant qu'on apprend à régler ses pas. Tout s'apprend , ,et il y a un art pour conduire les facultés de l'esprit, comme il y en a un pour conduire les facultés du corps. Mais on n'apprend à conduire celles-ci , que parce qu'on les connaît : il faut donc connaître celles-là pour apprendre ' à les conduire.
Les sens ne sont que la cause occasionelle des impressions que les objets font sur nous* C'est l'âme qui seut ; c'est à elle seule que les sensations appartiennent ; et sentir est la première faculté que nous remarquons en elle.
Cette faculté se distingue en cinq espèces , parce que nous avons cinq espèces de sensations. L'âme sent par la vue , par l'ouïe, par l'odorat , par le goût , et principalement par le toucher.
Nous lar sautons ré^^r quand nous saurons
régler nos sens.
Dès que l'âme ne sent que par les organes du corps , il est évident que nous apprendrons à conduire avec règles la faculté de sentir de notre âme , si nous apprenons à conduire avec règles nos organes sur les objets que nous voulons étudier.
Nous saurons régler ,ceuasc£ , quand nous utatms remarqué commerU noUs les avons bien con^ duits queUjuefois,
Mais comment apprendre a bîèn coudaîre ses sens ? En fardant ce qtte nous avons fait lorsque noils les avons bien conduits. Il n'y a personne à qui il ne soit arrivé de les bien condtiire , quelquefois au moins. C'est une chose sur laquelle les besoins et l^ejipérience nous instk'uisent promptement : les enfans en sont la preuve. Us acquièrent des connaissances sans notre secours; ils en acquièrent malgré les obstacles que nous mettons au développement de leurs facultés. Us ont donc un art pour en acquérir. Il est vrai qu'ils en suivent les règles à leur insu ; mais ils les suivent. Il ne faut donc que leur faire remarquer ce qu'ils font quelquefois , pour l^ur apprendre a le faire toujours ; et il se trouvera que nous ne leur apprendrons que ce qu'ils savaient faire. Comme ils ont commencé seuls à développer leurs facultés I ils sentiront d'autant plus ,^ qu'ayant commencé avant d'avoir rien appris , ils ont bien commencé, parce que c'est la nature qui commençait p6ur eux.
C'est la nature , (fest-à^re^ ce sont nos /acuités déterminées par nos besoins qui commencent à nous instruire*
C'est la nature , c'est-à-dire , nos facultés déterminées par nos besoins ; car les besoins et les facultés sont proprement ce que nous nom-
JbBEMtERE VÂBtlB. CfitÂP. I. J
mens la nature de chaque animal ; et par-U nous ne Yoolon^ dite autre chose , sinon , qu'un animal est né avec tels besoins et telles facultés. Mais, parce que ces besoins et ces facultés dé-v pendent de l'organisation , et Tarient comme elle, c'est une conséquence que parla nature nous entendions la confirmation des organes : et en effet , c^est-là ce qu'elle est dans son principe.
Les animaux qni s'élèvent dans les airs, ceux qui ne vont que terre a terre, ceux qui vivent dans les eaux, sont autant d'espèces qui , étant conformées différemment , ont chacune des besoins et des facilités qni ne sont qu'à elles , ou , ce qui est la même chose , ont chacune leur nature*
C'est cette nature qui commence ; et , elle commence toujours bien, parce qu'elle commence seule. L'Intelligence qui l'a créée l'a Voulu ; elle lui a tout donné pour bien commen* cer. Il fallait qu« chaque animal pi\t veiller de bonne heure à sa conservation : il ne pouvait donc s'instruire trop promptement, et les leçons de la nature devaient être aussi promptes que sûres.
Comment un enfant acquiert des connaissances.
Un enfant n'apprend que parce qu'il sent le besoin de s'instruire. Il a, par exemple, un intérêt à connaître sa nourrice, et il la connaît bientôt : il la démêle entre plusieurs personnes ; il ne la- confond avec aucune ; et connaître n'est que cela. En effet, nous n'acquérons des
s LOGIQUE.
connaissances qu'à proportion que nous 3é« mêlons une grande quantité de choses , et que nous remarquons mieux les qualités qui leâ distinguent : nos connaissances commencent au premier objet que nous avons appris à démêler.
Celles qu^un. enfant à de sa nourrice ou de tout aulre chose ne sont encore pour lui que de s qualités sensibles. Il ne les a donc acquises que par la manière dont il a conduit ses sens. Un besoin pressant peut lui faire porter un faux jugement^ parce qu'il le fait juger à la hâte ; mais l'erreur ne peut être que momentanée. Trompé dans son attente , il sent bientôt la nécessité de juger une seconde fois , et il juge mieux: l'expérience qui reille sur lui, corrige ses méprises. Croit-il voir sa nourrice , parce qu'il aperçoit dans l'éloignement une personne qui lui ressemble ? Son erreur ne dure pas. Si un premier coup-d'œil l'a trompé j un second le détrompe , et il la cherche des yeux.
Comment la nature l'avertit de ses méprises.
Ainsi , les sens détruisent souvent eux-mêmes les erreurs où ils nous font tomber : c'est que , si une première observation ne répond pas au besoin pour lequel nous l'avons faite » nous sommes avertis par-là que nous avons mal observé , et nous sentons la nécessité d'observer de nouveau. Ces avertissemens ne nous manquent jamais, lorsque les choses sur lesquelles nous nous trompons nous sont absolument né<»