‹ La logique, ou; Les premiers dévelopments de l'art de penserChapitre 6 sur 39 · PREMIÈRE PARTIE. CHAP. I. g · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. CHAP. I. g

cessaires : car , dans la joaissance , la douleur vient à la suite d'un jugement faux , comme le plaisir vient à la suite d'un jugement vrai. Le plaisir et la douleur , voilà donc nos premiers maîtres, ils* nous éclairent, parce qu'ils nous avertissent si nous jugeons bien ou si nous jugeons mal; et c'est pour<pioi,'dans l'enfance ) nous faisons sans secours des progrès qui paraissent aussi rapides qu'étonnans.

Pourquoi elle cesse de F avertir.

Un art de raisonner nous serait donc tout-à- Fait inutile f s'il ne nous fallait jamais juger que des choses qui se irapportent aux besoins de première nécessite. Nous raisonnerions naturellement bien , p^rce que nous réglerions nos jugemens sur les avertissemens de la nature.

Mais à peine nous commençons â sortir de l'enfance , que nous portons déjà une multitude de jugemens, sur lesquels la nature ne nous avertit plus. Au contraire , il semble que le' plaisir accompagne les jugemens faux comme ies juge* mens vrais , et nous nous trompons avec confiance : c'est que dans ces occasions la curiosité est notre unique besoin , et que la curiosité ignorante se contente de tout. Elle jouit de ses erreurs avec une sorte de plaisir : elle s'y attache souvent avec opiniâtreté , prenant un mot qui ne signifie rien pour une réponse, et n'étant pas capable de reconnaître que cette réponse n'est qu'un mot. Alors nos erreurs sont durables. Si , comme il n'est que trop ordinaire, nous avons jujgé des choses qui ne sont

pas à notre portée, Texpérience ne saurait noffs détromper ; et, si nous avons jugé des autres avec précipitation, elle ne nous détrompe pas. davantage , parce que notre prévention ne nous permet pas de la çonsulteir.

Les erreurs commencent donc lorsque la nature cesse de nous avertir de nos méprises ; ^ c est-a-dire , lorsque , jugeant des choses qui ont peu de rapport aux besoins de première nécessite, nous ne isavonspas éprouver nos juge- ^ mens pour reconnaître slls sont vrais ou s'ils sont faux '.

" Pour appreodre nn «H méeanî^tte , il n« suffit pas d'eu .coneeToir la théorie, il en faut ac^aériv la pratique : car la théorie n'est ^ue la connaissance des règles ; et 1 on n'est pas mécanicien par cette seule connaissance 5, ce ne Test que par l'habitude d'opérer. Cotte habitude une fois acquise , les régies deviennent inuiiles ; on n'a ploa besoin d'y penser, et on fait bien , en quelque sorte, natureilenienu

C'est ainsi qu'il faut apprendre l'art de raisonner. Il ne suffirait pas de concevoir eette Logique : si l'on ne se fait pas une habitude de la méthode qu'elle enseigne ^ et si cette habitude n'est pas telle, qu'on poisse raisonner • bien sans avoir besoin de penser aux règles , ou n'aura pas la pratique de Part de l'aisonner,^ on n'en aura que la théorie.

Cette habitude, comme toutes les autres, ne peut «e contracter que par ^tn long exercice. Il faïudonc s'exercer sur beaucoup d'objets. J'indique, ici les lectures qu'il faudra faire i cet effet ^ et je les^ indiquerai ailleurs de la même manière. Mais , parce qu'on acquiert la pratique d'un art d'autant plus facilement , qu'on en conçoit mieux la théorie, on fera bien de ne faite les lectures aux^ quelles je renvoie , que lorsqu^'on aura saisi l'esprit . de ^ cette Lojgique^ ce qui demande qu^on la lise au moins une fois. .

Quand on aura saisi l'esprit de cette Logique ^ ou la

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Unique moyen et acquérir des connaissances.

Mais enfin , puisqu'il j a des choses dont nous jugeons bien , même dès l'enfance , il n'y a qu'à observer comment nous nous sommes (conduits pour en juger , et nous saurons comment nous devons nous conduire pour juger des autres. Il suffira de continuer comme la nature nous a fait commencer^ c'est-à-dire , d'observer , et démettre nos jugemens à l'épreuve de l'observation et de l'expérience.

C'est eé que nous avons tous fait dans notre première enfance ; et si nous pouvions nous rappeler cet âge , nos premières études nous mettraient sur la voie pour en faire d'auli^es avec fruit. Alors chacun de nous faisait des découvertes qu'il ne devait qu'uses observations et à son erpérience ; et nous en ferions encore aujourd'hui , si nous savions suivre le chemin que la nature nous avait ouvert*

Il ne s'agit donc pas d'imaginer nous-mêmes un système pour savoir comment nous devons cqnérir des connaissances ; gardons-nous en bien. La nature a fait ce système elle-même ; elle pouvait seule le faire : elle l'a bien fait , et il ne nous reste qu'à observer ce qu'elle nous ' apprend.

recoukmencera ; et , à mesure qu'on ayancera , on fera îesv lectures que l'indique. J'ose promettre \ ceux qui Têtudieront ainsi qu'ils acquerront pour toutes leurs études une facilité dont ils seront ctonnés : j'en ai rexp<5rience. (Cours d'Etudes y HisU a/ic. liv. 3 , ch. m.) Coudillac est auteur du Cours d'Etudes auquel il renvoie*

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Il semble ^e , pour étadier la nature , il fait* drait obserrer dans les enfans les premiers dé* veloppemens de nos facultés, oa se rappeler ce qui nous est arrivé à nous-mêmes. L'un et Tau ire sont difficiles. Nous serions souvent réduits à la nécessité de faire des suppositions.. Mais des suppositions auraient l'inconvénient de paraître quelquefois gratuites , et d'autres fois d'exiger qu'on se mît dans des situations où tout le monde ne saurait pas se placer. Il 9uffit d'avoir remarqué que les enfans n'acquièrent de vraies connaissances que parce que , n'pbservant que des cboses relatives aux besoins les plus urgens, ils ne se trompent pas ; ou que, s'ils se trompent, ils sont aussitôt avertis de leurs méprises. Bornons-nous à reckercber comment aujourd'hui nous nous conduisons nous-mêmes ,, lorsque nous acquérons des connaissances. Si nous pouvons nous assurer de quelques-unes , et de la manière dont nous les avons acquises, nous saurons comment nous en pouvons acquérir d'autres.

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