‹ La logique subjective de HégelChapitre 11 sur 13 · II. — SYLLOGISMES RÉFLÉCHIS · texte numérisé non relu

II. — SYLLOGISMES RÉFLÉCHIS

Le caractère abstrait, qui est propre au syllogisme qualitatif ou d'aperception et qui le rend impropre à contenir ou à exprimer la vérité, vient d^ètre mis en lumière par ce qui précède. Dans ce syllogisme, en effet, les termes mineur, moyen et majeur, n'ont entre eux qu'un rapport accidentel ou abstrait, pris en dehors de l'essence même des choses. Dans le syllogisme réfléchi, au contraire, les extrêmes se montrent ou se reflètent pour ainsi dire l'un dans l'autre.; ils sont

presque unis ou liés ensemble, et le moyen-terme n'est

8i LOGIQUE SLBJKCTIVE.

pas seulement en rapport avec eux, mais il en est l'expression complète, les embrassant ou les contenant comme par reflet, mais non pas cependant d^me manière actuelle, puisqu'il est joint à eux et qu'il n*est pas encore eux. C'est dans le syllogisme nécessaire, auquel nous consacrerons la troisième et dernière partie de ce chapitre, que nous verrons le moyen-terme en parfaite identité avec les extrêmes. Et c'est toujours ce moyenterme qui détermine la nature ou le mode du syllogisme, attendu que les deux autres termes ou les extrêmes existent déjà comme sujet et prédicat dans tout jugement ; c'est donc la manière dont il est médiateur qui fait le caractère distinctif ou le critérium du sylloirisme.

La première figure du syllogisme réfléchi se fonde sur {'universel j la seconde, sur rinduction; et la troisième sur r analogie.

a. — Syllogisme fondé sur ^universel.

Sa majeure dit que son prédicat est applicable à tous les individus marqués par son sujet ; et par conséquent, ce syllogisme affirme et prouve que ce prédicat est applicable aussi à un individu spécial I, contenu dans le sujet. C'est donc le plus complet ou le plus élevé au-

quel la simple aperception puisse nous conduire ; car si nous disions, par exemple, dans un syllogisme qualitatif ainsi formulé :

La régularité dans les monumi^nts est belle ; Ce monument est régulier, Donc il est beau ;

ce syllogisme ne m'empêcherait nullement de conclure

que le monument peut être laid à cause des autres qualificatifs qui peuvent lui convenir en dehors de sa régularité; et ces autres attributs nous conduiraient alors à conclure que ce monument n'est pas beau quoiqu'il soit régulier. Mais dans le syllogisme réfléchi, au contraire, si je commence par une proposition iniiverselle et que je dise :

Tout monument régulier est beau ; Ce monument est régulier, Donc il est beau ;

je me suis ôté la faculté d'enlever à ce monument L'épi thète de beau, quels que soient d'ailleurs les attributs que je pourrais ensuite lui trouver par aperception. Il est donc vrai de dire que ce syllogisme réfléchi est le plus haut degré auquel la simple aperception (|es

8t LOGIQUE SUBJECTIVE.

qualités d'une chose puisse nous conduire ou le dernier des syllogismes de la première classe.

Mais il est évident que ce qui fait le mérite de ce syllogisme, ou son universalité réfléchie, anéantit du même coup le véritable objet d'un syllogisme, puisque la conclusion de ce syllogisme n'est pas un nouveau jugement, différent des prémisses, mais seulement la répétition de celui déjà formulé dans la majeure. Ainsi, le moyen-terme de bâtiment régulier , étant pris à dessein dans la majeure d'une manière universelle et combiné avec le prédicat beau, il est clair qu'il est inutile de faire un syllogisme pour en déduire que ce qui est vrai dans tous les cas ou dans tous les monuments réguliers, est aussi vrai dans un seul. Car en disant tous, nous disons tous les uns. Dans ce syllogisme, le sujet reçoit un prédicat, non par la force même du syllogisme, mais un prédicat qui lui est déjà donné dans les prémisses sans aucun moyen-terme. La force dialectique nous fait donc voir qu'il n'y a point de conclusions réelles dans ce syllogisme, et, en outre, elle nous montre que la proposition majeure ne saurait être vraie sans que la conclusion le soit aussi, puisqu'elle est comprise dans cette majeure. Ainsi, dans le fameux exemple si cher aux logiciens, et si souvent repro^ duit :

Tout homme est mortel ; Caïus est homme, Donc Caïus est mortel ;

la majeure n'est vraie qu'à la coiidilion que la conclusion le soit aussi et dans la mesure où elle l'est. Car si Caïus n'était pas mortel^, la majeure serait fausse, et Tunique cas de Caïus l'annulerait.

La dialectique nous fait donc voir que cette première figure fondée sur l'universalité, se fonde en réalité sur tous les cas individuels que Ton a reconnus vrais. Or, tous ces cas particuliers deviennent le moyen-ferme de la seconde figure du syllogisme réfléchi.

b. — Syllogisme fondé sur rinduction.

Le syllogisme précédent fondé sur l'universel, se formulait, comme on peut aisément le voir, d'après la première figure que nous connaissons déjà :

le syllogisme d'induction dont nous avons à parler maintenant, se formulera d'après la seconde figure :

Hi] LOr.lQllK SUBJECTIVE.

Son moyen-terme est donc encore une fois Tindivi- (luel I. Mais ici ce n'est pins un seul individu , comme dans le syllogisme iraperception ; c'est la totalité des individus observés. Sa vraie ligure est donc celle-ci :

sans (in.

Kn voici un exemple :

Tous les métaux sont conducteurs de Vélectricité ;

(majeure trouvée par induction : tous les métaux ayant été soumis à Tobservation),

Le cuicre est un métal,

Donc il est conducteur de Vélectricité.

Le général G, ayant été trouvé dans tous les métaux 1, 1, 1, sans fm, est dit, pour cela même, se trouver dans un métal particulier P.

C'est la méthode des sciences positives ou expérimentales, qui tirent leurs arguments des expériences. Sans contredit, elle est bonne, mais il est évident que toute la force de ce syllogisme repose sur Tanalogie.

Hcaucoup de métaux ayant été soumis à l'expérience, on en conclut qu'un autre, sur lequel on n'a point fait la même épreuve, possède la qualité trouvée dans ceux cpie Ton a spécialement éprouvés. €ar si tout raélal, ou <rune manière plus générale, si tout cas individuel avait été réellement soumis à l'épreuve de Texpérience, on ne laisserait au syllogisme aucune utilité ni aucune force. Quand on lui en laisse une, au contraire, il se peut toujours qu'on rencontre un métal, non encore s:)umis à l'expérience, qui ne soit pas conducteur de Télectricité , ou d'une manière générale, que le cas particulier pour lequel on fait le syllogisme, soit justement en contradiction avec ce que l'on affirme d'une manière universelle. D'ailleurs, l'insuffisance de cette forme est encore attestée par la progression à l'intini qu'elle implique, et qui fait qu'elle ne peut remplir Tobjet qu'elle affirme nécessaire.

On voit par là que toute la force du syllogisme réfléchi , qui , dans la première figure semblait reposer sur Vuniversalité, se tire plutôt de la seconde figure ou du syllogisme par induction, dont la valeur à son tour repose, en réalité, sur un grand nombre d'individus ou «le cas observés, mais non sur la totalité, et que par conséquent tous" les syllogismes réflécliis reposent en <lernière analyse sur V analogie.

c. — Syllogisme fondé sur Vanalogie,

Ce syllogisme déclare expressément que rexpériencc n'a pas été faite dans tous les cas. Sa fonnule est la troisième :

Mais celte fois il exprime que le moyen-tenne ne doit pas être seulement une généralité quelconque, abstraite arbitrairement du sujet et priîic au hasard ou au choix, mais une généralité qui marque la nature caractéristique ou Tessence même du sujet.

Ainsi, lorsque du fait que la terre, étant une planète du système solaire, se trouve peuplée d'habitants, on conclut que la lune ou une autre planète du système solaire est aussi peuplée d'êtres intelligents, la conclusion est nécessaire si Tessence de notre planète est d'être habitée ; mais elle n'est point nécessaire, puisqu'il n'est pas ici prouvé qu'il est dans la nature de notre terre, en tant que planète, d'être peuplée d'individus intelligents, car il se peut, au contraire, que ce soit une particularité de sa nature, et qui ne lui convienne pas nécessairement en tant que planète.

Les logiciens attribuent quelquefois une forme qua-

ternaire au syllogisme d'analogie, en supposant au-dessus des trois jugements qui le constituent, un jugement qui dit : toutes les fois que deux choses ont plusieurs qualités communes, ils en ont encore plusieurs autres. Grâce à cet artiûce, on croit avoir deux petits termes, comme terre et lune dans notre exemple, plus un moyen-terme, comme d'être planète, et le terme majeur peuplé, qui s'applique, dit-on, à l'un des petits termes comme prémisse, et à l'autre comme conclusion. Or, ces mêmes logiciens auraient bien dû remarquer que dans les syllogismes d'induction il y a aussi plus de trois termes ; qu'il y en a dix, douze, cent, et même un nombre infini. Dans notre manière d'envisager le syllogisme d'analogie, l'apparence de cette forme quaternaire se fonde sur ce que le moyen-te)*me, terre par exemple, est tout aussi essentiellement planète (terme majeur) qu'elle est peuplée (terme mineur), toutes les fois que la conclusion de ce syllogisme est identique à la réalité ou conforme à la vérité. Mais précisément parce qu'il n'a pas en lui-même la vertu de nous montrer l'existence ^e cette identité, il n'est point la dernière forme du syllogisme. Dans le syllogisme qualitatif ou d'aperception, nous avons senti le besoin de prouver les prémisses par d'autres prémisses indépendantes des premières. Ici, la prémisse que nous

avons, comme la terre (ou une planète) est peuplée, doit trouver sa preuve en elle-même, et montrer que par cela seul qu'elle est peuplée elle est aussi planète, ou réciproquement qu'elle est planète parce qu'elle est peuplée, La forme de ce syllogisme réfléchi ne saurait répondre à ce besoin, et la force dialectique qui nous pousse, nous conduit à une troisième et dernière forme, (pii est celle du syllogisme nécessaire.

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